On dirait ton père : bagage parental

Cette année, le festival d’Avignon s’interroge sur le genre, sur l’identité et ce qui fait ce que nous sommes. On dirait ton père s’inscrit dans ce fil rouge en cherchant à décortiquer le bagage que nous donne nos parents à la naissance et comment notre histoire nous construit en tant qu’individu. Un voyage touchant et rafraîchissant au cœur de trois familles atypiques qui pourraient bien résonner par bribes avec notre propre parcours.

Trois destins dans On dirait ton père © Romain Hinal
Trois destins dans On dirait ton père © Romain Hinal

Ils sont trois et attendent patiemment que s’affiche leur destination. Qui sont-ils ? Où vont-ils ? Pour le savoir, il est nécessaire de remonter le temps, de l’annonce de la grossesse de la mère à l’accouchement et enfin la naissance. Mais que contient notre valise au moment où l’on pousse notre premier cri ? Celle de Léa est chargé de déception paternelle. Si sa mère se réjouit de l’arrivée d’un bébé, le père, lui, souhaite avoir un fils. Alors à la maison, Léa est appelée Léo et on lui ouvre le chemin vers la succession de l’entreprise familiale : Bodin fils. Pour cela, la jeune femme qu’elle devient devra oublier le piano et suivre le credo paternel : boulot, boulot, boulot. Zoé, elle, n’a connu sa mère que jusqu’à ses 8 ans. Celle-ci a préféré abandonner sa famille pour vivre ailleurs un nouvel amour. Elevée et couvée par son père, Zoé tente de s’extraire de cette coquille en affirmant le jour de son quinzième anniversaire qu’elle sait qui elle est. Vraiment ? Enfin, Ted grandit entre une mère superficielle et un père qui ne parle, ne jure et ne respire qu’à travers le sport. Seulement l’adolescent préfère les livres à la boxe, activité aussitôt assimilée par son père à une marque d’homosexualité alors il faudra tenter de sculpter son corps plutôt que son esprit. Tous trois sont-ils véritablement ceux qu’ils pensent être ?

Sur le plateau, les trois interprètes charismatiques et dynamiques passent avec aisance du rôle des enfants à celui des parents, ces êtres qu’ils ont copié, admiré, rejeté ou même entendu dans le silence de leur enfance. Marion Pouvreau est lumineuse et convaincante dans le rôle de Léa, autant que dans celui de la mère de Zoé et celle de Ted. Son personnage, devenu femme d’affaire sans cœur qui ne vit que pour l’entreprise, a renoncé au piano et avec lui à ses rêves. Elle est touchante et irradie tout comme Camille Broquet, bouleversante Zoé qui n’a pas su s’intégrer, fidèle au serment de ses huit ans : « fini les histoires ». Travaillant dans un musée la jeune fille a perdu son sourire avec l’abandon maternel. La comédienne est époustouflante dans le rôle du père de Ted, un sportif convaincu. Enfin, Alexis Gourret est un peu plus réservé et dans la retenue que ses camarades de jeu mais parvient à nous toucher avec un rôle d’homme qui se cherche pour enfin assumer le désir qu’il ressent. Les trois destins nous touchent, font écho à des souvenirs que nous portons et répondent à certaines de nos questions. Avec trois valises colorées et des accessoires judicieux, on déroule le fil de la vie avec délice.

En sortant de la représentation d’On dirait ton père, on se sent serein. Il faut dire que cela fait du bien d’arrêter de se mentir. Etre soi-même un instant, en se délestant d’un bagage parfois trop lourd à porter et qui écrase ce qui nous anime réellement. Alors, quand notre corps veut quelque chose mais que notre tête résiste, quand on ressent un manque de tout et un manque de rien, arrêtons-nous sur le bord du chemin pour laisser parler notre cœur, pour nous recentrer et retrouver au plus profond de notre être là où nos pas nous portent.


La rédaction a assisté à la représentation du dimanche 15 juillet 2018


On dirait ton père

Texte : Camille Broquet et Marion Pouvreau

Mise en scène : Thibault Martel assisté de Thomas Lempire

Distribution : Camille Broquet, Alexis Gourret et Marion Pouvreau

Durée : 1h10

  • Du 6 au 29 juillet 2018

dans le cadre du Festival OFF d’Avignon

Horaires : 13h00 – 14h10

Lieu : Théâtre de la Tâche d’encre, 1 rue de la Tarasque, 84000 AVIGNON

Réservations : 04 90 85 97 13

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