48h en scène : « C’est une dissertation vivante, à la fois intellectuelle et émotionnelle »

Le 4 juin 2017, six compagnies dévoileront leur création après 48h de délai pour monter une pièce de 15 minutes avec un thème commun imposé au Théâtre de Verre dans le XIXe arrondissement de Paris. Entre festival de théâtre et résidence d’artistes, 48h en scène est un concept inédit. A une semaine de connaître le thème de cette deuxième édition, nous avons rencontré Juliette et Eliot deux membres de l’équipe fun des six organisateurs, afin d’en savoir un peu plus sur cet événement que nous encourageons fortement et dont nous vous reparlerons très rapidement.

48h en scène

Comment est né le concept de 48h en scène ?

Il est né l’an dernier pendant notre licence, en troisième année en médiation culturelle. On devait monter un projet en groupe. Nous ne nous connaissions pas tous les six mais on a décidé de se mettre ensemble. On s’est dit que l’on pourrait faire ça, que ce serait marrant. On voulait quelque chose de ludique autour du théâtre. On cherchait une idée novatrice. Et puis le projet a dépassé les ambitions de l’université. On s’est vite autonomisés. On a pris beaucoup de plaisir et c’est devenu un projet qui nous tient à cœur. Au début, c’était juste pour avoir une bonne note, pour s’amuser. On avait vingt ans, on ne prenait aucun revenu sur les places. Au fur et à mesure, on a été en compagnie de gens de trente ans, qui sont pros et là on s’est dit que ça intéressait beaucoup de monde, y compris des professionnels. Du coup, on continue tous les ans.

Comment avez-vous préparé cette deuxième édition ?

Avec beaucoup de subventions. Nous avons cherché des financements, on a pu rencontrer la mairie de Paris et trouver des partenaires. On n’a pas repris la même organisation. Sur la première édition, on a invité moins de professionnels. C’était une année test. Cette année, on a davantage de partenariats, comme par exemple avec le Théâtre de l’Aquarium où nous aimerions faire l’édition 2018. On commence à penser sur le long terme, avec même un plan sur dix ans. Côté organisation, on a tous un rôle différent. Eliot, est plutôt dans la communication et les réseaux sociaux. Juliette est davantage dans l’administratif. Baptiste est tourné vers internet et la charte graphique du site… On travaille par mission. On s’entraide. On se forme par nous-mêmes tous ensembles parce que nous sommes encore jeunes.

Qu’est-ce qui nous attend le dimanche 4 juin ?

Les derniers filages auront lieu le matin et les bénévoles arriveront à peu près en même temps. Nous ouvrirons les portes vers 14h30. Le lieu [le Théâtre de Verre, ndlr] est très accueillant. 23 artistes seront présents donc on peut venir un peu avant pour les rencontrer, discuter… Les représentations commenceront à 15h00. Il y aura environ 120 spectateurs. Il y aura d’abord trois compagnies, pour une durée chacune de quinze minutes, puis l’entracte, et à nouveau trois compagnies. Ensuite, le jury délibère et le public est amené à voter pour son spectacle préféré. Les critères c’est le respect du thème et l’originalité. C’est une dissertation vivante et on demande au public quel argument vous a le plus convaincu parmi les six. C’est une dissertation à la fois intellectuelle et émotionnelle. Ensuite, nous remettons le prix du jury et celui du public. S’ensuit un grand échange qui désacralise le théâtre puisque tout le monde peut interagir, que ce soit les artistes, le jury ou le public. A la fin, on boit un verre et il y aura un DJ qui nous fera danser jusque 22h. Jusqu’au vendredi matin du 2 juin 2017, les compagnies ne savent pas le thème. On l’a juste communiqué au jury. C’est un secret. L’année dernière c’était la contrainte. Au fur et à mesure des éditions, on va explorer tout ce qui est propre au théâtre. Nous pensons que c’est nécessaire de passer sur tous les questionnements. Pour les entretiens, on donne des thèmes du genre « sortir des sentiers battus » pour tester les compagnies et elles aiment bien cela.

Quelles sont vos attentes sur cette nouvelle édition ?

On va essayer de mieux s’organiser. Le fait de l’avoir fait une fois, sur le même lieu, nous aide. A la fin des 48h, l’année dernière, nous avions fait un point avec un représentant de chaque compagnie. On va se baser sur ces retours avec les points forts et les points faibles. On voudrait aussi que ce soit plus ludique. Un des membres du jury, Marie Zabukovec, qui sort du CNSAD, viendra faire des échauffements et cela créera une cohésion supplémentaire et ce, dès le début. Du côté pratique et logistique, on va aussi créer une douche. L’an dernier c’était un simple tuyau d’arrosage avec un rideau mais cette fois, on va installer une cabine et il y aura une petite radio. On aura aussi des lits de camps. Fini les matelas gonflables. Toute le monde dormira sur la même chose. Pour cette édition, on a deux partenariats. Pour le prix du public, la compagnie lauréate aura une date produite par le Théâtre Par le Bas de Nanterre dont le directeur, Jean-Luc Borg est un des membres de notre jury.  Il y aura aussi une inscription dans un catalogue pour jouer dans des centres sociaux et donc peut-être jouer plusieurs fois si le spectacle plaît. Pour le prix du jury, ce sera une ou deux représentations au Théâtre El Duende d’Ivry. C’est un théâtre vraiment chouette et plus grand que le Théâtre Par le Bas. Il y a une centaine de places. On a vraiment de belles offres grâce à des partenaires très ouverts et à fond dans le projet. Ils attendent que ce soit plus explosif. Il y aura plus de temps de répétitions durant le week-end pour que les compagnies fassent des trucs encore plus incroyables le jour des représentations. L’année dernière, c’était déjà bien. Le public participait vraiment, il applaudissait pendant pour les encourager. On souhaite garder cela au niveau ambiance.

Qui seront les membres du jury ?

On peut tous les annoncer. Nous avons Sylvie Pascaud, professeur d’art au conservatoire du 6ème arrondissement. Elle sort du TNS en mise en scène. Aujourd’hui, elle est pédagogue. Nous aurons aussi Serge Saada, professeur à l’université Paris III en médiation culturelle et en théâtre. Il travaille aussi pour Cultures du Cœur qui est un accompagnement du public et donne accès à la culture pour des personnes qui habitent en foyers sociaux. Il a écrit également des livres sur le rapport spectacle / spectateurs. Le troisième membre du jury sera Jean-Luc Borg, le directeur artistique du Théâtre Par le Bas. Il milite pour la démocratisation de la culture, pour son accès dans les quartiers difficiles. C’est intéressant de travailler avec des gens comme lui, humainement très ouvert, très généreux. Il a mis en scène à Chaillot, à La Colline, au Rond-Point… Il encourage la jeune création. Nous aurons aussi François Rancillac, notre tête d’affiche qui est le directeur de l’Aquarium mais aussi auteur, comédien metteur en scène, lui aussi fervent défenseur de la jeune création. Enfin, Marie Zabukovec sera avec nous. Nous l’avons choisi parce que nous voulions un autre membre féminin pour un minimum de parité. Je venais de voir l’un de ses spectacles et c’était important pour nous d’avoir le regard d’une jeune qui sort de l’école et qui débute, qui comprend les galères des jeunes compagnies. Les artistes ont entre 19 et 33 ans. Une grosse partie prépare les concours pour le CNSAD ou veulent jouer à La Colline donc c’est bien de pouvoir échanger avec quelqu’un qui les comprend.

Pensez-vous déjà à l’édition de l’année prochaine ?

Oui, on pense aux dix années qui suivent. On a le projet de le faire en province ou de faire deux éditions dans une année. On aimerait en faire une francophone avec des compagnies qui viennent de pays différents. Cette année, on a essayé de prendre contact avec plusieurs lieux dans cette optique. En les invitant, ils peuvent déjà se faire une idée. Certaines compagnies y pensent déjà également. Certaines nous disent qu’ils n’ont pas pu s’inscrire cette année mais qu’ils envisagent de le faire l’an prochain. Financièrement, on essaye de faire des bénéfices, des recettes pour l’avenir. On a investi par exemple dans les lits de camps. On aimerait tenter de nouvelles choses comme créer une contrainte de jeu, pourquoi pas un objet imposé que toutes les compagnies devraient utiliser. On veut expérimenter. C’est comme dormir sur place. Au début, on se posait des questions et puis on a essayé. Ça a très bien fonctionné. C’est important et très fort de faire la représentation à l’endroit même où les artistes ont dormi pendant deux jours. Pour la cohésion c’est pas mal et cela permet de faire vivre le lieu. Le directeur adore ça et nous aussi. C’est très convivial.

L’édition rêvée ressemblerait à quoi pour vous ?

Baptiste dit toujours que le top, ce serait à l’Odéon. Eliot pense que chaque chose est différente mais aimerait un lieu qui accueille plus de gens. Juliette, quant à elle, a mille idées. Déjà, ce serait avec huit compagnies francophones qui viendraient de partout et même du Canada. On mélangerait ceux qui sont professionnels et ceux en voie de professionnalisation. Quatre d’un côté et quatre de l’autre. Ce serait intéressant de voir tout le monde être dépossédé, en 48h. Ce n’est pas forcément parce que tu as plus d’expérience que tu as plus d’originalité ou de cohésion. On vivrait toujours ensemble, peut-être qu’il y aurait des jeux mais toujours dans la répétition, avec un objet ou une phrase imposée en plus du thème et des quinze minutes de représentation. Je vois bien cela dans une ferme avec un grand champ. Un peu comme le Théâtre de l’Aquarium mais version champ immense où les compagnies pourraient répéter un peu partout. Pourquoi pas être là pendant un mois, travailler sur le lieu pour l’aménager, faire une horloge géante avec le foin, faire appel à des collectifs d’aménagement du territoire, des jeunes avec qui on pourrait travailler… Ce serait que des 48h mais on pourrait faire des expositions… On donne un thème et on voit ce que ça peut donner au niveau du théâtre, peut-être du court-métrage ou des artistes qui font des peintures, des sculptures… ça serait le top ! L’idéal serait aussi que l’on soit payé et dire que c’est illimité : on pourrait se retrouver avec des compagnies de dix ou quarante artistes. On pourrait faire ce que l’on veut.

 

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