Les bijoux de Pacotille : l’enfance consumée

Pauline Bureau fait partie de cette génération de jeunes metteurs en scène à suivre de près. Après Mon cœur et Dormir cent ans, il semblerait que la délicatesse soit le mot idéal qui convient au mieux pour décrire avec justesse son travail. Elle accompagne le texte et l’interprétation de Célia Milliat Baumgartner pour souligner avec sincérité une authenticité bouleversante qui relate, comme une confession, comment devenir adulte quand le destin nous enlève nos parents en plein cœur de l’enfance.

Céline Milliat Baumgartner dans Les bijoux de Pacotille mis en scène par Pauline Bureau © Pierre Grosbois
Céline Milliat Baumgartner dans Les bijoux de Pacotille mis en scène par Pauline Bureau © Pierre Grosbois

19 juin 1985. 3h30 du matin. Un couple rentre d’une soirée entre amis et s’apprête à rejoindre une petite fille de huit ans et son frère cadet, confié à un baby-sitter dont cette première expérience risque fort de le marquer à jamais. Au réveil, le mot « accident » sera prononcé, au téléphone et le jeune homme devra « noyer le poisson sans rien déborder ». Une sortie de route à l’entrée du tunnel de Saint-Germain-en-Laye et voici que tout s’enflamme, que tout se consume. Il ne reste qu’une boucle d’oreille en forme de fleur et deux bracelets en métal, noircis par le feu. Restitués à la famille, ces bijoux de pacotille tintaient sur le corps de la mère et sont tout ce qui survit à cette actrice et à son mari. L’enfance vient de voler en éclat et de s’achever dans un tas de cendres. Comment fera-t-elle maintenant que ses parents ne sont plus là ?

La voix off, juvénile, qui prend en charge cette partie de la narration est celle de Céline Milliat Baumgartner qui entre ensuite sur le plateau, dans une petite robe printanière, bleu ciel, portant un carton dans ses bras. Elle ressemble à une petite fille modèle. Un grand miroir surplombe le sol et constitue cet unique décor. Son témoignage est celui de la pudeur, notamment lorsqu’elle évoque sa mère, son « héroïne », celle dont elle possède une « multitude de photos, à tous les âges », celle qui fut le moule dans lequel elle se fond. Un original qu’elle peut copier pour lui donner corps et vie alors que pour son père, ses souvenirs sont sous terre, avec lui. Son jeu scénique est empreint de candeur, de sincérité tandis que la mise en scène se teinte d’une délicatesse salutaire. Le carton devient écran de projection de ses souvenirs d’enfance qui défilent en Super 8, intimes et nostalgiques ; le sol devient la plage ou les nuages pour accompagner son rêve familier, gracieux et délicat.

Le regard de Céline Milliat Baumgartner pétille. Le récit, sérieux et efficace, trouve une justesse parfaite dans les mots déployés. La douceur et la précision se cachent dans chaque geste, dans chaque silence, comme lorsque l’actrice enlève ses bottines pour lacer à ses chevilles des pointes de danseuse classique. Cette discipline, c’était son rêve à elle, celui de ses 8 ans. Elle voulait « marcher 15 centimètres au-dessus du sol et de toute douleur » mais quand ses parents ne seront plus là, tout changera. Il faudra alors combler les oublis et fabriquer des souvenirs  pour « briller de mille feux pour de nouveaux yeux ». Alors, elle l’avoue, elle ne passera pas son permis pour ne pas être responsable de l’accident puis elle le passera pour ne pas en être victime. Elle désobéira à sa mère en devenant actrice et elle fait « plein de petites choses bizarres, pour rester en vie ».

Eté 2013. Trente ans après l’accident qui a coûté la vie à ses parents, Céline Milliat Baumgartner ouvre à nouveau les portes de sa mémoire et écrit les souvenirs d’enfance lié à cet événement. Le livre est publié en février 2015. La compagnie La part des anges s’en empare et devient alors un seule-en-scène théâtral d’une délicatesse infinie qui s’appuie sur un texte pudique, sincère, authentique. Jamais appuyés ou écrasés par un pathos exagéré qui viendrait tout piétiner, les mots sont offerts au public avec toute la sensibilité nécessaire. Un petit tour de magie et tout s’évapore, ne laissant que les souvenirs au creux d’une intimité qu’il est parfois vital de partager pour ne pas sombrer.


Les bijoux de Pacotille

Texte : Céline Milliat Baumgartner

Mise en scène : Pauline Bureau

Scénographie : Emmanuelle Roy

Composition musicale et sonore : Vincent Hulot

Lumière : Bruno Brinas

Costumes : Alice Touvet

Vidéo : Christophe Touche

Interprétation : Céline Milliat Baumgartner

Durée : 1h15

  • Du 6 au 31 mars 2018

Du mardi au samedi à 20h30

Le dimanche à 15h30

Relâche le 11 mars

Lieu : Théâtre du Rond-Point, 2bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 PARIS

Réservation : 01 44 95 98 21 ou www.theatredurondpoint.fr

  • Du 16 au 20 janvier 2018

Du mardi au jeudi à 20h

               Vendredi à 19h

 Samedi à 20h

Lieu : Théâtre Paris-Villette, 211 avenue Jean Jaurès, 75019 PARIS

Réservations : 01 40 03 72 23 ou www.theatre-paris-villette.fr

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s