Florent Chesné : « J’espère que le théâtre amène les gens à réfléchir un peu plus sur le monde »

Nous avons découvert Florent Chesné dans le rôle de Lucien au cœur de la plantation de coton en Louisiane dans la pièce d’Olivier Maille, Chats Noirs, Souris Blanches mais c’est en allant voir Roméo moins Juliette que nous sommes tombés sous le charme de ce jeune acteur caméléon qui interprète à lui seul tous les rôles de l’œuvre la plus célèbre de William Shakespeare. En sortant du théâtre, il était inenvisageable de partir d’Avignon sans le rencontrer et lui poser quelques questions, une invitation qu’il a accepté avec plaisir et décontraction.

Florent Chesné © Claire Pathé
Florent Chesné © Claire Pathé

Peux-tu nous raconter ton parcours artistique ?

J’ai commencé le théâtre dans un cours amateur, en terminale, à Nantes. Ça a été une révélation. Après cette année-là, j’ai fait une année de fac d’éco avant de dire à mes parents que je voulais être comédien. Ils ont été super et m’ont dit « ok, on te fait confiance si c’est ça que tu veux faire ». Je suis donc monté à Paris. J’ai fait six mois de Cours Simon. Ça ne m’a pas forcément plu. Non pas que l’école n’était pas bien mais cela ne m’a pas convenu. J’ai ensuite fait les Cours Florent pendant deux ans. Ça m’a vraiment plu. J’ai rencontré là-bas mes compagnons et amis de théâtre qui le sont encore. En 3ème année, les élèves peuvent créer une pièce. On l’a fait, on a monté Du vice à la racine de Charif Ghattas et on l’a jouée tout de suite à Avignon. C’était en 2004. Ça a été le début de l’aventure. On l’a tournée pendant deux ans avant de jouer chacun dans d’autres compagnies. C’est comme ça que j’ai rencontré Olivier Maille. Je le connais maintenant depuis dix ans. Depuis, j’ai joué dans presque toutes ses pièces. En parallèle, j’ai joué aussi dans d’autres pièces, avec des camarades. J’ai un peu tout fait : de la comédie, du drame… On va dire que je suis un peu caméléon.

Justement, merci pour cette très belle transition puisque dans Roméo moins Juliette, tu es justement un personnage caméléon. Comment est né ce projet ?

Il y avait longtemps que j’avais envie de me confronter au seul-en-scène, de tenter une fois d’être tout seul. J’en ai parlé à Olivier. Il m’a dit « j’ai une idée : ce serait de monter Roméo et Juliette de William Shakespeare mais tu le feras tout seul ». J’ai trouvé ça génial mais comment on fait ça ? Après, ça me convenait très bien parce que je ne voulais pas faire un one-man show. Ça m’allait bien d’apporter le comique et le classique. Je trouvais que cela me correspondait bien. On a commencé à réfléchir et à travailler ensemble mais c’est Olivier qui écrit. Là est venue l’idée du metteur en scène qui se retrouve dépourvu de tout à la première de sa pièce. Ainsi, on a trouvé un sens pour mélanger l’histoire de ce metteur en scène avec Caroline et celle de Roméo avec Juliette. Ce que l’on voulait, c’est que la folie de la pièce soit la folie du metteur en scène et que l’on ne sache plus trop qui est qui, si c’est le metteur en scène ou Roméo qui parle. On avait joué la pièce l’an dernier. On a refait des corrections pour clarifier les choses. Comme c’est une création, il y a toujours des choses à changer et même là, on voit encore qu’il y a plein de petites choses que l’on voudrait changer en se confrontant aux gens et à leur regard.

Dans quel état d’esprit rentres-tu sur la plateau ? En étant seul, tu ne peux pas te rater…

C’est comme un énorme saut dans le vide. A chaque fois, c’est un grand stress. C’est très étrange le seul-en-scène parce que j’avais envie d’en faire donc il y a un côté très sûr de soi mais à chaque fois que je rentre, je me dis « mais qu’est-ce que les gens viennent faire là ? Comment je vais faire pour ne pas les ennuyer ? ». Je me raccroche donc au maximum à l’histoire, à ce que j’ai envie de raconter. Mon but c’est de dire que même si je suis seul, à la fin, on a vu Roméo et Juliette. Voilà, je me raccroche à ça. Le début est plutôt comique mais certains jours, il y a des gens qui ne rient pas. Je me sens encore plus seul mais il y a l’histoire qui se joue et normalement, sur cela, je devrai les tenir. C’est toujours très effrayant dans le sens où le seul-en-scène est un exercice particulier.

Tu goûtes aux deux cette année. As-tu envie de renouveler l’expérience du seul-en-scène ou souhaites-tu retrouver des copains de troupe ?

Les copains de troupe, ça, j’ai toujours envie. D’ailleurs j’ai une autre pièce à côté où je joue avec la troupe et ça, c’est super ! J’ai envie de continuer le seul-en-scène et Roméo à fond. J’aimerai ensuite faire un truc qui soit plus proche de moi, même si ça l’est déjà là. Olivier me connaît par cœur donc il a écrit par rapport à ce que je suis aussi mais j’aimerai un texte qui ne soit pas tiré d’un texte classique et essayer de travailler un truc un peu plus personnel aussi. Je pense que Roméo et Juliette me va très bien. On va essayer de continuer à le faire vivre. Je pense qu’il y a de belles choses à faire, avec les écoles notamment. Je reste donc sur celui-là et on verra plus tard.

A quoi ressemble une journée type sur Avignon ?

Je me lève vers neuf heures. Je prends mon temps. Je ne suis pas un rapide le matin [rires]. Je pars vers 11h sur Avignon (on est sur l’Île de la Barthelasse) et je tracte jusqu’à 17h avant de jouer Roméo moins Juliette. Je finis vers 18h30 mais j’enchaîne avec Chats noirs, souris blanches, également d’Olivier Maille. A 21h30, je rentre et je me repose.

Quel spectateur es-tu ?

Je pense que je suis un spectateur chiant [rires]. J’aime toutes sortes de spectacles. J’adore les comédies, les drames, les Feydeau, les boulevards, les seuls-en-scène, les one-man show… mais j’aime bien me prendre une petite claque, me dire que j’aurai bien aimé être dedans et que j’ai bien fait d’y aller. En vieillissant, je suis moins catégorique qu’avant où je voyais des pièces qui étaient bien mais que je trouvais mauvaises. Je me demandais « comment ça fait pour marcher ? ». Tout ce que je veux, c’est qu’on me raconte une histoire. Je suis très midinette. Je peux pleurer ou rire facilement. Quand je vais au théâtre, je n’ai pas un regard de comédien mais par contre, je veux que ce soit bien raconté, bien joué, que je n’ai pas l’impression qu’on s’est foutu de moi.

Selon toi, quel rôle joue le théâtre et plus généralement le spectacle vivant dans notre société actuelle ?

Je ne sais pas s’il joue un grand rôle en ce moment. La seule chose que je vois, à Avignon, ou du moins l’impression que j’ai c’est qu’il y a des spectacles de vraiment très bonne qualité, que ce soit dans la comédie ou le drame. Y’a moins la place à des choses un peu vite faites, faciles. J’ai l’impression que les gens sont plus en demande de choses de qualité. Ils cherchent du sens. Si on va voir une pièce, on peut rigoler mais si le sujet est original et parle d’un truc actuel, c’est encore mieux. J’espère que le théâtre amène les gens à réfléchir un peu plus sur le monde, sur ce qu’on fait. Dans Roméo moins Juliette, le but est d’amener les gens qui n’iraient pas voir du classique à le voir et se dire que Shakespeare, c’est vachement bien ! J’ai joué dans le Médecin malgré lui, version Los Angeles 1990, c’est un Molière un peu décalé mais le texte ne bouge pas et les gens trouvent que c’est encore très actuel et c’est drôle. Dans Chats Noirs, Souris Blanches, que je joue aussi ici à Avignon, c’est sur fond d’esclavage mais c’est aussi très actuel. Elle amène à se dire de faire un peu attention à nous. On s’en prend plein la tronche de part et d’autre. Des fois on peut avoir peur de l’autre pour pas grand-chose, juste parce que les télés, les journaux nous influencent. C’est l’ignorance qui amène la peur, la haine, comme par exemple de penser qu’un migrant, sans papiers, prend le travail d’un français qualifié. Alors, il faut lire, voir, écouter plein de sources différentes telles que les livres, les journaux, les films, les documentaires…. pour se faire sa propre opinion et s’instruire. L’année dernière, après Roméo moins Juliette, j’ai eu des parents qui sont venus me dire que le théâtre, ce n’était pas le truc de leur enfant mais que là, il avait eu envie de lire Roméo et Juliette. Si le théâtre peut amener à ça, à ce que les enfants lisent, ce serait bien aussi !

En parlant de lecture, y a-t-il un livre dont tu ne te séparerais pas ?

La Cicatrice de Bruce Lowery. C’est le premier bouquin dont je me souviens et où j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Ça fait partie des livres que j’aimerais faire en seul-en-scène. Je le conseille à tout le monde. Je l’ai lu quand j’avais dix ans et je le relis encore. Je pleure à chaque fois au même endroit. Je trouve que c’est un merveilleux bouquin pour rentrer dans la lecture. Sinon, je vais faire de la promo parce que c’est mon meilleur ami, je conseille vivement de lire En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut. C’est facile à lire mais le fond est extrêmement fort. Sous des airs de légèreté se cache un sujet profond, sans que l’on s’en rende véritablement compte. C’est accessible à tous types de lecteurs et ça amène l’imagination très loin. C’est bien d’imaginer aussi.

Y a-t-il un rôle dont tu rêves ?

Le rôle dont je rêve, c’est Mercutio. Je le fais un petit peu dans Roméo moins Juliette. Il y a aussi Oreste dans Andromaque que je rêverais d’interpréter. Je l’ai un peu touché aux Cours Florent mais ça c’est un des rôles que j’aimerais faire en le jouant vraiment, en entier, en faisant une tragédie où les gens peuvent rire en même temps parce que c’est tragiquement drôle.

Quels sont tes projets après Avignon ? Un peu de repos ?

Très clairement oui ! Un mois de repos, de vacances pour récupérer une forme humaine. A la rentrée, on va voir les retombées du Festival d’Avignon sur les deux pièces. On en voit déjà quelques-unes mais on verra mieux ce qui se profile. Ensuite, il y a la mise en route d’une autre pièce d’Olivier Maille avec l’un de mes meilleurs amis, Pierre Khorsand, qui est un merveilleux comédien. Ce sera une pièce sur Alzheimer que j’aimerais vraiment que l’on monte très vite.

Pour finir, quels sont les trois adjectifs qui décrivent le mieux ton état d’esprit actuel, en fin de Festival ?

Je suis dans un état de fatigue, de joie mais aussi festif !

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