Antigone : reconnaître à tous les mêmes droits

Le public, en dispositif tripartite, est venu nombreux pour découvrir la nouvelle création d’Olivier Py et de l’atelier théâtral qu’il anime avec les détenus du Centre Pénitentiaire d’Avignon – Le Pontet. Et l’émotion était palpable, intense. Si Olivier Py, le directeur du festival d’Avignon, divise chaque année le public avec ses créations, il effectue un travail formidable avec les détenus et c’est un honneur de pouvoir assister à l’une des représentations de ces libérations artistiques.

L'un des détenus du Centre Pénitentiaire du Pontet, jouant le rôle titre d'Antigone © Christophe Raynaud De Lage
L’un des détenus du Centre Pénitentiaire du Pontet, jouant le rôle titre d’Antigone © Christophe Raynaud De Lage

Emotion en entrant dans le nouveau lieu du Festival d’Avignon. La Scierie, impose et se révèle être l’endroit idéal pour ce qui nous réunit ce jour. Antigone de Sophocle, jouée entièrement par des hommes, en une petite heure. Ils sont sept détenus à venir nous parler de liberté. Cela pourrait faire sourire si l’histoire n’en demeurait pas tragique. A la mort d’Œdipe, le royaume de Thèbes revient à Etéocle et Polynice, qui doivent régner en alternance. Mais la passation de pouvoir ne semble pas être dans les desseins du premier, provoquant la levée d’une armée par le second. Leur oncle érige alors une loi, terrible et injuste, condamnant Polynice à être la proie des oiseaux, sans tombeau ni honneur, tandis que les funérailles d’Etéocle sont autorisées et proclamées. Les lois sont affaire humaine et Antigone n’accepte pas de laisser l’un de ses frères sans sépulture, au point d’y laisser sa vie pour sauver sa dignité.

Ce qui frappe d’entrée, c’est le fort accent du Sud de certains détenus. Le propos n’est pas toujours audible (excepté pour Hémon et Antigone), mais qu’importe, l’essentiel est ailleurs, dans le message, dans les intentions, dans les convictions. Antigone est incarnée par l’un d’entre eux, dont la diction est exceptionnelle d’intensité, qui parvient à nous transpercer le cœur. Désormais interdite de Soleil, certaines de ses phrases prennent une résonnance tout autre dans ce contexte particulier. Créon, quant à lui, mange quelques syllabes en s’emportant, mais son jeu est bouleversant, dès son entrée sur la scène qui tient plus de l’estrade que d’un vrai plateau. Il s’avance et contemple longuement les ruines en toile de fond. Cette image, forte, est celle qui nous convaincra, après seulement quelques secondes, que le texte est un symbole puissant pour ces acteurs qui ont soif de liberté derrière les barreaux. Persévérant dans l’erreur, ce personnage n’a pour autant rien de détestable, mettant en avant ses failles humaines plus que son obstination et sa haine.

Ils sont détenus au Centre Pénitentiaire d’Avignon et tiennent à leur droit à l’image. Les photos ne sont pas autorisées, même aux saluts. Alors, pour leur témoigner gratitude et reconnaissance, le public se lève, tape des mains, les rappelle, leur envoie un peu de chaleur, de baume au cœur pour tenter de rétablir l’égalité avec ce qu’ils viennent de nous offrir. C’est fort, c’est beau, ça nous touche, nous secoue, nous transperce. Bien sûr, ce n’est pas la perfection qui est de mise. Démarche encore verte et timidité à fleur de peau, ils brûlent les planches comme pour goûter à une liberté espérée. Avec Antigone, ils peuvent aller se promener où ils veulent, ils sont libres, ils sont vivants parce que quoi qu’il ait fait, « un homme reste un homme ».


La rédaction a assisté à la représentation du vendredi 20 juillet 2018


Antigone

Texte : Sophocle

Traduction : Florence Dupont

Ateliers de création théâtrale dirigés par : Olivier Py et Enzo Verdet

Distribution : Christian, Gryne, Mourad, Paulu Andria, Pierrick, Redwane et Youssef

Durée : 1h00

  • Du 18 au 20 juillet 2018

dans le cadre du Festival d’Avignon

Lieu : La Scierie, 15 boulevard Saint-Lazare, 84000 AVIGNON

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