On dirait ton père : c’est l’histoire de la vie

C’est en plein cœur du Festival Off d’Avignon 2018, dont la thématique du IN interrogeait le genre et l’identité, que la rédaction de ThéâToile était venue à la rencontre de Marion Pouvreau et de la pièce On dirait ton père qu’elle a co-écrite avec Camille Broquet. C’est à la Comédie des 3 bornes, à Paris, que le texte et la mise en scène, retravaillés, posent leurs bagages chaque jeudi. L’occasion de venir voir une version enrichie, fluidifiée et davantage limpide.

Marion Pouvreau, Camille Broquet et Thomas Lempire dans On dirait ton père © DR
Marion Pouvreau, Camille Broquet et Thomas Lempire dans On dirait ton père © DR

C’est dans le brouhaha de l’aéroport que Léa, Zoé et Ted se tournent vers l’avenir : « pour la première fois, notre vie nous appartient » disent-ils. L’hérédité pèse lourd quand on veut se construire personnellement. Quand Léa est venue au monde, son père espérait de tous ses forces un garçon. La petite a grandi entre une mère perdue dans les abysses de la superficialité humaine et un père qui semble toujours rentrer du travail et qui ne voit que par son entreprise Bodin et fils dans laquelle Léa devra faire ses armes. Zoé, elle, a un père qui s’excuse de tout, un peu niais et très stressé. Sa mère, très zen, était prête à fumer un joint pour dilater son col au moment de l’accouchement. Elle finira par partir pour ne pas gâcher sa vie avec une enfant à élever. Ted, n’est pas davantage aidé, avec une mère godiche et un coach sportif en guise de figure paternelle. Ce dernier ne jure que par le dépassement de soi, est hyper musclé et endurant car il ne veut pas des bras en salsifis, comme son grand-père qui a été incapable de sauver son épouse de la noyade. Plus tard, Ted veut être un « comme il faut ». La réalité sera toute autre : Léa travaille d’arrache-pied comme son père et a endurci son cœur de pierre en devenant accroc à la drogue pour tenir la pression qui repose sur ses épaules, Zoé cherche à s’émanciper et « vivre la vie qu’elle veut vivre » malgré l’abandon maternel l’année de ses 8 ans et l’opposition qu’elle a avec son père quant à la vision du bonheur. Sa vie est réglée comme du papier à musique même si elle refuse de fuir quoi que ce soit et ses névroses sont telles qu’elle ne parvient pas à s’intégrer dans la vie ou dans un groupe. Ted, lui, déteste le sport avant de se rétracter. Il est devenu un homme qui ne respecte pas les femmes et qui cache son homosexualité pour briller aux yeux des autres. Désormais, à chacun sa devise. Pour Léa ce sera boulot, boulot, boulot ; pour Zoé, métro, boulot, dodo et pour Ted, sport, sport, sport. Des valises un peu trop lourdes à porter certains jours.

On dirait ton père propose de revivre l’annonce de la grossesse et la naissance de Léa, Zoé et Ted. Leur univers est très coloré : bleu pour le garçon, jaune pour Zoé et rouge pour Léa. Les accessoires, de leur couleur réciproque, sont suspendus en fond de scène, par des ficelles et des pinces assorties. Cela permet une grande fluidité dans la narration. Les trois interprètes passent avec une belle aisance d’un protagoniste à l’autre. Marion Pouvreau est aussi bien Léa que la mère de Zoé ou celle de Ted (elle est parfaite en maman godiche qui donne des conseils tout droits sortis d’un magazine féminin : « Les filles, c’est comme le sport, il faut beaucoup d’entrainement ») tandis que Thomas Lempire rayonne et excelle notamment dans le rôle du père de Zoé. Camille Broquet est remarquable dans son interprétation du père de Ted. Les trois acteurs séduisent dans l’esquisse des parcours de vies drôles et touchantes.

Dans cette version 2019, la pièce a accentué son côté comédie et s’est enrichie d’une bande-son ultra dynamique qui rythme un ensemble au top. Les personnages sont attachants et le spectateur, surpris par la représentation, se laisse attendrir par la galerie de protagonistes. L’émotion vient nous cueillir au détour d’un récit de vies fictives qui semblent si réelles, nous rappelant souvent notre propre existence. Que faire de ses rêves, de ses délires, de ses éclats de rire, de ses envies innocentes, celles qui sont logiques et claires ? Comment savoir qui on est ? Faut-il pour cela parcourir le monde ou juste ses rêves et ses désirs ? : « ça fait du bien d’arrêter de se mentir ». Alors accordons-nous le droit de toucher au bonheur en allant voir On dirait ton père. Bon voyage !


La rédaction a assisté à la représentation du jeudi 7 mars 2019


On dirait ton père

Texte : Camille Broquet et Marion Pouvreau

Mise en scène : Thibault Martel assisté de Thomas Lempire

Distribution : Camille Broquet, Thomas Lempire et Marion Pouvreau

Durée : 1h10

  • Du 7 mars au 30 mai 2019

Les jeudis à 21h30

Lieu : Comédie des 3 bornes, 32 rue des Trois Bornes, 75011 PARIS

Réservations : 01 43 57 68 29 ou www.comediedes3bornes.com

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