1993 : la « fin de l’histoire »

Dans ce spectacle écrit spécialement pour lui par Aurélien Bellanger, Julien Gosselin, l’artiste associé au Théâtre national de Strasbourg depuis septembre 2014 qui a marqué les esprits au Festival d’Avignon 2016 en adaptant 2666, l’œuvre fleuve de Roberto Bolaño, donne à voir la crise des réfugiés par l’éclairage du tunnel sous la Manche. Une réussite visuelle incontestable qui questionne un fait de société bien ancré dans notre présent sans toutefois parvenir à s’imposer, textuellement parlant.

1993 d'Aurélien Bellanger par Julien Gosselin © Jean-Louis Fernandez
1993 d’Aurélien Bellanger par Julien Gosselin © Jean-Louis Fernandez

Le public prend place face à un extrait de La fin du monde de Francis Fukuyama, un pavé textuel qui en décourage déjà plus d’un. Mais pas question de se retrouver dans ce tunnel. La représentation débute comme dans un film, avec la date-titre qui apparait sur l’écran noir avant de céder la place à la traduction des paroles entonnées par les douze interprètes alignés dans la pénombre, percée par quelques lignées lumineuses discontinues. 1993, le titre qui, comme pour 2666, évoque une année, est la date à laquelle le tunnel du Cern, entre la France et la Suisse, a été creusé, mais aussi celle des ultimes travaux du tunnel sous la Manche inauguré l’année suivante entre Calais et Douvres. Mais sera-t-il réellement un chemin de liberté ou un redoutable piège ? Le texte est scandé par les acteurs qui sont happés, absorbés par un tunnel lumineux qui défile comme le paysage pendant un long trajet nocturne en voiture. Pendant une quarantaine de minutes, le spectateur reste seul face à ce décor sombre, tel un trou béant, comme celui d’une blessure qui va nous consumer et dans lequel chacun peut se perdre.

La deuxième partie est une soirée Erasmus, dans un appartement multiculturel digne d’une véritable auberge espagnole, miroir d’une jeunesse insouciante. Alcool, drogue, sexe alimentent les images filmées en gros plan et projetées au-dessus du plateau. Ces jeunes nationalistes sont le symbole de la montée d’idéologies populaires. Le jeu se fait en différentes langues ce qui ne facilite pas toujours notre saisie. Les images sont saisissantes, époustouflantes même et sont clairement le point culminant de la proposition avec son idée de force et de vitesse, semblable à l’ivresse d’une existence où tout va toujours trop vite, trop loin, sans que nous puissions réellement avoir de prises sur cette réalité. Le flux de paroles, parfois inaudibles, est déversé avec cette même fougue, assommant au passage le spectateur au lieu d’éveiller sa conscience. 1993 devient alors un spectacle prolifique qui mène à la suffocation mais ouvre la voie à à questionnement nécessaire sur l’Europe d’hier et d’aujourd’hui. Aurélien Bellanger et Julien Gosselin donnent à voir un rapport au monde qui se lit dans l’ivresse d’une jeunesse désabusée et de corps en quête de repères, notamment dans une seconde partie fort inspirée.

Le spectacle, créé le 3 juillet 2017 au Festival de Marseille, offre une véritable représentation de fin d’études aux douze jeunes comédiens issus du groupe 43 de l’école du Théâtre national de Strasbourg. Tout comme l’avait fait Thomas Jolly avec le Radeau de la Méduse, Aurélien Bellanger et Julien Gosselin leur offre une porte d’entrée sur un métier passionnant et exigeant. En questionnant profondément la crise identitaire de l’Europe, dans un mouvement permanent, ils font de 1993 une œuvre radicale, fulgurante, qui renvoie aux prémices de ce qui sera, vingt ans plus tard, la jungle de Calais, symbole de la crise migratoire. De quoi éveiller ou réveiller nos consciences engluées dans une rengaine actuelle où le sort des réfugiés ne passe pas les frontières de notre cœur.


1993

avec le Théâtre national de Strasbourg

Texte : Aurélien Bellanger

Mise en scène : Julien Gosselin

Scénographie : Emma Depoid et Solène Fourt

Musique : Guillaume Bachelé

Son : Hugo Hamman et Sarah Meunier

Lumière : Quentin Maudet et Juliette Seigneur en collaboration avec Nicolas Joubert

Costumes : Salma Bordes

Vidéo : Camille Sanchez en collaboration avec Pierre Martin

Avec : Quentin Barbosa, Genséric Coléno-Demeulenaere

Durée : 1h45

  • Du 9 au 20 janvier 2018

Du lundi au vendredi à 20h

               Le samedi 13janvier à 18h

Le samedi 20 janvier à 16h

 Le dimanche à 16h

Relâches le jeudi 11 et le mardi 16 janvier

Lieu : T2G – Théâtre de Gennevilliers, 41 avenue des Grésillons, 92230 Gennevilliers

Réservations : 01 41 32 26 26 ou www.theatre2gennevilliers.com

 

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