Papa ou pas ? : la paternité en cadeau

En ces fêtes de fin d’année, l’heure est aux cadeaux. Et comme à son habitude, il y a les espoirs et les déceptions qui se mêlent sous l’emballage scintillant des paquets. Pour Jérôme, c’est un présent très particulier qui l’attend : celui de la paternité. Pour lui, c’est source d’angoisse. La pièce Papa ou pas ? décide de nous plonger dans les chamboulements de l’arrivée d’un petit être, du point de vue de l’homme. Un seul-en-scène tourbillonnant qui redonne la parole à ceux qui ne sont pas juste là pour semer la petite graine : ils donnent eux aussi la vie !

Cédric Ingard face aux angoisses de la paternité © DR
Cédric Ingard face aux angoisses de la paternité © DR

Aziz est au téléphone, qu’il passe à Hervé. Ils partagent tous deux le secret lâché par Paulo : Sofia, polonaise de 24 ans, est enceinte. Et la bande de copains semble un peu ennuyée. « Jérôme, il sait pas qu’on sait ? ». L’annonce de la paternité pourrait être une occasion de faire la fête mais pour Jérôme Vicaire, qui vient d’avoir 35 ans, c’est un cataclysme. Tout se bouscule dans sa tête, lui qui ne connaît la future maman que depuis 7 mois et demi. Face au miroir, il se parle, il tente de reprendre ses esprits et de donner le change face aux copains mais ce n’est pas le genre de nouvelle sans importance. Il est conscient que ce bébé va bouleverser sa vie et il se demande s’il est prêt, s’il en a envie, s’il en est capable… Est-il assez raisonnable et responsable pour « aimer si fort » ce peti être à venir ? Et les copains, ils en pensent quoi de tout ça ?

Sur le plateau, pas de décor et un seul homme, Cédric Ingard. Pourtant, durant une heure, nous allons y voir tout un panel de personnages et un espace, sur plusieurs étages. On imagine le bar où Hervé, un peu benêt, joue de la musique, où Gérard, « aussi pédé qu’alcoolique » cherche les potins du jour tandis qu’Aziz essuie les verres derrière le comptoir et descend à la cave pour le ravitaillement. L’acteur, qui ne se ménage pas, nous fait revivre l’annonce de Sofia, maîtrisant mal le français. Pour cela, avec juste une chaise pour accessoire, il nous berce de tendresse et d’humour. Il cherche des réponses à ses nombreuses questions. Ses peurs et ses angoisses l’envahissent, le hantent. En plissant légèrement les yeux, on jurerait voir, sur la chaise, une femme aux cheveux longs et soyeux et au ventre légèrement arrondi, au son d’une petite ritournelle enfantine. Et puis nous imaginons parfaitement l’appartement de Jérôme ou le bar d’Aziz avec la réserve d’alcool au sous-sol que l’on rejoint par un petit escalier à jardin. Tout cela, nous le devons à Cédric Ingard qui fait naître sous nos yeux une vingtaine de personnages et passe de l’un à l’autre avec une aisance déconcertante. Il ne se contente pas de faire des hommes ou des femmes (le passage en revue de toutes ses ex, de la Christine allumeuse à la Aurore dépressive est savoureux), des jeunes ou des gens plus âgés, non, Cédric fait aussi très bien le lapin qui dévisage Jérôme passant à toute allure sur sa moto ou encore le toutou à sa mèmère lors de sa visite nocturne chez sa mère et même l’horloge, c’est peu dire ! Il est à l’aise dans tous les registres, c’est époustouflant ! De sa simple présence, il déploie tout un monde, tout un imaginaire où se réunissent le noir du réel et le blanc de ce qu’il imaginait. Il « fait mentir la vie » en ressentant le besoin de faire le vide quand au contraire un petit être commence à occuper pleinement tout l’espace. Peu à peu, il glisse dans le rêve, dans le surréalisme avec une sorcière mais comprend que le fruit se son amour pour Sofia est un fruit nourrissant. Il affronte ses mythes, ses fantasmes, les idées reçues et les angoisses en faisant face au bébé monstre qu’il s’imagine avoir avant de comprendre le signe qu’il attendait : « un rêve étrange où il avait les yeux grands ouverts sur le monde ». Entre un rêve vécu et une vie rêvée, il parvient à nous transmettre « une sensation de vide et de plein », quelque chose qui nous reliait au monde et finalement, à bien y réfléchir, nous ne demandions que cela.

Sur le visage du comédien, tourbillonnant dans son univers, au-delà des angoisses de la paternité, nous pouvons y déceler la joie de devenir grands-parents avec le personnage de la mère de Jérôme, hilarante, s’agitant dans tous les sens sur son fauteuil électrique. Les scènes du chien qui parle sont tout simplement un pur moment de délectation tandis que la tendresse s’installe en feuilletant l’album photo qui retrace toute une vie, la sienne, passée à profiter et à ne jamais songer au mariage ou à fonder une famille. La figure maternelle apporte un regard tendre sur le métier de parent, peut-être le plus beau mais aussi le plus difficile. « C’est pas la fin de tout un enfant, c’est autre chose, une autre vie ». Il est vrai que cela signe également la fin d’une certaine insouciance et d’une forme d’innocence, un peu comme un enfant qui découvre qu’il a été bercé de belles légendes, mais cela en vaut la peine, inexorablement ! Et puis, il y a une angoisse qui perdure, celle du temps qui passe donc il faut aussi savoir saisir les signes que le destin nous envoie avant qu’il soit trop tard, avant qu’une vie nous échappe. Rester ou fuir ? Nul ne peut décider pour autrui mais il faut profiter de chaque instant car « la vie c’est comme une fête foraine, ça bouge, ça crie et des fois, ça peut faire peur mais la vie ça peut être drôle aussi ».

© DR


La rédaction a assisté à la représentation du jeudi 13 décembre 2018


Papa ou pas ?

Texte : Cédric Ingard et Virginie Bracq

Mise en scène : Jean-Michel Péril

Création lumières : Jean Grison

Musique : Mia Delmae

Distribution : Cédric Ingard

Durée : 1h00

  • Du 13 septembre 2018 au 17 janvier 2019

Le jeudi à 20h30

Lieu : A la Folie Théâtre, 6 rue de la Folie Méricourt, 75011 PARIS

Réservation : 01 43 55 14 80 ou www.folietheatre.com

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s