Philip Seymour Hoffman, par exemple : nous sommes tous un autre

Avec Philip Seymour Hoffman, par exemple, présenté actuellement au Kunstenfestivaldesarts de Bruxelles, le dramaturge argentin Rafael Spregelburd et le collectif Transquinquennal construisent des histoires parallèles qui explorent le thème de l’identité à travers une comédie décalée et schizophrénique qui s’appuie sur les codes du théâtre et le renversement permanent des rôles. De quoi en perdre son latin et ne plus savoir qui est ce « je » ou ce « nous » social que nous manipulons constamment. Jubilatoire !

L'illusion identitaire de Philip Seymour Hoffman, par exemple © Herman Sorgeloos
L’illusion identitaire de Philip Seymour Hoffman, par exemple © Herman Sorgeloos

Lorsque nous nous installons, nous remarquons de suite l’écran situé légèrement à notre gauche. Dessus, nous pouvons y voir une file de passagers comme il en existe quotidiennement dans chaque aéroport aux quatre coins du monde. A cour, un portique de sécurité doublé d’un scanner attire notre attention. Un homme s’y voit confisquer, par l’agent en poste, un hamburger. Derrière lui, c’est une jeune femme qui ne reverra pas son spray solaire ni sa bouteille de whisky dissimulée sous une peluche enfantine. Plus tard, un couple sera surpris avec une canne à pêche télescopique dans ses bagages. A chaque fois, lorsqu’ils repartent, ils apparaissent à l’écran dans une intégration synchronisée qui donne le change à l’illusion.

Le célèbre acteur américain Philip Seymour Hoffman donne son nom à la pièce et sert de prétexte pour questionner la construction identitaire. En effet, quoi de mieux qu’une mise en abyme théâtrale du métier de comédien pour interroger, explorer et décortiquer le « je », le « nous », celui qui existe, qui échappe, qui est une réalité ou une illusion ? La pièce propose de se perdre au milieu de ce que nous sommes, de ce que nous pensons être mais aussi de ce que les autres pensent que nous sommes. C’est complexe mais diablement intéressant. Le procédé explore à merveille le monde du faux-semblant et des ressemblances, que  ce soit sur un ciel étoilé fictif ou un fond vert qui peut être tout ce que l’on veut. L’écran central projette les décors et nous fait passer instantanément d’un lieu à un autre, d’un personnage à l’autre avec une fluidité impressionnante qui contribue à semer le doute dans notre esprit. Les trois lignes de récit se croisent, se mêlent, se nourrissent, fusionnent.

Les scènes se succèdent. Il y a Hildegarde qui est une sorte de filtre de Philip. Comprenez par là que c’est son assistance, celle qui présélectionne les scénarios dignes d’être lus par son poulain d’acteur. Mike Homer souhaite lui proposer une saga aéroportuaire qui s’appellerait Le voyageur vide. A Los Angeles, Stéphane Olivier vient passer un casting pour le rôle d’un belge. Cela tombe bien puisqu’il est belge ! Seulement rien ne se passe comme prévu puisque l’équipe le prend pour un autre, pour un certain Philip de surcroît. C’est un dialogue de sourds qui s’engage entre lui et ses fans. Tandis que le tournage commence et que les femmes entrent en scène, nous sommes déjà perdus et incapables de dire qui est qui ! Philip est Stéphane, Stéphane est Philip ? Peu importe, l’illusion est parfaite et nos croyances sont mises à rude épreuve. Mais qu’est-ce que la croyance au fond ? Dans tous les cas, « c’est toujours celle de l’autre et pas la sienne puisque nous participons à un mensonge ».

Sous l’œil attentif de l’auteur Rafael Spregelburd, malgré quelques longueurs, le trio d’acteurs et les deux comédiennes s’en sont donné à cœur joie pour nous perdre dans les méandres des histoires entremêlées les unes aux autres dans une exploration identitaire sans précédent. L’ensemble est drôle et maîtrisé. Un acteur est par définition une identité multiple qui investit des formes qu’il a en lui pour les interpréter : « ton nom, c’est qui tu es et c’est la seule chose que tu ne peux pas choisir ». Tout le reste est paramétrable et donne la possibilité d’être qui l’on veut tout en comprenant ce qu’il y a à l’intérieur de nous et qui n’est que ce que les autres y ont mis. Philip Seymour Hoffman, par exemple est une création très vivante et quasi métaphysique, explorant le moi profond qui n’est pas toujours le je que l’on est. Une sorte de double jeu du « je » identitaire sur fond de comédie où tout jugement n’est que subjectif et confus. Je est l’un et l’autre et nous sommes tous un autre. Faut-il avoir une pensée pour ceux qui restent ou pour ceux qui partent ? Le débat est ouvert…


Philip Seymour Hoffman, par exemple

présenté dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts

Texte : Rafael Spregelburd

Avec : Bernard Breuse, Manon Joannotéguy, Miguel Decleire, Stéphane Olivier, Mélanie Zucconi

Durée : 2h20

  • Du 11 au 14 mai 2017

Jeudi, Vendredi et Samedi à 20h30

               Dimanche à 18h00

Lieu : Théâtre Varia, rue du sceptre 78 Scepterstraat, 1050 Bruxelles

Réservations : 02 210 87 37 ou www.kfda.be

 

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