La Colline dévoile son almanach 2018

Alors que les théâtres peaufinent leur présentation de saison ou attendent fébrilement que les plaquettes sortent de presse, certains font des choix qui surprennent mais qui s’avèrent pertinents, à l’instar de Wajdi Mouawad qui a levé le voile le lundi 22 mai sur la programmation de La Colline, jusqu’en décembre 2018, soit l’équivalent d’une saison et demie. Petit tour d’horizon de ce qui nous attend au fil des saisons dans ce lieu au sommet de la création contemporaine.

la colline
© Pierre di Sciullo

C’est une saison répartie en saisons qui a été dévoilée pour le Théâtre national de La Colline. En effet, Wajdi Mouawad, qui estime que le fondement initial du lieu qu’il dirige est de « raconter une histoire et faire que cette histoire puisse bouleverser », se sert des mots « pour révéler ce qu’il y a d’enfoui ». Il va donc faire don du temps à travers un almanach qui nous mènera de l’automne 2017 aux prémices de l’hiver 2018. Progressivement, la programmation du théâtre s’alignera sur les années civiles, commencera en janvier et se terminera en décembre. Et pour bien marquer les saisons, chaque solstice ou équinoxe sera l’occasion d’une fête. L’automne 2017 sera marqué par une rencontre avec David Grossman pour lancer la saison du déclin et de la mélancolie tandis qu’un concert anniversaire pour les Trente ans de La Colline accueillera l’hiver, « saison de l’art serein » selon Mallarmé. Au printemps 2018, trois jours de colloque jeunesse et un concert rock bourgeonneront afin de laisser la parole à la génération qui nous suit pour qu’elle puisse nous apprendre ce que nous ne comprenons pas et s’exprimer sur ce qu’ils perçoivent du monde. Le solstice d’été célébrera la vie et la mort dans le déclin du jour et se rapprochera du cimetière du Père-Lachaise avec la parole rendue à ses habitants, illustres ou inconnus. Enfin, l’automne reviendra et avec lui la promesse d’une continuité, d’une perspective de tous les possibles.

Wajdi Mouawad nous a avoué être intéressé par les statues qui bougent et les artistes. Si pour le premier, nous ne pouvons rien, en ce qui concerne le second point, tout se passe à merveille puisque La Colline est un vivier d’artistes que nous avons la chance de pouvoir rencontrer. En effet, tous ceux qui feront entendre les mots des cinq prochaines saisons de la saison 17-18 sont des auteurs vivants. Le théâtre est d’ailleurs l’un des quatre lieux, avec les meetings politiques, les lieux de culte et les centres d’achats, où l’on s’adresse de vivants à vivants. L’ébranlement indicible qui consiste à se mettre à la place de son voisin nous pousse inexorablement à franchir les portes des théâtres où les mots « naissent dans la blessure, dans le gouffre ».  Ce sont ceux de Valère Novarina qui ouvriront le bal de l’automne avec l’Homme hors de lui, une création de La Colline. L’auteur avoue que ce qui l’étonne dans le théâtre, « ce n’est pas qu’il y en ait douze qui parlent mais quatre-cents qui se taisent ». Il y en a un qui risque de pouvoir aisément contredire cette pensée puisque Mohamed El Khatib mettra une soixantaine de personnes sur scène et promet que les représentations de Stadium seront bruyantes. Faisant se rencontrer le public des spectateurs du théâtre et celui des supporteurs du RC Lens, gageons qu’il n’y aura pas plus belle émulation culturelle automnale, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris. Avec Le poète aveugle de Jan Lauwers, ce sera une toute autre rencontre : celle des écritures, tandis que Les Barbelés d’Annick Lefebvre sera le récit de la dernière heure d’une jeune femme qui sent qu’un fil de barbelé lui pousse dans la gorge et va la tuer dans exactement soixante minutes. Quant au maître des lieux, il présentera sa première création depuis qu’il a atteint le sommet de La Colline avec son Chant de l’oiseau amphibie qui se veut un retour à l’idée d’épopée pour faire parler l’ennemi, en quatre langues, après être passé par des formes plus intimes.

L’hiver pointant le bout de son nez avec Noël en ligne de mire, décembre 2017 verra éclore un spectacle pour enfants (Gus) et une œuvre lyrique (Savoir enfin qui nous buvons), signés par Sébastien Barrier. Mais la plus grosse attente se fera sans aucun doute avec Schatten (Eurydike sagt) d’Elfriede Jelinek, un spectacle qui fait parler Eurydice et qui sera interprété par la Schaubühne de Berlin, dans une mise en scène de Katie Mitchell. De quoi réchauffer les cœurs en cette période hivernale. La saison continuera dans La Maison de Julien Gaillard qui nous confie qu’au cœur de son travail d’écriture, il y a la poésie. S’intéressant aux rapports à la mémoire, il confrontera trois frères et trois âges différents tandis que Quills de Doug Wright célèbrera le retour de Robert Lepage sur les planches parisiennes (et également à la mise en scène). En mars, avant le régime estival, nous irons Dîner en ville avec Christine Angot, texte que Richard Brunel mettra en scène. Ce repas verra des gens qui parlent, juste avant les élections présidentielles. Le spectacle sera d’ailleurs à découvrir en avant-première du 1er au 3 juin 2017 à la Comédie de Valence dans le cadre des Ambivalences, à travers une lecture-spectacle imaginée pour les salons de la Préfecture de la Drôme.

Pour le printemps 2018, Wajdi Mouawad fera entendre ses Victoires en s’interrogeant sur ce que signifie écrire pour une génération à laquelle nous n’appartenons pas. Pour cela, il réunira vingt-deux comédiens de moins de trente ans autour de Véronique Nordey. Alexandra Badea, que nous retrouverons en ouverture de l’automne 2018 avec Points de non-retour, une pièce plus politique, questionnera le lien entre la femme et la mère dans un spectacle qui devrait être fort émouvant. A la trace est un témoignage d’une intimité devenue fait de société. Pour Claudine Galea, Au bois abordera le sentiment de la peur. Même si en France, il y a une femme violée toutes les trois minutes, on nous promet un happy end dans une œuvre qui nous rappelle que « le théâtre n’a pas, il ne possède rien » mais est « l’espace de nous » et « donne des noms à l’impossible ». A défaut d’obtenir l’égalité, Anaïs Allais réclamera la liberté dans Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été. Elle se demande s’il y aura « un avenir où nommer les choses enlèvera la misère du monde », elle qui a choisi d’écrire « pour comprendre, écrire sur ce qui est loin et pourtant nous émeut ». C’est Vincent Macaigne qui clôturera la belle saison avec Je suis un pays et Voilà ce que jamais je ne te dirai que nous pourront découvrir à Nanterre-Amandiers dès le mois de novembre 2017 pour les plus impatients.

La grande salle de la Colline sera en rénovation pendant l’été 2018 avant le retour des spectateurs et de l’automne qui s’ouvrira sur la question de la résistance. Premier volet d’une trilogie consacrée à la mémoire atlantique de l’Afrique et de l’Europe, Révélation de Leonora Miano sera donné en japonais avec une mise en scène très attendue, signée Satoshi Miyagi. En novembre, alors que les cérémonies commémoratives seront en train de battre le pavé, le génie Romeo Castellucci plongera dans les entrailles de l’humanité avec la recréation d’Uso umano di esseri umani qui aborde le sujet délicat de ce que l’on croit être mort et qui ne l’est pas forcément. En parallèle, la saison s’éteindra progressivement avec la Mort prématurée d’un chanteur populaire dans la force de l’âge, texte écrit et mis en scène par Wajdi Mouawad qui veut ouvrir La Colline et repenser le lieu comme un espace de convivialité et de rassemblement.

Grâce à la carte d’adhésion, il n’y aura plus de nombre limite de spectacles pour bénéficier de nombreux avantages, dont un tarif à 13€ dès le premier choix. L’abonnement disparaît donc dans sa forme traditionnelle et la saison se fait saisons. Progressivement, Wajdi Mouawad investit les lieux et bouleverse les codes avec l’ensemble de son équipe, pour faire de la Colline le point culminant de la création contemporaine.

S’il fallait sélectionner un spectacle immanquable par saison, voici notre petite sélection très personnelle mais qui pourrait en éclairer quelques-uns et les pousser à gravir la montagne du Théâtre national de la Colline. C’est toujours difficile de trancher car la programmation est très tentante mais autant prendre des risques et confirmer certaines affinités. L’automne 2017 voit notre choix se porter sur les Barbelés de la québécoise Annick Lefebvre. Pour l’hiver, plonger dans les ténèbres avec Schatten d’Elfriede Jelinek semble un choix incontournable. Au printemps 2018, nous attendons beaucoup d’A la trace d’Alexandra Badea et en ce qui concerne l’automne 2018, nous resterons sur une valeur sûre avec Uso umano di esseri umani de Romeo Castellucci.

Les quatre saisons de la programmation :

Automne 2017 :

L’Homme hors de lui
de Valère Novarina
du 20 septembre au 15 octobre 2017
Petit Théâtre

Stadium
de Mohamed El Khatib
du 27 septembre au 7 octobre 2017
Grand Théâtre

Le Poète aveugle
de Jan Lauwers et Needcompany
du 11 au 22 octobre 2017
Grand Théâtre

Les Barbelés
d’Annick Lefebvre, mise en scène d’Alexia Bürger
du 8 novembre au 2 décembre 2017
Petit Théâtre

Le Chant de l’oiseau amphibie
de Wajdi Mouawad
du 17 novembre au 16 décembre 2017
Grand Théâtre

Hiver  2017 :

Gus
de Sébastien Barrier, musique, dessins de Nicolas Lafourest et Benoît Bonnemaison-Fitte
du 6 au 29 décembre 2017
Petit Théâtre

Savoir enfin qui nous buvons
de Sébastien Barrier
du 23 au 30 décembre 2017
Grand Théâtre

La Maison
de Julien Gaillard, mise en scène de Simon Delétang
du 17 janvier au 11 février 2018
Petit Théâtre

Schatten (Eurydike sagt)
d’ Elfriede Jelinek, mise en scène de Katie Mitchell
du 19 au 28 janvier 2018
Grand Théâtre

Quills
de Doug Wright, mise en scène de Jean-Pierre Cloutier et Robert Lepage
du 6 au 18 février 2018
Grand Théâtre

Dîner en ville
de Christine Angot, mise en scène de Richard Brunel
du 6 mars au 1er avril 2018
Petit Théâtre

Printemps 2018 :

Victoires
de Wajdi Mouawad
du 14 mars au 11 avril 2018
Grand Théâtre

À la trace
d’Alexandra Badea, mise en scène d’Anne Théron
du 2 au 26 mai 2018
Grand Théâtre

Au Bois
de Claudine Galea, mise en scène de Benoît Bradel
du 3 au 19 mai 2018
Petit Théâtre

Au milieu de l’hiver, j’ai découvert un invincible été
d’Anaïs Allais
du 23 mai au 17 juin 2018
Petit Théâtre

Je suis un pays
de Vincent Macaigne
du 31 mai au 14 juin 2018
Grand Théâtre

Voilà ce que jamais je ne te dirai
de Vincent Macaigne
du 31 mai au 14 juin 2018
Grand Théâtre

Automne 2018 :

Points de non-retour
d’Alexandra Badea
du 19 septembre au 14 octobre 2018
Petit Théâtre

Révélation
de Léonora Miano, mise en scène de Satoshi Miyagi
du 20 septembre au 20 octobre 2018
Grand Théâtre

Uso umano di esseri umani
de Romeo Castellucci
du 13 novembre au 2 décembre 2018
Petit Théâtre

Mort prématurée d’un chanteur populaire dans la force de l’âge
de Wajdi Mouawad
du 14 novembre au 16 décembre 2018
Grand Théâtre

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