Voyage en ascenseur : improbable ascension

Au Théâtre Rive-Gauche, les pièces se suivent et ne se ressemblent pas. Pour clore la saison 17-18, après un succès au festival d’Avignon 2017, Corinne Touzet et Jean-Erns Marie-Louise nous entrainent avec eux dans l’ascenseur d’une entreprise pour un voyage drôle et tendre aux côtés de deux êtres que tout oppose mais que la peur de l’autre va se transformer en moteur pour ressortir changés et grandis de cet incident.

Jean-Erns Marie-Louise et Corinne Touzet dans Voyage en ascenseur de Sophie Forte © Fabienne Rappeneau
Jean-Erns Marie-Louise et Corinne Touzet dans Voyage en ascenseur de Sophie Forte © Fabienne Rappeneau

Juliette, tirée à quatre épingles, vient faire une surprise à son PDG de mari en ce vendredi soir, veille du week-end de l’Ascension. Ironie du sort qu’elle ignore encore lorsqu’elle pénètre dans l’ascenseur. Elle y découvre Moctawamba, l’homme de ménage, avec qui, très vite, elle se retrouve bloquée dans la petite cabine, au deuxième sous-sol, dans une société désertée de ses occupants. Tous les oppose et pourtant, ils vont devoir survivre, se supporter, se comprendre, se parler et coexister ensemble, dans un espace restreint qui ne laisse pas de place aux masques et aux faux-semblants. La méprise, le racisme, la peur de l’autre vont progressivement s’échapper.

Le texte de Sophie Forte fait voler en éclats, avec intelligence et précision, les préjugés sur l’inconnu. Dans un espace restreint, le spectateur suit avec délice le voyage d’une rencontre improbable jusqu’à tracer une ouverture sur le monde de l’autre et un enrichissement humain. Après Un nouveau départ, Corinne Touzet reprend le chemin des planches pour un autre périple. Elle est Juliette, la femme du patron. Délaissée angoissée, hystérique et perdue, elle n’en est pas moins drôle et savoureuse dans ses paroles maladroites et ses plans B pour soulager sa vessie. Peu à peu, sa méfiance s’effrite, ses peurs s’évaporent face à Jean-Erns Marie-Louise qui est Moctawamba, un Africain perché, poète et philosophe à ses heures perdues, imperturbable en presques toutes les situations et ayant recours à grand renfort de proverbes et de citations de son pays. Avec sa blouse bleue, il reste stoïque tandis que son tandem gesticule dans tous les sens : « Il ne faut pas s’agiter c’est ça qui donne chaud ». Lui, le « Castor Junior Africain » contraste avec la belle bourgeoise névrosée qui n’est que dans la superficialité et l’apparence avec son parfum Gucci, sa veste Dior et son sac Chanel.

Evidemment, ce voyage en ascenseur est drôle mais pas seulement. Fort, tendre et humain, le duo nous fait progressivement basculer dans l’émotion et la réflexion. Qui sommes-nous vraiment ? Quelles réactions aurions-nous si nous aussi nous nous retrouvions coincés tout un week-end dans un espace minuscule avec un inconnu qui est l’exact opposé de l’image que nous renvoyons ?

Amis claustrophobe, venez surmonter votre appréhension pour changer votre regard sur les autres pour une vision plus tolérante, dépourvue d’aprioris. Un huis-clos intelligent qui, par les temps qui courent, fait beaucoup de bien et redonne foi en l’humanité.


Voyage en ascenseur

Texte : Sophie Forte

Mise en scène : Anne Bouvier

Distribution : Corinne Touzet et Jean-Erns Marie-Louise

Durée : 1h30

  • A partir du 18 mai 2018

Du mardi au samedi à 21h

Les dimanches à 15h

Lieu : Théâtre Rive-Gauche, 6 rue de la Gaîté, 75014 Paris

Réservations : 01 43 35 32 31 ou www.theatre-rive-gauche.com

 

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