Hospitalités : offrandes en terre d’accueil

Après avoir été présentée au Théâtre de Vidy-Lausanne en janvier dernier, la pièce de Massimo Furlan, Hospitalités, s’est arrêtée pour la première fois en France au festival Reims Scènes d’Europe afin de donner une représentation unique de ce don de soi que l’on effectue lorsque l’on accueille l’étranger, l’autre. Voulant faire vivre une fiction, c’est finalement la réalité qui l’a rattrapée, dépassée et ancrée dans l’Histoire. Une belle initiative qui, nous l’espérons, pourrait bien se répandre davantage.

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© Laure Ceillier et Pierre Nydegger

Dans le cadre du Centre Expérimental du Spectacle de la Bastide-Clairence, petite bourgade du Pays basque, classée parmi les plus beaux villages de France, Massimo Furlan y fait une résidence en répondant à l’invitation de Kristof Hiriart. C’est ainsi qu’il fait parler les habitants sur l’histoire de leur village et sur les perspectives d’avenir. S’il semble bon vivre à La Bastide, on s’inquiète fortement de l’augmentation du prix de l’immobilier qui pousse les jeunes à partir pour s’installer ailleurs, économiquement plus intéressant sitôt que l’on quitte les sites touristiques. En réponse à cette question primordiale, Massimo Furlan réfléchit et décide, avec la complicité de l’ancien maire, d’introduire une fiction dans la réalité en proposant d’accueillir des migrants. La scène serait alors le village et les acteurs, ses propres habitants. Il s’agit d’observer ce que cela suscite chez autrui. Mais c’’est alors que la guerre en Syrie éclate au grand jour et que le projet artistique devient une proposition concrète, entérinée au conseil  municipal.

Il est certain que l’idée est osée et un brin provocatrice mais la farce s’est progressivement transformée en force. La solidarité des villageois fait de cette fiction un joli conte moderne. Bien sûr, le chemin fut sinueux mais au bout, c’est un véritable don de soi, offert sans condition, qui se déploie. C’est cette histoire que racontent les neuf témoins de ce projet un peu fou en venant agir pour élargir notre horizon et penser globalement pour agir localement. Ainsi, ils vont se livrer sans détour, chanter, danser le fandango et nous accueillir dans leur village niché à une trentaine de kilomètres de Biarritz pour retranscrire au mieux cette expérience qui a changé le cours de leur vie. Sans pathos ni gloire, avec une justesse exemplaire, ils se laissent guider par leur cœur et non leur raison pour que chaque terre d’accueil soit un nouveau territoire et que tout le monde puisse affirmer « on est de là où l’on vit », à commencer par la famille qui a bénéficié depuis 2016 de l’hospitalité du village par l’intermédiaire de l’association Bastida terre d’accueil, créée en 2015.

Au départ, la représentation s’ouvre sur la projection d’un foyer de cheminée. Tout un symbole quand on sait que ce dernier est souvent synonyme de chaleur et de réconfort, comme ce que l’on attend d’un accueil en terre inconnue. C’est sur la chanson de Gérard Lenorman, La ballade des gens heureux, qu’ils arrivent et se placent comme pour une photo de classe. Ils sont neuf, face à nous. Sur le plateau, les comédiens-villageois expriment, avec leurs propres mots, leur histoire et comment ils ont participé, parfois malgré eux, à faire de cette fiction une réalité. Il y a bien sûr Léopold Darritchon, l’ancien maire de La Bastide-Clairence mais aussi son successeur, Francis Dagorret. Autour de ces piliers, nous trouvons un microcosme avec Gabriel Auzi, l’ingénieur en hydro-électricité, Véronique Darritchon, la prof de danse, Beñat Etcheverry, le chef d’entreprise ou encore Marie-Joëlle Haramboure, la propriétaire de maisons de vacances, Anaïs Le Calvez, jeune esthéticienne, Kattina Urruty, la potière et Thérèse Urruty, productrice de fruits bio. Chacun évoque ses souvenirs, ses émotions. Face au public, avec pudeur et sincérité, dans une mise en scène épurée et minimaliste, ils s’offrent à nous. Les mots nous touchent, nous émeuvent, nous font rire aussi. Dans une forme chorale très à l’écoute des uns et des autres, c’est une véritable réflexion qui s’esquisse, ouverte également au public qui peut poser des questions. Puis, c’est avec émotion que nos chemins se séparent à nouveau, sur les notes de La tendresse de Daniel Guichard.

Avec Hospitalités, Massimo Furlan est acteur de notre monde et réinjecte des valeurs dont certains font défaut telles que la sollicitude, la tolérance ou la générosité, sans rien attendre ou demander en retour. Un peu comme dans une amitié où tout est question de confiance, chacun a pris conscience de ce qu’implique l’hospitalité, le geste d’accueillir, le fait de renoncer à la peur de l’étranger, de l’inconnu : « l’hospitalité, comme le pardon, se donne mutuellement ». Nous nous sommes déjà tous sentis un jour hôte et autre. On est tous plus ou moins des exilés ou des étrangers, ne serait-ce que pour autrui. Bien sûr, être face à un inconnu, c’est se confronter à nos peurs, à notre vulnérabilité mais dans nos sociétés contemporaines, il est urgent de rétablir la balance entre celui qui donne et celui qui reçoit.

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