Kroum : un jour viendra

Jean Bellorini a une âme russe en lui. Après s’être emparé notamment de l’œuvre de Dostoievski, il met en scène Kroum du dramaturge israélien Hanokh Levin avec la troupe du Théâtre Alexandrinski de Saint-Pétersbourg. Entre rires et émotions, un éblouissant spectacle colore le plateau de la salle Roger Blin du Théâtre Gérard Philippe, centre dramatique national de Saint-Denis qu’il dirige depuis janvier 2014.

Kroum d'Hanokh Levin mis en scène par Jean Bellorini avec la troupe du Théâtre Alexandrinski de Saint-Pétersbourg © Anastasia Blur
Kroum d’Hanokh Levin mis en scène par Jean Bellorini avec la troupe du Théâtre Alexandrinski de Saint-Pétersbourg © Anastasia Blur

Un homme est là, assis, à jardin, sur un banc, à quelques centimètres du premier rang de spectateurs. Derrière lui s’érige un immeuble composé de neuf cases. Vert, orange, bleu, jaune, rouge…. : à chaque espace sa couleur ! Une scénographie verticale qui abrite une vie de quartier secouée par les espoirs vains de chacun des douze protagonistes à aspirer à un avenir meilleur. Dès les premières notes enlevées du piano, chaque pièce accueille un acteur et deux autres errent sur la place, en bas du bâtiment. Sifflotant en rythme, les douze interprètes donnent la cadence au creux d’un éblouissant spectacle qui éclaire le chemin vers la réalisation des rêves malgré les nombreux témoins des échecs successifs. Partir loin ? Où ? Comment ? Pourquoi ? Que faire et qui pour sauver Kroum, pour soulever ce masque de médiocrité englué dans un tourbillon de sentiments parfois contradictoires et un temps perdu à jamais.

« Imaginer le départ me convient mieux que partir » explique Kroum, l’ectoplasme, qui revient de l’étranger où il a échoué dans tous les domaines. Comme il le dit lui-même, la seule chose qu’il a réussi, c’est de ne pas s’être marié. Alors il revient traîner son désespoir et sa médiocrité dans ce quartier qui se meure peu à peu, à l’image de Tougati, l’hypocondriaque coincé dans un éternel problème de gymnastique, marié fraîchement à la prude Doupa, la godiche. Kroum, malgré lui, décide de demander Trouda en mariage mais c’est Takhti qui épousera la belle, au dernier moment, nageant dans une telle félicité qu’il a peur de faire naufrage. C’est ainsi que nous assistons aux ultimes soubresauts sur Terre des procrastineurs du coin, sous le regard du docteur Schibeugen, un médecin aux allures de prêtre sectaire. Kroum, joué par l’excellent Vitali Kovalenko, a tout de l’anti-héros, jusqu’à se faire ravir le rôle principal par Tougati. Néanmoins, le haut niveau de la distribution les place tous sur un pied d’égalité au cœur d’une vie à sombrer vers le néant, une existence de solitude, d’agonie, de lassitude.

Il n’y a aucun doute à avoir sur ce point : le théâtre russe anime Jean Bellorini qui dirige avec talent un spectacle joyeux, festif, vivant, même s’il est parfois un peu grinçant. L’histoire pourrait se dérouler n’importe où. Il y a dans ce texte une grande dose d’universalité et d’humanité qui se distille progressivement. Dans cette biographie chorale, il façonne un écrin merveilleux pour une vie qui se colore et s’anime, entre rires et émotions, mariages et enterrements, au son des notes de piano et d’accordéon qui flottent dans les airs avec mélancolie et grâce. Kroum se dévoile avec une beauté touchante pour contrer une incapacité à accomplir rêve et destin. Le départ, la mort, l’humour sont autant de portes de sortie pour ces naïfs de la vie, handicapés à s’élever, à faire d’un songe une réalité : la leur !


Kroum

Spectacle en russe, surtitré en français, avec la troupe du Théâtre Alexandrinski de Saint-Pétersbourg

Texte : Hanokh Levin

Mise en scène : Jean Bellorini

Collaboration artistique : Mathieu Coblentz

Scénographie : Jean Bellorini assisté de Mikhaïl Koukouchkine

Costumes : Macha Makeïeff

Distribution : Vasilissa Alexéeva, Sergey Amossov, Dmitri Belov, Ivan Efremov, Iossif, Kochelevitch , Maria Kouznetsova, Vitali Kovalenko, Vladimir Lissetski, Dmitri Lyssenkov, Yulia Martchenko, Marina Roslova, Olessia Sokolova, Michalis Boliakis.

Durée : 1h50

  • Du 18 au 28 janvier 2018

Du lundi au samedi à 20h

Le dimanche à 15h30

Relâche le mardi

Lieu : Théâtre Gérard Philipe, 59 boulevard Jules Guesde, 93207 Saint-Denis Cedex

Réservation : 01 48 13 70 00 ou www.theatregerardphilipe.com

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