Ma Cantate à Barbara : un hommage flamboyant

Barbara est une artiste que fascine, et qui a gagné son immortalité dans les cœurs de plusieurs générations. Pour preuve, il n’y avait qu’à voir le public présent pour la première de la reprise au Théâtre des Variétés de Ma Cantate à Barbara par Anne Peko : des jeunes, des moins jeunes, mais tous avec en point commun ce respect et cette tendresse pour la longue dame brune. L’occasion de découvrir Barbara autrement, sans aspect larmoyant mais tout en flamboyance.

Anne Peko part en voyage dans le monde merveilleux des chansons de Barbara © Laurent Zabulon
Anne Peko part en voyage dans le monde merveilleux des chansons de Barbara © Laurent Zabulon

Le programme de la soirée a de quoi ravir les amoureux des textes profonds de Barbara. Cela tombe bien puisque Anne Peko a décidé de nous offrir une cantate comme un hommage, tel l’envol d’une colombe. Chaque mot est là, pétillant, semblable à une pluie d’étoiles filantes. Vingt pierres précieuses du répertoire nous menant Sans bagages au Bois de Saint Amand en passant par le portillon de la Gare de Lyon, Vienne, Drouot, Nantes ou Göttingen. Dans une thématique chromatique rouge et noir (promis, aucun clin d’œil à Jeanne Mas), la flamboyante Anne Peko, bien loin de l’image que nous avons de la discrète Barbara, choisit un décor intimiste et une atmosphère délicate pour sa Cantate. L’auditeur se laisse porter et dit à l’artiste du bout des lèvres ce qu’elle entend du bout du cœur, en murmurant un merci sincère teinté de respect et de reconnaissance.

Sur la scène, très peu d’artifices. Seuls quelques accessoires viennent habiller les tableaux. Un fauteuil, une lettre rouge passion à cacheter avec amour en clôture de Vienne, un long manteau noir pour le Soleil Noir… et voici les textes qui prennent vie, s’animent, s’offrent une nouvelle page. Les mots résonnent différemment en nous, ils nous caressent comme le sourire d’un enfant. L’émotion tente de s’imposer comme durant l’interprétation bouleversante, parfaite, sans fausse note de Drouot mais l’incarnation passe avec force et conviction, nous ne sommes pas submergés. Cependant, nous n’allons pas « pleurer ces folles années 30 » au moment où resurgit, du fond de nos mémoires, cet héritage musical et littéraire. De nos mains tremblantes sur un passé perdu, nous sommes légèrement hagards face à Anne Peko, déchirante. Le duo à la mandoline sur Dis, quand reviendras-tu ? est superbe, tout comme Maîtresse d’acteur, déclamé a capella comme une confidence, comme la complainte d’une femme animée par l’amour et déçue par ses attentes non comblées. Quant au violon larmoyant de l’Aigle Noir, il semble être réconforté par les notes lumineuses du piano et permet de « cueillir en tremblant des étoiles ».

En aucun cas il ne s’agit d’un récital mais plus d’une appropriation totale des textes. L’interprétation est sobre, sans excès, que ce soit les mots chantés ou ceux joués comme un trésor théâtral. A tel point que nous attendions ce petit plus qui fait que l’émotion arrive et nous touche. Cela n’arrivera pas, une certaine distance sera conservée jusqu’au final. Dans sa robe rouge satinée, accompagnée de la délicatesse du piano et de la douceur du violon, elle se nourrit des paysages de mots qui émanent de ce répertoire incroyable. Les tableaux, les scènes s’animent devant nos yeux. Les phrases résonnent autrement et donne une porte d’accès sur les plus beaux voyages. Alors, même si « ce ciel de brouillard me donne le cafard », « qu’il est beau l’automne » au Théâtre des Variétés ! Anne Peko écrit et compose une cantate ni enfantine ni simpliste. La mélancolie et le désespoir dansent ici dans la lumière au creux d’un voyage en aller simple sans se retourner. Partageons cette perle et faisons ensemble la route qui mène à l’âme de cette immense artiste immortelle dans nos cœurs. Faites donc silence pour l’écouter avant de le briser pour céder la place aux applaudissements sans retenue car cette Cantate à Barbara est un bien joli spectacle.


La rédaction a assisté à la représentation du vendredi 19 octobre 2018


Ma Cantate à Barbara

Chant, conception et mise en scène : Anne Peko

Piano : Pierre-Michel Sivadier, Jérémie Henan ou Roger Pouly (en alternance)

Violon et mandoline : Sylvain Rabourdin, Jean-Lou Descamps ou Aurélien Guyot (en alternance)

Lumières : Franck Thévenon

Son et régie : Christelle Jacquaz et David Darricarrère

Costumes : Julia Brochier

Collaboration artistique : Valéry Rybakov

Durée : 1h20

  • Du 19 octobre 2018 au 6 janvier 2019

Les vendredis et samedis à 19h30

Les dimanches à 15h30

Lieu : Théâtre des Variétés, 7 bd Montmartre, 75002 PARIS

Réservation : 01 42 33 09 92 ou www.theatredesvarietes.fr

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