Erich von Stroheim : trio passionnel sans ardeur

Après La Conférence en 2011, Stanislas Nordey revient aux textes de Christophe Pellet en créant et en mettant en scène au Théâtre National de Strasbourg Erich von Stroheim, pièce dans laquelle il dirige Emmanuelle Béart, sa partenaire dans Répétition, écrit par Pascal Rambert, ainsi que Laurent Sauvage et Thomas Gonzalez à qui il prêtait la réplique dans Je suis Fassbinder de Falk Richter. Traitant d’une relation ambigüe, nous composons une nouvelle équation où 1 + 1 = 3.

Erich von Stroheim © Jean-Louis Fernandez
Erich von Stroheim © Jean-Louis Fernandez

Lorsque le public s’installe, il est là, seul, confrontant sa nudité à l’immensité du plateau vide sur lequel ne trône qu’un fauteuil. Un siège pour deux cœurs, pour deux corps. Puis, derrière lui, nous apercevons un portrait démesurément grand d’une femme qui appuie sa tête sur l’épaule d’un homme qui se tient dos à elle. Il s’agit d’une reproduction de Lee Remick et Montgomery Clift dans le film Le fleuve sauvage d’Elia Kazan, comme un clin d’œil à ce torrent passionnel qui animera par la suite le trio. Pour le moment, l’Autre est là et déjà, l’image du couple se fissure. Le décor se déploie pour laisser apparaître une salle aux murs clairs, semblable à un espace au cœur d’un musée vide ou absent. Telle une boîte renfermant tous les secrets, il s’ouvrira et se fermera à intervalles réguliers pour changer de lieu, engloutir ou expulser les personnages sur l’air du Samson et Dalila de Saint-Saens, porté par la voix inimitable de la Callas.

Il y a l’Un, l’Autre et Elle. L’Un est acteur porno. Il est conscient que son corps va bientôt le lâcher, dans trois ans tout au plus comme il se plait à le répéter. Il « organise sa survie ». L’Autre est jeune, fougueux, oisif. Pressée, Elle ne prendra jamais la peine de se dévêtir pour ne pas avoir à se rhabiller. Entre eux, l’équation se complexifie. Le trio forme un couple dominé par la solitude. S’il parvient à nous troubler le temps d’un court moment, il finit par nous mettre mal à l’aise. Nous aurions aimé trouver l’incandescence que l’on a l’habitude de trouver dans le théâtre de Stanislas Nordey. Domination et soumission nous laissent froids alors qu’il y aurait eu tant à incarner avec la force et la puissance d’une telle distribution. L’équilibre est rompu et la rupture est consommée.

Thomas Gonzalez possède le charme des dieux grecs antiques. Sa beauté et son talent n’ont d’égal que l’aisance de sa nudité. Sa fragilité insouciante nous touche. A aucun moment, il ne mettra le moindre vêtement, comme s’il n’avait rien à cacher de lui. A ses côtés, Laurent Sauvage est plus pudique. Torse nu, il se montre fougueux dans les scènes qu’il partage avec celui qui incarne son jeune amant mais nous sentons que ses forces l’abandonnent. Entre eux, Elle plane comme une ombre. Intrigante, femme d’affaires exigeante et élégante, Emmanuelle Béart court après le temps. Malheureusement, elle ne s’impose pas et son jeu sonne artificiellement faux. Le langage est cru, abrupt et se veut subversif mais sa résonnance est amoindrie. Pourtant, la mise en scène de Stanislas Nordey est assez sobre et pourrait se montrer efficace mais cela ne suffit pas pour réinventer une nouvelle façon d’aimer.

Erich von Stroheim se veut l’expression d’une exaltation passionnelle, d’un triangle sexuel plus qu’amoureux. Malheureusement, il manque ce petit rien qui fait tout. Le spectacle, dépourvu d’âme, peine à convaincre malgré la volonté de dresser le portrait de trois âmes en peine, égarées dans une société en laquelle ils ne croient plus. L’ensemble est comme aseptisé et nous laisse de côté. N’en demeure le talent inconditionnel de Thomas Gonzalez, figure montante des scènes actuelles, portant à lui seul ce texte étrange et singulier qui ne parvient pas à constituer une bûche efficace à jeter au foyer pour que le brasier nous consume.


Erich von Stroheim

Texte : Christophe Pellet

Mise en scène : Stanislas Nordey

Avec : Emmanuelle Béart, Thomas Gonzalez et Laurent Sauvage (en alternance avec Victor de Oliveira)

Durée : 1h35

  • Du 25 avril au 21 mai 2017

               Du mardi au samedi à 20h00

               Le dimanche à 15h

Lieu : Salle Renaud-Barrault, Théâtre du Rond-Point, 2bis avenue Franklin Roosevelt, 75008 Paris

Réservations : 01 44 95 98 21 ou www.theatredurondpoint.fr

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