L’Ogrelet : maîtriser sa peur

Après un passage remarqué au dernier Festival Off d’Avignon, la Compagnie Théâtre de Paille, en provenance de la région Hauts-de-France, fait une petite escale dans l’Oise à Coye-la-Forêt pour sa 37ème édition de son Festival Théâtral. Co-produit par la Comédie de Picardie – scène conventionnée d’Amiens, le spectacle a ravi les élèves de cycle 3 des écoles environnantes lors d’une représentation pour les scolaires fort appréciée.

L'Ogrelet et sa mère © Fabienne Rappeneau
L’Ogrelet et sa mère © Fabienne Rappeneau

C’est le jour de la rentrée et la maman, comme toutes les mamans du monde est inquiète. Son fils a six ans mais il est tellement fort et grand, car « nourris avec les légumes du jardin », que son ogrelet pourrait blesser ses camarades. Cependant, l’école étant libre et gratuite, c’est le cœur lourd qu’elle laisse son enfant prendre le chemin du savoir. Mais très vite, il découvre l’odeur et le goût du sang. Simon, prénom qu’il s’est choisi, fait ses devoirs mais son comportement étrange fait remonter à la surface son passé mais aussi l’histoire de son père qu’il n’a pas connu. De quel héritage doit-il se débattre désormais, lui qui devra se méfier de ses mains autant que de son sang ?

La pièce, jeune public, se présente en douze chapitres, tel un conte pour enfants. Les titres sont affichés sur l’écran qui sert également aux animations vidéo des déambulations et des fuites dans la forêt du protagoniste. Une partie de la narration ainsi que les bruitages se font au micro, à jardin. Le duo de comédiens est extrêmement convaincant en sublimant le texte de Suzanne Lebeau, loin de prendre les enfants pour des idiots. Christophe Laparra, qui signe aussi une mise en scène soignée et pertinente, incarne un ogrelet plus vrai que nature. Très vite, on oublie qu’il a 5 ou 6 fois l’âge de son personnage. Qu’importe, il parvient à nous attraper et ne plus nous lâcher. Il est Simon et donne vie à ses découvertes, à ses épreuves, à ses doutes et ses victoires tandis que Patricia Varney prête ses traits à la maman dont le récit nous touche. Elle raconte notamment à son enfant qui était son père, un ogre attiré par l’odeur de chaire crue, qui dévore et se nourrit de viande humaine. Elle est bouleversante dans sa narration de la perte de ses six petites filles. Le duo fonctionne parfaitement et se montre complémentaire sur le plateau.

La scénographie est simple. Le décor se métamorphose au gré des tableaux, devenant tantôt une porte ou une fenêtre. L’utilisation d’images animées est pertinente et n’intervient qu’à certains moments ce qui limite la présence de cet outil. Nous trouvons également des marionnettes, des masques pour symboliser les animaux du parcours initiatique de l’ogrelet qui devra vaincre trois épreuves pour surmonter son ogreté : s’enfermer avec un coq blanc d’un coucher à l’autre du soleil, vivre 7 jours avec un loup et enfin passer la course d’une lune à l’autre avec un enfant. Le seul petit bémol serait de dire que le titre du dernier chapitre divulgue la fin et rate l’effet de suspense que beaucoup de spectateurs attendaient.

L’Ogrelet est un très bon support pédagogique pour dialoguer avec les enfants autour de la notion de courage et de dangers avec lesquels nous devons apprendre à vivre. Il est question de maîtriser sa peur et de quête de liberté, d’affranchissement de son héritage génétique. Un bien beau conte pour petits et grands enfants qui ne manquera pas d’ouvrir des portes sur des questions que se posent bien des personnes. Car n’oublions pas que le théâtre ne meurt pas au tomber du rideau mais continue de vivre dans les foyers à condition que la parole se libère et se propage.


L’Ogrelet

Texte : Suzanne Lebeau

Mise en scène : Christophe Laparra

Dramaturgie : Marie Ballet

Masques : Loïc Nebreda

Marionnettes : Sébastien Puech

Création sonore et musicale : Jean-Kristoff Camps

Costumes : Dulcie Best

Dessin animé : Francis Buchet, Guillaume Laigle et Matthieu Fayette

Voix off : Marion Amiaud et Eric Challier

Instrumentistes : Bertrand Denzler, Daunik Lazro et Deborah Walker

Perruque : Micki Chomicki

Construction décor : Antoine Milian et Vincent Léger

Voix : Marie Ballet, Jean-Christophe Camps, Elodie Gérard, Lucie Joliot, Eric Julou, Aglaé Laparra et Philémon Laparra

Distribution : Christophe Laparra et Patricia Varnay

Durée : 1h10

  • Lundi 28 mai 2018

Lieu : Centre Culturel de Coye-la-Forêt dans le cadre du Festival Théâtral

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