Fragments de femmes : brèves confidences

La pièce était la révélation du Théâtre des Feux de la Rampe chaque dimanche avant que ce lieu, vivier de talents à découvrir, ne ferme ses portes précipitamment. Néanmoins, et cela est une excellente nouvelle, Fragments de femmes s’installe au Théâtre de la Contrescarpe chaque lundi. L’occasion de voir ou revoir ces paroles féminines, personnelles et universelles, qui témoignent de ce qui anime les femmes, que ce soit au grand jour ou dans l’intimité de leur cœur.

Solène Gentric, Alix Schmidt et Cécile Théodore sont tous ces fragments de femmes © Fabienne Rappeneau
Solène Gentric, Alix Schmidt et Cécile Théodore sont tous ces fragments de femmes © Fabienne Rappeneau

Sur l’étroit plateau, elles sont trois, vêtues d’une petite robe noire. Rousse, brune ou blonde, elles sont la représentation de la multitude de femmes qui cohabitent sur la planète avec pour point commun un bouillonnement intérieur d’émotions, de ressentis, de vécu. Incarner une figure féminine c’est prendre en considération tout ce que cela comporte quand on en vient à étouffer dans la routine des relations, des jalousies, des envies et des libertés. Si la première, attendant un homme, raconte qu’elle a cru au conte de fées et se retrouve maintenant avec un lapin qui n’a rien de celui d’Alice au pays des merveilles, la deuxième nous touche instantanément dans son adresse à son premier grand amour, celui à qui elle avoue qu’elle avait envie de lui partout, tout le temps et était esclave de ses sentiments. La troisième, quant à elle, évoque ses fantasmes de célébrité, de richesse, d’amour et fait le bilan de ses rêves de grandeur qui se sont effrités.

La mise en scène, sans excès, simple, sobre et efficace souligne et accompagne délicatement le jeu des trois comédiennes qui incarnent toutes les femmes qui sont en nous. Seuls trois cubes, parfois illuminés de mauve, de vert ou de rouge, et un alignement de chaussures au premier plan qui se construit comme une barrière de corail au fil du temps, mettent en relief la présence des actrices. Les textes, actuels et universels, parlent à chacun, tandis qu’ils décrivent une oscillation parfaite et constante entre la légèreté et la profondeur, le rire et l’émotion. Nous pouvons y lire des pages de vie, des instants éphémères sur l’amour, la famille, la mort, bref sur la vie dans sa globalité. Ce très beau spectacle offre des thématiques certes pas nouvelles sous le soleil mais qui ont le mérite d’être traitées avec précision au cours des 25 saynètes rayonnant autour de l’amour, de la rupture, des souvenirs, de la maladie, du quotidien… Nous y trouverons évidemment le mal d’amour, les constats de ne pas réussir à s’attacher ou plutôt mal s’attacher, trouver une autre cible après l’échec et prendre à nouveau la fuite par peur de la déception…

Du témoignage au monologue, en passant par la brève, Solène Gentric, Alix Schmidt et Cécile Théodore sont l’incarnation de ces fragments de femmes contenant bien trop souvent des brisures d’hommes. Elles se livrent, se confient, se libèrent, se vident de tout ce qui les encombre et fait d’elles ce qu’elles sont. Elles nous rappellent que nous sommes régulièrement, nous les femmes, condamnés pour excès d’amour, que l’on aime entièrement, totalement, avant d’oublier, ou du moins de faire semblant de tourner la page après s’être offerte corps et âme dans un amour puissant jusqu’à nous mettre en danger. Parfois, nous sommes prêtes à tout sacrifier pour garder cet amour et nous nous soumettons à nos rêves et nos espoirs. Ce sentiment rend aveugle mais surtout inconsciente car jamais nous ne pouvons rattraper le passé. « Attendre un mieux qui n’existerait pas » en faisant l’état des lieux de relations avec un bail à céder, voilà ce que propose ce spectacle et il le fait avec une telle délicatesse que nous ne pouvons y demeurer indifférents.

Alors, avec à l’esprit la certitude que les relations idylliques ne durent jamais et que pour aimer les autres, il faut un minimum s’aimer soi-même, le spectateur lâche prise peu à peu et se laisse caresser par ces fragments de femmes qui espèrent encore pouvoir choisir de prendre quelqu’un pour oublier, pour laisser un autre aimer sans aimer en retour. Il s’agit peut-être aussi de recevoir sans rien donner quand on n’a plus rien à offrir. On ressort de la salle avec le droit parfois de n’être que l’ombre de soi-même et de ne pas aller bien. Le texte de Fabien Le Mouël est comme un homme-pansement pour se sentir vivante, pour passer à autre chose, pour guérir offert en cadeau avec une interprétation juste qui ne vacille jamais.


Fragments de femmes

Texte : Fabien le Mouël

Mise en scène : François Rimbau assisté de Fabien le Mouël

Distribution : Solène Gentric, Alix Schmidt et Cécile Théodore

Durée : 1h10

  • Du 30 avril au 25 juin 2018

Chaque lundi à 21h30

Relâche le 7 mai

Lieu : Théâtre de la Contrescarpe, 5 rue Blainville, 75005 PARIS

Réservations : 01 42 01 81 88 ou www.theatredelacontrescarpe.fr

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