Mort et vie Séverines : la terre dans les veines

C’est dans le cadre du dispositif Acte & Fac que nous avions rendez-vous en ce mercredi 25 avril 2018 au Théâtre de l’Opprimé. Il s’agissait de venir voir le travail d’une troupe émergente, issue de l’Université de la Sorbonne Nouvelle, soutenue dans son action sur la voie de la professionnalisation. Et pour être honnête, la soirée fut prometteuse avec la satisfaction d’avoir assisté à la construction d’une miette du théâtre de demain.

Mort et Vie Severines © Compagnie Amaü
Mort et Vie Severines © Compagnie Amaü

Le poème dramatique de João Cabral de Melo Neto traite du thème de la migration. En l’occurrence, il s’agit de celle de Severino, un laboureur qui quitte sa terre natale absorbée par la sécheresse, dans l’espoir de faire route vers la mer et d’y trouver une vie meilleure avec des conditions bien plus favorables.

Des tentures couleur sable, tachetées de terre, tombent des cintres. Cela suffit à nous transporter ailleurs, en marge du voyage qui s’amorce. Sur le plateau, ils sont cinq, pieds nus. Tous des Severino, enfant de Maria. L’introduction se fait en texte choral. C’est certes un peu confus mais ce qui perturbe légèrement c’est le fort accent d’une majorité des interprètes qui rend l’exposition incompréhensible. Néanmoins, très vite, la représentation bascule dans un texte bilangue, en français pour la narration de Severino, le migrant à la vie rapiécée, et en portugais pour les tableaux de ses rencontres, de son parcours initiatique. Dès lors, nous voici transportés ailleurs, happés par ce destin qui nous appelle, inexorablement.

« Il n’y a pas de meilleur linceul pour les morts que la nuit noire ». Sur la route qui le mène à la mer, Severino aura toujours la faucheuse dans son sillon. Au son de mélodies sereines de terres lointaines, les paysages projetés suivent la litanie répétée maintes fois en espérant ne jamais se perdre en suivant le fleuve. Severino se voit proposer un drôle de travail : prieur officiel. Il s’agit de chanter les prières funèbres et d’escorter les défunts. Mais à l’appel du large, il voit enfin la terre dont on lui a tant parlé. Nous assistons donc à des touches d’existence éparpillées dans la mort qui suffoque partout.

Que faire quand il n’y a pas de pont, qu’il n’y a rien pour franchir le vide de la vie ? Peut-on lutter contre les vagues de la parole ? A travers le cheminement de Severino, le spectateur, captivé, voit défiler une vie dure à défendre mais une vie présente tout de même. C’est la représentation de l’existence qui déroule son fil et éclot sur le plateau. Les cinq interprètes, jeunes acteurs émergents, sont criants de sensibilité, de véracité et de justesse. Ce petit éclat, fragile, qui est celui d’une vie Severine, laisse à penser que le théâtre de demain est en marche et qu’il a devant lui des beaux jours, loin des ténèbres dissipées qui retombent sur la scène en fin de représentation. Inlassablement, la mort et la vie reprendront leurs droits.


Mort et vie Severines

Texte : João Cabral de Melo Neto

Traduction et adaptation : Magdalena Bournot et Mariana Camargo

Mise en scène : Magdalena Bournot

Lumières : Magdalena Bournot

Conception et réalisation vidéo : Thiago Pedroso

Scénographie : Luiza Kitar et Adrien Poujade

Musique : Yure Romão

Distribution : Marcos Azevedo, Thalia Pigier, Magdalena Bournot, Ana Laura Nascimento et Yure Romão

Durée : 1h

  • Mercredi 25 avril 2018

Représentation à 20h30

Lieu : Théâtre de l’Opprimé, 78 rue du Charolais, 75012 PARIS

Réservations : 01 43 40 44 44 ou https://theatredelopprime.mapado.com/

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s