Virgin Territory : ivresse d’une jeunesse débridée

Dans le cadre des Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis, le Théâtre Mains d’œuvres de Saint-Ouen a accueilli pour deux représentations la compagnie Vincent Dance Theatre venue tout droit du Royaume-Uni. Multipliant les séquences qui alternent humour et malaise, la pièce, pour la première fois en France, interroge un univers contemporain où le virtuel baigne d’illusions les jeunes générations d’aujourd’hui.

Virgin Territory © Bosie Vincent
Virgin Territory © Bosie Vincent

Le dispositif quadri-frontal entoure une pelouse synthétique. Des bruits d’aboiements féroces nous parviennent au moment où un quatuor d’interprètes entre à quatre pattes. Ils se cherchent et sont très joueurs. Ce sont les prédateurs. Certains se battent, se mordent jusqu’à ce que deux écolières viennent les séparer. « Il n’y a pas d’issue ce soir… aucune échappatoire… nulle part où se cacher ». En effet, difficile de se dérober aux regards, y compris dans notre société actuelle qui érigent les images en modèle. Les petites filles se rêvent en bimbo siliconée. Il est loin le temps où la poupée Barbie faisait pétiller les yeux des enfants. Dorénavant, c’est l’outrance et la libération sexuelle qui inondent leur existence baignée dans la pornographie et les apparences trompeuses.

La pièce de Charlotte Vincent a été créée en 2015 pour huit danseurs. Elle aborde des thèmes concrets, bien ancrés dans notre époque où le réel et le virtuel se confondent. Les individus sont exposés de plus en plus jeunes à des images qui prolifèrent sur les réseaux sociaux à la vitesse d’un cheval au galop. Il est évident que le regard critique porté sur la situation a dans le collimateur les médias qui participent activement à la propagation. Toute la scénographie vise à immerger le spectateur dans un monde où la virtualité est reine de la suggestion. Tout est faux, illusion, poudre aux yeux. Nous nous surprenons à sourire en voyant les plus jeunes imiter leurs aînées avec une perruque blonde, des talons hauts, une robe rose bien trop moulante pour leurs formes naissantes et un fessier assorti à une poitrine généreuse, rebondi par des ballons de baudruche. Le déhanchement sexy et suggestif évoque les clips qui tournent en boucle dans les foyers. Cependant, nous sommes au bord du malaise face à d’autres scènes, que ce soit des évocations de violence ou des dialogues entre un pédophile et des bambins naïfs. Les adultes, censés aider et protéger, sont mis à l’écart de la parole : « Ils ne savent pas la moitié des choses […] Ils pourraient nous apprendre à nous défendre ».

Virgin Territory est une succession de courtes scènes comme des métaphores animant les stéréotypes qui rythment notre quotidien. Les corps sont propulsés dans l’arène formée par le public. Nous sommes au cœur d’un microcosme peignant notre société, entre violence et selfies, explicite et implicite. Viols, drogues et jeux d’adultes tombent comme une avalanche de prédateurs. Dans ce monde où tout va trop vite, les interprètes se heurtent à la vie et s’épuisent, accablés par les nouvelles technologies qui rehaussent ce phénomène. Les danseurs apparaissent, disparaissent, sont sous nos yeux comme des marchandises répondant à l’offre et à la demande. Nous sommes en position inconfortable de voyeurisme malsain, nous poussant au questionnement : quels modèles pour une génération hyper connectée en perdition ? Virgin Territory est une pièce chorégraphiée avec un vrai propos, choc, qui nous pousse à regarder en face ce que l’on occulte par facilité et sensibilise aux dangers du virtuel. Un monde pervertit pour lequel il est urgent de tirer la sonnette d’alarme afin d’avertir des dangers qui planent en investissant au mieux le territoire pour y planter de belles choses comme des grains du futur. Un cri nécessaire pour laisser le temps au temps et donner l’opportunité aux enfants de grandir sereinement en ayant une véritable enfance.


Virgin Territory

Direction et design : Charlotte Vincent

Dramaturgie : Ruth Ben-Tovim

Son : Jules Maxwell

Créations lumières : Nigel Edwards

Interprètes adultes : Robert Clark, Valerie Ebuwa, Antonia Grove et Janusz Orlik

Interprètes enfants : Maia Faulkner, Elysia Natale, Nathan de Silva et Millie Smith-Hashim

Durée : 90 minutes

  • Du 27 au 28 mai 2017

               Samedi à 20h30

               Dimanche à 16h00

Lieu : Mains d’œuvres (Saint-Ouen)

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