Love Letters : écris-moi !

On ne compte plus les représentations de cette pièce écrite par A.R Gurney dont la dernière adaptation scénique réunissait Francis Huster et Cristiana Reali. Cette fois, ce sont Jean Piat et Mylène Demongeot qui nous font entendre la vie de deux êtres en lettres. Le spectacle, créé le 21 janvier 2017 à la Comédie des Champs-Elysées, fait le choix de la sobriété et de l’émotion. Love Letters aborde le thème universel de la difficulté d’aimer à travers une correspondance épistolaire remarquable, servie par deux grands comédiens.

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© D.R

S’aimer de loin, séparés, avec pour seul lien une correspondance inébranlable. Voici en accéléré l’histoire de Melissa et d’Andy que tout humain qui possède le goût prononcé pour l’écriture et l’altruisme, rêverait de connaître. Tout commence sur les bancs de l’école, par des petits mots échangés, circulant dans les rangs de la classe. Andy voudrait que Melissa soit son amoureuse, elle refuse mais au fond, elle l’aime bien, et même beaucoup plus que cela. Seulement la petite fille a déjà un caractère bien trempé et malgré le fait qu’elle déteste écrire, elle sera fidèle à son confident épistolaire le temps de toute une vie.

Sur le plateau, la mise en espace est plutôt sobre. Andy, assis derrière son bureau situé à cour, ne quittera pas sa chaise. Il faut dire qu’à 92 ans passés, les jambes de Jean Piat le font terriblement souffrir. Mais il n’en paraîtra rien dans la lecture incarnée, enflammée du sociétaire honoraire de la Comédie-Française. A ses côtés Melissa esquisse quelques déplacements mais se limite également à l’espace proche de sa table comme pour retenir toute la dimension de l’intime. Mylène Demongeot est lumineuse, solaire, mutine. Elle fait virevolter les mots comme les jupes des filles de notre enfance. Elle s’amuse comme une ado. Leur duo fonctionne à merveille et fait palpiter notre cœur. Lui, dans la retenue et elle, plus dévergondée. L’une est artiste et l’autre intellectuel. Ils se complètent comme deux pièces d’un puzzle. Ils sont une évidence.

A travers leur relation épistolaire, les sentiments changent mais s’il y a une chose qui demeure permanente, c’est ce lien qui les retient. A la vie, à la mort, parce que « écrire est un acte qui se perd et qui se meurt ». Leurs lettres sont comme des diamants bruts que rien ne viendra polir au fil du temps. L’enfance laisse place aux premiers émois de l’adolescence puis c’est le grand saut dans la vie d’adulte. Les enfants naissent, les parents meurent, les mariages se succèdent mais rien ne vient ébranler leur amitié devenu amour, profonde, sincère, sans concession. Leur échange est fort comme un besoin, une nécessité, un souffle de vie comme ceux qui emplissent l’attente et le cœur. Ce lien vital, qui ne pourrait survivre s’il venait à disparaître, permet de garder l’autre à l’esprit, à chaque étape de l’existence.

Est-ce parce que la délicatesse de l’interprétation ou la force des mots nous a touchés au plus profond de nous que nous avons pleuré à chaudes larmes à la fin de Love Letters ? Impossible à dire avec certitude mais nous avons trouvés Mylène Demongeot bouleversante. Quand à Jean Piat, il nous a émus. Leur lecture, extrêmement fluide, n’a rien d’ennuyeux ou de soporifique. Bien au contraire, elle nous permet de regarder le monde droit dans les yeux grâce à une écriture juste et rythmée. Cela donne envie de trouver celui ou celle qui saura nous accompagner sur le chemin de la vie et lui écrire tout ce qui se loge au fond de notre cœur, des banalités à l’essentiel. Des lettres comme seul bagage, comme force, comme salut pour affronter le monde. Car même si nous suivons des chemins différents, les relations épistolaires peuvent continuer à nous apporter un certain équilibre. Et cela, Mylène Demongeot et Jean Piat nous l’ont bien fait entendre. Love Letters est un cri du cœur qui s’exprime dans une tempête émotive et qui nous fait chavirer au point d’avoir juste envie d’écrire MERCI.

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Love Letters

Texte : A.R. Gurney

Traduction et adaptation : Alexia Perimony

Mise en scène : Stéphanie Fagadau

Avec : Mylène Demongeot et Jean Piat

Durée : 1h20

  • A partir du 21 janvier 2017

Du jeudi au samedi à 19h et le dimanche à 16h

Lieu : Comédie des Champs-Elysées, 15 avenue Montaigne, 75008 Paris

Réservations : 01 53 23 99 19 ou www.comediedeschampselysees.com

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