Manon Lepomme : « J’ai choisi de faire ma thérapie sur scène »

La jeune artiste belge arrive au Festival d’Avignon avec la ferme intention de ne surtout pas aller chez le psy. Son spectacle, à l’humour mordant, se déguste comme un bon vin. Malgré un accident la veille du départ qui la condamne aux béquilles pour la durée de son séjour dans la cité des Papes, Manon Lepomme assure chaque représentation et les rendez-vous promo avec une énergie débordante. Nous l’avons rencontrée à la sortie de son seule-en-scène pour en savoir davantage sur qui elle est.

Manon Lepomme au Festival d'Avignon © SBJ

Pouvez-vous nous raconter votre parcours artistique ?

Depuis toute petite, je veux être comédienne. Je veux faire rire. Dès lors, j’ai suivi des cours de diction, de déclamation, d’art de la parole dans une académie. Je voulais faire des études au conservatoire ou aux Cours Florent mais mes parents voulaient que j’aie un vrai diplôme. J’ai beaucoup réfléchi et j’ai finalement fait Sciences Politique. Quand je suis sortie, ma prof de déclamation m’a proposée de monter un seule-en-scène qui s’appelait Je vous fais un dessin. C’était des reprises de textes et cela a super bien fonctionné, surtout en Belgique. J’ai ensuite eu envie d’écrire quelque chose de plus personnel, quelque chose qui venait de moi. J’ai écrit Je n’irai pas chez le psy ! avec un comédien liégeois, Marc Andreini. Comme je le dis dans le spectacle, pratiquement tout ce que je raconte est vrai. Il y a des thèmes que je voulais vraiment aborder comme par exemple la maladie d’Alzheimer de mes grands-parents que j’ai vu se dégrader mentalement. J’avais envie d’en parler avec légèreté, sans se moquer, mais pour se dire que l’on voit cela d’une autre façon. Je parle aussi du fait que j’adore manger ou que j’ai été prof. J’aime beaucoup l’interaction avec le public. C’est vraiment chouette. Je suis très à l’écoute, très à l’affût. Je crois que c’est mon côté prof qui ressort. J’ai enseigné trois ans l’anglais et le néerlandais.

Comment est né le spectacle ? Comment arrivez-vous à lier tous les thèmes ?

Ce n’est pas facile. Au début, nous avions écrit sur chaque thème mais on s’est rendu compte que certains revenaient souvent comme par exemple le fait qu’elle ait envie d’être aimée. Elle dit qu’elle s’en fout de son physique mais c’est faux. Elle essaye mais elle ne s’en fout pas. Elle a un côté tout doux, romantique et d’un coup il se passe quelque chose qui ne lui plaît pas et paf, elle devient un démon. On voulait montrer cette dualité de personnalité. On s’est rendus compte que dans tout ce que nous avions écrit, ça revenait et en cherchant bien, on a écrit un fil rouge, une histoire et je pense que c’est cohérent.

Que signifie pour vous le fait d’être une femme sur scène en 2017 ?

Ah ! Ça signifie beaucoup de choses. Je crois qu’il y a de plus en plus de femmes qui sont sur scène. Pour moi, cela signifie que j’ai des choses à dire. Elles sont importantes pour moi, peut-être pas pour le public mais je pense que si c’est important pour moi, ça peut toucher des gens. Donc être une femme sur scène en 2017 c’est pouvoir dire des choses. Je ne suis pas une grande féministe qui défend corps et âme l’idée qu’il faut des femmes sur scène. Bien sûr qu’il en faut mais je trouve que c’est en train de changer positivement. Maintenant, les femmes peuvent dire de plus en plus de choses sur scène. Ce n’était pas le cas avant. C’est ça qui est chouette : en 2017, une femme peut vraiment tout dire, presque plus qu’un homme. C’est ça qui est bien.

Vous n’irez pas chez le psy mais le fait d’être sur scène, n’est-ce pas une forme de thérapie ?

Complètement ! J’ai choisi de faire ma thérapie sur scène, avec les gens, par le rire, plutôt que me coucher sur un canapé à parler avec quelqu’un qui va me juger. Là, je raconte, ça fait rire et ça me fait du bien.

Cette année, j’imagine qu’avec les béquilles [Manon s’est cassé un os du pied le jour de son départ pour Avignon, ndlr] c’est compliqué, mais à quoi ressemble une journée type sur Avignon ?

Sans le plâtre c’est différent c’est certain. J’arrive sur Avignon assez tard. Je me rends à des rendez-vous, des interviews. J’arrive au théâtre de la Tâche d’encre vers 16h. En général, je pars de l’appartement vers 15h et on tracte sur le chemin. A 17h, je joue et ça finit vers 18h10. A 18h30, j’ai fini de parler avec les gens qui ont envie de me parler et avec qui j’ai aussi envie de parler. Ensuite, soit je vais manger, soit je rentre et je tracte sur le chemin du retour. Je ne vais pas tracter beaucoup plus parce que je me rends compte que c’est extrêmement fatiguant. Mon plâtre est très lourd. Le corps est beaucoup plus fatigué car il est toujours en train de travailler pour essayer de réparer la fracture. Je ne tracte pas beaucoup mais je gère les opérations. J’envoie les tracteurs, je gère tout ce qui est réservation et puis j’essaye de me reposer un maximum pour tenir 24 soirs. Je mets ma jambe en l’air en permanence ce qui fatigue aussi.

Selon vous, quel rôle joue le spectacle vivant dans notre société actuelle ?

Je pense que c’est très important, surtout pour la jeune génération. La vieille génération va quand même pas mal au théâtre mais la jeune génération est très branchée téléphone portable, ordinateur, tablette, internet parce qu’on y trouve tout. C’est génial mais à côté de ça, un spectacle vivant, aller au théâtre, et bien ça ne vaudra jamais un DVD de ce spectacle. Dans Je n’irai pas chez le psy !, je réagis beaucoup et ce n’est jamais la même chose. On est là. Il se passe quelque chose entre le comédien et le public qui ne se passera jamais devant une télévision ou un écran. Quand j’étais prof, j’essayais d’emmener mes élèves au théâtre. Il y a de tout. L’humour c’est bien mais il n’y a pas que ça, il faut aller voir toutes sortes de spectacles. Ici, à Avignon, j’ai la chance d’aller en voir pas mal. Dans ma journée type, je le fais aussi ça, aller de temps en temps voir un spectacle. J’essaye plutôt de ne pas aller voir de l’humour mais plutôt des gens qui m’intéressent pour voir comment ils travaillent. Je vais aussi voir des spectacles qui me retournent, qui me questionnent… Il y a tellement de beaux spectacles !

Justement, quelle spectatrice êtes-vous ?

Je suis très bon public. En humour, je rigole beaucoup et fort. Ça c’est très bien car ça lance la salle c’est parfait. Je ne vais pas voir du contemporain parce que clairement ça m’emmerde, je n’y comprends rien. La danse non plus, je n’y vais pas mais sinon je suis plutôt éclectique dans mes choix et assez ouverte pour découvrir des choses, aller voir des spectacles que je ne soupçonnais pas. Pour le moment, je ne suis pas déçue. J’ai vu de très belles choses et des choses intéressantes.

Avez-vous des conseils de spectacles à voir ?

Je conseille Une vie sur mesure [au Pandora, du 6 au 30 juillet à 10h40, ndlr] de Cédric Chapuis. C’est l’histoire d’un jeune enfant qui veut devenir batteur et dans sa famille, on lui met des bâtons dans les roues. Il y a une batterie sur scène. C’est juste magnifique ! C’est drôle, c’est triste, c’est très bien. Je suis allée voir Le Jazz à trois doigts qui se joue à La Luna [à 19h20, ndlr] sur l’histoire de l’Italie dans les années 20. J’ai adoré ! Il y a de l’accordéon, du récit et en même temps il y a des animations sur un écran. C’est très, très chouette. Voilà, pour le moment, ce sont ceux que je retiens mais il y en aura d’autres.

Quels sont vos projets après Avignon ?

Après Avignon, je change le plâtre [rires]. En réalité, je rentre, on m’enlève ce plâtre, on fait une radio et ensuite on voit ce qui se passe. Après, j’aimerai bien partir en vacances, on verra si c’est possible. Normalement, c’est direction la Slovénie.

Pour conclure, quels sont les trois adjectifs qui résument le mieux votre état d’esprit actuel, à mi-parcours du Festival d’Avignon ?

Je suis épuisée. Je suis aussi surprise. Je ne m’attendais pas à ce que ça marche comme ça tout de suite et si bien. C’est complet tout le temps, depuis le premier jour. Je n’ai rien compris à ce qui arrivait. Et je suis aussi heureuse parce que j’ai bien cru que je n’allais pas venir. Je suis heureuse d’être là et que ça marche. Donc oui, épuisée, surprise mais heureuse.

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