Welcome : meurtre au manoir

Présentée durant le Mois Molière à Versailles pour quatre avant-premières, Welcome, pièce adaptée de The Mousetrap d’Agatha Christie, jouée depuis soixante ans à Londres, a été emmenée au Festival d’Avignon pour vivre au rythme de trois semaines d’un haletant suspense. La Compagnie La Conquête de l’Ouest s’est emparée avec brio de ce monument scénique britannique pour en livrer une version savoureuse, pleine de rebondissements et de maîtrise. Une bien belle réussite qu’il nous tarde de revoir prochainement sur les planches.

Welcome avec une victime et six suspects © Marc-Olivier Carion
Welcome avec une victime et six suspects © Marc-Olivier Carion

Welcome ! Bienvenue dans la pension de famille que gèrent les époux Davis, Molly et Giles. Le couple, débutant dans cette activité, est en effervescence et aux petits soins pour leurs clients. Christopher Wren, un architecte raté et Madame Boyle, une retraitée pointilleuse et « pète-sec », discutent d’un meurtre sordide tandis que la neige bloque l’accès au lieu et empêche de Major Metcalf. En pleine nuit, Monsieur Paravicini, un italien très expansif, un « étranger » à la limite de l’arrogance arrive suivi de peu par le sergent Trotter, sorte d’inspecteur Columbo tout droit sorti du berceau, muni de ses skis pour accéder à la propriété malgré le mauvais temps. Voici tout ce petit monde réunit dans un huis-clos sous tension permanente et coupé du « reste de l’humanité ». Mais qui a bien pu tuer l’aînée des pensionnaires ?

La mise en scène de Sabine Laurent est précise et bien huilée. Des scènes figées au rythme haletant, il n’y a qu’un pas qu’elle n’hésite pas à faire valser tout au long de la représentation. Pour cela, elle s’appuie sur une distribution énergique qui donne corps et âme aux différents protagonistes. Elle-même endosse le rôle de Molly avec suffisance et flegme anglais. Antoine Terrones joue son mari qui, bien que manquant parfois de projection, parvient à nous toucher par une fragilité esquissée. Léopold Hedengren campe un architecte raté aux allures de plaisantin, un garçon « complètement névrosé » au regard inquiétant, pilier central de l’énigme. Elisabeth Gelin est la victime de l’affaire et ne laisse rien présager durant les scènes d’exposition. Retraitée affirmée, nous hésitons entre lui donner le bon dieu sans confession ou la maudire sur plusieurs générations tant elle est ambigüe et juste. Yoann Loiret, le Major Metcalf, est un peu effacé dans le groupe mais tire son épingle du jeu dans le dénouement. Christian Jannot est la fraicheur même avec son accent italien irrésistible et ses sourires qui feraient fondre la banquise en plein hiver. Quant à Vincent Marbeau, il est un mystérieux sergent, bien qu’empathique, et fait preuve d’une perspicacité à toute épreuve.

La progression est très fluide et les rebondissements en cascade nous tiennent en haleine jusqu’à la fin. « C’est rigolo de se faire passer pour quelqu’un d’autre » et dans ce jeu de piste où l’esprit de vengeance souffle fortement, le spectateur se délecte de tirer les ficelles et de se laisser surprendre par les indices distillés au creux d’un texte savoureux. L’effervescence ambiante témoigne d’un polar de grande qualité où il est plaisant de démêler l’enquête policière. On pense évidemment à l’indétrônable Hercule Poirot et au climat tendu de rigueur dans ce genre d’histoire policière anglo-saxonne.

Très peu de pièces issues de l’univers du policier sont présentées au Festival d’Avignon et dans les programmations théâtrales en règle générale. Rien que pour cela, ça vaut la peine de faire le déplacement pour Welcome. En prime, vous aurez la chance de vous laisser berner par une distribution brillante, habile pour brouiller les pistes et maintenir le suspense à son plus haut niveau, jusqu’au dénouement qui survient dans un ultime rebondissement. Restez à l’affût d’un éventuel indice annonçant prochainement la reprise ici ou ailleurs de la pièce.


Welcome

Texte : Agatha Christie

Création et adaptation : Sabine Laurent

Collaboration artistique : Virginie Hallot

Scénographie : Elodie Monet

Création lumières : Idalio Guerreiro

Création musicale : Aube L

Costumes : Manon Caillat

Son : Quentin Martineau

Voix : Yann Gallic (France Inter) et Laurent Narjo

Avec : Elisabeth Gelin, Léopold Hedengren, Christian Jannot, Sabine Laurent, Yoann Loiret, Vincent Marbeau, Antoine Terrones

Durée : 1h15

 

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