MONUMENT 0.6 : LANDING : conflit amnésique

Eszter Salamon est une chorégraphe singulière dans le monde de la création contemporaine. Sa série MONUMENT, entreprise depuis quelques années, s’attache à exhumer les pages oubliées de l’Histoire et à expulser l’amnésie ambiante de la conscience occidentale. Pour l’ouverture du Kunstenfestivaldesarts 2017 de Bruxelles, elle nous propose un rituel empathique à partager sans modération avec tous ceux qui considèrent les autres cultures comme un folklore divertissant.

MONUMENT 0.6 LANDING d'Eszter Salamon ©Boglàrka Börcsök
MONUMENT 0.6 LANDING d’Eszter Salamon ©Boglàrka Börcsök

La nuit est tombée sur la journée de lancement de l’édition 2017 du Kunstenfestivaldesarts. La fraîcheur s’invite à la fête et pourtant, nombreux sont ceux qui se sont réunis au WIELS pour la dernière création d’Eszter Salamon. Au son du tambour entêtant qui valse dans notre tête, une voix s’élève : « Imaginez un peuple qui vit au sud du continent. Imaginez un autre peuple venu d’un continent lointain qui débarque sur ces mêmes terres, il y a des centaines d’années… ». Voilà la marque de fabrique de la chorégraphe hongroise qui exhume les blessures humaines pour les ramener dans notre société occidentale où elle confronte les regards, les consciences.

Comme un chœur antique, venu de loin, des sons polyphoniques nous parviennent, s’accentuent puis s’éloignent. Des hommes et des femmes, visages peinturlurés de jaune, de bleu, de vert ou de violet, se dispersent parmi les spectateurs. Ils fendent la foule comme pour mieux nous faire comprendre que nous ne pourrons pas leur échapper. Déjà, nos regards les suivent à un autre endroit de l’espace extérieur. Enveloppés dans des couvertures de survie et engagés dans un paysage éphémère, les performeurs font entendre leur existence. Le bruissement du vent qui s’engouffre argumente leur présence communicative. Il n’y a aucun artifice, aucune technique hormis le micro qui sert à faire entendre le texte, magnifique, qui fédère les spectateurs par une émotion palpable et sincère.

Comme c’était déjà le cas dans les autres volets de la série MONUMENT, le passé et le présent se mêlent dans LANDING qui est une nouvelle fois un choc esthétique troublant qui exorcise les morts dans des danses ritualisées aux allures d’incantation. Les territoires marqués par la guerre ou les conflits est une source d’inspiration inépuisable pour Eszter Salamon qui donne à voir une réalité anthropologique que notre société occidentale a tendance à oublier ou minimiser, frappée par une soudaine amnésie. A travers les danses et les chants des Mapuches, une tribu sud-américaine, elle imagine un espace-temps de paix et d’expression pour cette culture venue d’ailleurs que l’on nomme folklore mais qui est l’essence même de certaines civilisations méconnues dans notre Occident nombriliste.

La démarche ne se veut en aucun cas vindicative. Au contraire, une forme d’apaisement émerge doucement de l’obscurité. D’ailleurs, le sous-titre « un rituel d’empathie » nous indique la direction entreprise avec une volonté de creuser des sillons pour bousculer les consciences sans pour autant porter un jugement ou une attaque envers qui que ce soit. Le travail de la chorégraphe hongroise apparaît comme nécessaire et salutaire. Le passé nous hante, peu importe qui l’on est et d’où l’on vienne, puisque chacun de nos actes, chacune de nos paroles peut être une graine plantée dans la terre du monde qui est en capacité à faire germer les conflits et les horreurs les plus abjectes que l’on puisse imaginer. Et pourtant, les impensés existent et continuent, aux quatre coins de la planète, de circuler dans l’indifférence la plus totale des autres civilisations.

———————————————————————————————————————————-

MONUMENT 0.6 : LANDING

dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts

Direction artistique : Eszter Salamon

Collaboration artistique : Boglàrka Börcsök

Performeurs : Liza Baliasnaja, Sidney Barnes, Mario Barrantes Espinoza, Boglàrka Börcsök, Péter Börcsök, Amanda Barrio Charmelo, Louis-Clement da Costa, Stefan Govaart, Sara Tan, Tiran Willemse

avec la collaboration d’une dizaine de performeurs invités

Durée : 30 minutes

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s