Composite : variations d’une œuvre fragmentaire

Alors que s’ouvre l’édition 2017 du Kunstenfestivaldesarts de Bruxelles, festival international consacré à la création contemporaine, l’artiste japonais Tetsuya Umeda propose une performance singulière qui résulte d’une œuvre artistique visant à élargir le champ des perspectives de saisie du monde d’aujourd’hui. Entre vision personnelle et installation expérimentale, Composite nous entraîne sur un immense terrain de jeu aux allures de microcosme humain empathique.

Composite au Kunstenfestivaldesarts de Bruxelles © Titanne Bregentzer
Composite au Kunstenfestivaldesarts de Bruxelles © Titanne Bregentzer

Assister à Composite c’est comme pénétrer une installation sans réel début ni fin à bien y penser. Une sorte de puzzle artistique que l’on peut intégrer à tout moment. La performance est protéiforme et mêle différentes disciplines dans des contextes, des lieux et des phénomènes multiples. Posés dans un coin, avec l’espoir vain d’y rester, nous observons ces quatre hommes qui déambulent sur l’immense espace scénique. Ils marquent le pas comme une pulsation et compte comme pour ne pas perdre la mesure. Leur attitude est quasi compulsive, chorégraphiée et improvisée. Un homme filme la scène. Puis des bruits parasites attirent notre attention au cœur de cette litanie. Un bocal d’une dimension largement supérieure à celle de la maison d’un poisson rouge, est relié à un réchaud sur lequel repose une marmite d’eau. Des fils témoignent d’une installation farfelue.

Des réactions se produisent en cascade. Nous avons la sensation d’avoir été invités dans l’intimité d’un laboratoire pour apprentis chimistes. Nous glissons peu à peu vers une expérience étincelante qui nous plonge dans un état de tension et d’attente. L’ambiance sonore et lumineuse y est pour beaucoup mais pas le temps de nous y attarder car déjà, notre attention est appelée à se poser ailleurs. Le public déambule sur le plateau, suit les sons qui s’amplifient ou s’estompent. Cela étonne, intrigue, interroge. Au cœur d’un rituel qui pourrait être ancestral, la musique des corps nous parvient. Ils sont désormais nombreux à chercher une harmonie. Ils entrent progressivement dans le jeu, aléatoirement ou non, sans que l’on y prenne vraiment garde. Habillés comme nous dans la vie de tous les jours, ces hommes et ces femmes de tous âges font se déplacer la performance. Les dispositifs spatio-temporels, qui allient l’exposition, la performance, la musique et autres disciplines, dialoguent avec l’environnement immédiat dans lequel ils sont implantés et les trajectoires, les chants, les sons et les mouvements créent un rythme unique, comme le battement du cœur d’un monde qui appartient à tous, dans la juxtaposition de fragments uniques et individuels.

Composite nous amène aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. C’est une œuvre fragmentaire. Même en venant plusieurs fois, on ne pourrait assister et capter la totalité de la performance puisqu’il se passe toujours quelque chose, quelque part, en simultanée. C’est fascinant, troublant même, à l’instar de cette séance particulière de mise en équilibre d’une série d’œufs durs. Que représentent-ils ? Que vont-ils faire éclore au cœur de la performance sensorielle ? Il y a un côté apaisant, chaleureux, convivial. On a envie de rester avec eux, d’entrer dans la danse, de participer à cette communauté cosmopolite qui réussit à nous rassembler, à nous émouvoir et à ressentir le monde comme une expérience unique à vivre pleinement. Tetsuya Umeda sculpte le temps et l’espace en talentueux bâtisseur contemporain qu’il est, faisant apparaître au grand jour une composition harmonieuse à l’image d’un monde dont on espère encore la venue ou la tenue, comme un petit miracle de la vie.


Composite : Variations

dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts

Projet : Tetsuya Umeda

Avec : Pijin Neji, Shoji Funakawa, Yumi Osanai, Miyu, Yukiko Shinozaki, Yasutaka Watanabe, Amandine Descamps, Andreia Afonso, Christophe Jaccard, Daniel Le More, Ines Calero

with the participation of local and Brussels’inhabitants

Durée : 1h30

  • Du 5 au 10 mai 2017

               Vendredi et samedi à 19h00 et 21h00

               Dimanche à 15h00 et 17h00

               Mercredi à 20h30

Lieu : Brass, Centre culturel de Forest, Avenue Van Volxem 364 Van Volxemlann, 1190 Bruxelles

Réservation : 02 210 87 37 ou www.kfda.be

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s