Qui suis-je ? : le mâle de l’ado

Que celui ou celle qui n’a jamais connu la moindre seconde d’un trouble amoureux me jette la première pierre ! Lorsque le désir est différent de ce qui semble être la norme, comment se construire en tant qu’individu ? Au-delà du thème de l’adolescence et de ce que cela provoque en terme de sentiments, c’est aussi cela que soulève le texte de Thomas Gornet. La Compagnie Le Chat Foin explore avec sensibilité et justesse son sujet, simplement mais efficacement. Une réussite totale !

Manon Thorel, Côme Thieulin et Théo Costa-Marini dans Qui suis-je ? de Thomas Gornet mis en scène par Yann Dacosta © Arnaud Bertereau - Agence Mona
Manon Thorel, Côme Thieulin et Théo Costa-Marini dans Qui suis-je ? de Thomas Gornet mis en scène par Yann Dacosta © Arnaud Bertereau – Agence Mona

Vincent Latan est en troisième. Comme tous les collégiens, il est à un âge où l’on ne se fait pas de cadeaux si on est jugé différent. Heureusement, il peut compter sur Aziz et Myriam pour le soutenir, notamment face aux humiliations permanentes de son professeur de sport. Cependant, le jour où Cédric Martineau, un nouvel élève, fait son apparition dans l’établissement, Vincent va expérimenter un sentiment jusque là inconnu, un trouble sur lequel il ne parvient pas à poser des mots. Rejeté, il se débat avec ce qu’il ressent jusqu’à identifier la situation : il est amoureux ! Comment peut-on aimer un autre garçon à l’âge où notre apparence prime sur les préjugés ?

Vincent est comme un jambon qui se débat au bout de la corde en cours de sport. Cette image peut également être celle de ce qu’il vit à l’intérieur de son cœur. Le trouble et le désir amoureux sont des choses bien complexes à appréhender, y compris à l’âge adulte. Pour lui, c’est un grand point d’interrogation, un tsunami intérieur qu’il ne parvient pas à expliquer. Il aura besoin d’une année scolaire pour poser le mot de l’homosexualité sur ce qui le chamboule au plus profond de son être. Sur le plateau, Côme Thieulin est touchant. Il a une fragilité apparente dont il va faire une force qui permet à de nombreux spectateurs de s’identifier. Il s’agit pour lui d’essayer de se comprendre avant de se pencher sur le cas des autres. A ses côtés, Théo Costa-Marini est tantôt un Aziz rassurant ou fuyant et tantôt un Cédric troublant. Quant à Manon Thorel, elle illumine le plateau en incarnant une Myriam éclairante et réconfortante et une principale de collège un peu aigrie mais juste. Les images du dessinateur Hugues Barthe illustre le petit monde de Vincent, si proche de nous. La scénographie de Grégoire Faucheux est limpide. Nous passons d’un endroit à un autre en un battement de cœur et cela sert à merveille la mise en scène précise de Yann Dacosta qui souligne sans excès le parcours intime du protagoniste, avec pudeur et retenue. L’émotion est là, teintée d’humour et de légèreté car l’amour n’est pas un sac de plomb dans nos cœurs et dans nos vies, et nous nous laissons porter par cette histoire, cette quête de soi, ces acquisitions de repères identitaires.

Une chose est indiscutable dans ce spectacle, c’est la délicatesse avec laquelle Thomas Gornet traite la thématique de l’homosexualité naissante à l’adolescence, en faisant l’écueil de tous les clichés. Il semble nécessaire de montrer cette représentation aux collégiens afin de leur faire prendre conscience que les attitudes, leurs gestes, leurs mots peuvent blesser autrui mais surtout qu’ils ne sont pas seuls à ressentir des tourbillons dévastateurs, soufflés parfois par des vents contraires. Une belle leçon d’espoir et d’optimisme enrobée au creux d’un théâtre pédagogique à déguster sans modération.


La rédaction a assisté à la représentation du samedi 21 juillet 2018


Qui suis-je ?

Texte : Thomas Gornet

Mise en scène : Yann Dacosta

Dessinateur : Hugues Barthe

Scénographie : Grégoire Faucheux

Lumières : Eric Guilbaud

Vidéo : Camille Sénécal

Costumes : Corinne Lejeune

Distribution : Théo Costa-Marini, Côme Thieulin et Manon Thorel

Durée : 1h05

  • Du 6 au 27 juillet 2018

Relâche les 11 et 18 juillet

dans le cadre du Festival OFF d’Avignon

Lieu : Le 11 Gilgamesh – Belleville, 11 boulevard Raspail, 84000 AVIGNON

Réservations : 04 90 89 82 63

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