Carmen Maria Vega : « Je ne supporte pas le cloisonnement »

Actrice et chanteuse, Carmen Maria Vega a été la marraine de charme et de choc de l’édition 2017 du Rock In Loft, sélection aux allures de OFF du Printemps de Bourges. Six groupes réunis le temps d’un après-midi pour des show-case en marge du Festival, dans un lieu privé, tenu secret jusqu’à la veille de l’événement, accessible uniquement sur invitation. Décontractée, l’artiste a accepté de répondre à nos questions et s’est confiée à nous sous le soleil printanier d’une journée musicale riche en belles découvertes.

Carmen Maria Vega © SBJ
Carmen Maria Vega © SBJ

Peux-tu nous raconter ton parcours musical ?

Cela fait douze ans que j’exerce ce métier. C’est la quatrième fois que je viens au Festival de Bourges. La première fois, je suis venue en 2008-2009. J’étais dans le OFF car on n’avait pas réussi à être sélectionnés pour les Inouïs. On s’est dit que ce n’était pas grave puisque dans la vie, on peut aussi passer par d’autres voies. Si la porte est fermée, on peut passer par la fenêtre. On a fait un concert par jour, c’était relativement crevant mais ce sont de très bons souvenirs. Ça nous a permis l’année suivante d’être dans le IN et de passer sur la grande scène du Phénix. J’ai sorti deux albums, fait un autre opus sur Boris Vian, deux ans de comédie musicale autour de Mistinguett. Il y a quelques jours [le 7 avril 2017, ndlr], j’ai sorti mon nouvel album qui s’appelle Santa Maria.

Tu es née au Guatemala. Penses-tu que tes origines latines t’apportent des atouts ou des inconvénients dans ta carrière en France ?

Je ne l’ai pas perçu et j’espère que mes origines ne sont pas un problème car ce serait inquiétant mais ceci étant, ça fait partie de moi. Je me suis rarement posé la question de savoir ce que ça m’apportait. Je viens d’un pays qui est extrêmement violent, qui a une histoire relativement tragique donc ça forge de toute façon un caractère et une manière d’être, qu’on le veuille ou non. Mais je ne me suis jamais demandé si ça allait me poser des problèmes étiques dans ce métier-là.

Tu viens de sortir ton quatrième album. Y’a-t-il une évolution par rapport aux autres et si oui, laquelle ?

Oui, de toute façon, d’un album à l’autre, je m’attarde à faire en sorte que, musicalement, on fasse des grands écarts. Le premier album était très acoustique, le deuxième très rock voire punk. Après, je suis passée à Boris Vian pour planter le clou et dire que j’ai envie d’aller ailleurs. Je me suis attardée sur tous les textes, toutes les chansons qui parlaient soit de la mort soit d’érotisme. On retient de Vian le côté drôle et poétique qui est très juste avec des paroles subliment écrites. C’est ce que m’intéresse. Ensuite, il y a eu Mistinguett, un format comédie musicale donc rien à voir. J’avais vraiment envie d’un ton très seventies, étant une grande fan des Pink Floyd et de la période Freddy Mercury dans son album solo qui n’a pas marché mais que j’adore. On a travaillé un son un peu glam rock à certains égards et en même temps des morceaux épurés avec presque rien. Je suis un peu obsédée par Lana Del Rey sur son dernier album Honeymoon dont on n’a pas parlé en France et je trouve que c’est le meilleur : y’a rien à part sa voix et son désespoir. En France, on a un peu peur du rien. En Allemagne, ils ont moins peur dans le son électro. Souvent, dans la house minimaliste berlinoise, y’a rien. En France, on en fout partout car on a peur du vide !

Tu es donc une artiste assez éclectique. Que signifie pour toi être une femme dans ce monde-là, en 2017, en France ?

Je n’arrive pas trop à me positionner là-dessus. Je n’ai jamais eu l’impression que mon combat était dû au fait que j’étais une fille. Des gens malveillants ou pas hyper sympas, y’en a autant chez les filles que chez les garçons, surtout dans ce métier. Je me rends bien compte que dans les choix que je fais depuis toutes ces années, si j’étais un garçon, peut-être qu’ils seraient plus simples et que j’aurai moins à me justifier du pourquoi j’ai envie d’être à droite à gauche. On a tendance à penser que chez une fille, c’est parce qu’elle est indécise alors que pour moi, ce n’est pas de l’indécision mais de la liberté ! Ce sont des choix délibérés. On ne m’a pas demandé d’aller là parce que je ne savais pas ce que je voulais faire. Foncièrement, je ne supporte pas le cloisonnement, je ne supporte pas que l’on ne puisse pas créer des passerelles. En France, on est à la bourre dans ce domaine. Le modèle anglais et américain, à bien des égards, a évidemment des défauts, comme partout, mais la grande qualité des anglophones par exemple, c’est de toujours considérer que si l’artiste est multidisciplinaire, c’est un plus. Ce n’est pas parce qu’il ne sait pas où il veut être.

Tu es une artiste complète, aussi bien actrice que chanteuse. Y’a-t-il l’une de ces deux disciplines que tu préfères ou bien souhaites-tu continuer à mener les deux en parallèle ?

Je n’ai pas de préférence. Ça se rejoint à plein d’égards, c’est-à-dire que le métier d’interprète en tant que comédienne/actrice ou chanteuse, c’est quand même très similaire. On se sert de nous pour parler de quelque chose qui nous touche et on accepte un rôle au théâtre ou au cinéma parce qu’il nous ramène à nous donc quelque part, dans la démarche, c’est pareil. Après, c’est sûr que dans la musique, les partitions ne sont pas les mêmes qu’au théâtre. Pour certaines choses, sortir des rails, c’est moins permis sur certaines formes comme par exemple dans le théâtre classique. C’est un peu compliqué de partir en vrille alors qu’en musique ou dans le théâtre contemporain, on est un peu plus libre mais tout se rejoint à un moment donné. Ce qui diffère, ce sont à la limite les visions. Je trouve vraiment que tous les arts ont des passerelles les uns avec les autres. Au cinéma, un film sans musique, c’est un peu tristoune. La musique amène toujours un côté dramatique ou de la drôlerie. On appuie une émotion à un endroit précis. A l’inverse, quand je monte un spectacle ou une scénographie, je pense toujours à des films qui m’ont touchée, qui m’ont marquée, à des lumières, de grands réalisateurs, des peintres….

Que représente pour toi le fait d’avoir été choisie pour être la marraine de cette édition 2017 de  Rock In Loft ?

Ça me fait plaisir ! C’est hyper émouvant quand on m’appelle pour ce genre de chose. Je fais toujours des choix très à l’inverse de ce que je faisais avant. Je suis toujours dans un travail de reconquête, c’est comme si je repartais de zéro. Quand on m’appelle pour me dire que ce que je représente est quelque chose de pérenne, qui influence peut-être les gens, c’est toujours un peu bizarre. Je suis très contente que ce soit Rock in Loft qui m’ait demandée parce que je trouve la démarche super. Trouver des endroits éclectiques pour faire venir des gens, ne pas les prévenir avant la veille… ça créé le désir et la curiosité. La programmation est intelligente et puis du rock dans une église, je suis plutôt refaite [l’édition 2017 s’est déroulée au Prieuré Saint-Martin, ancienne église de Bourges, ndlr].

Si tu avais tous les pouvoirs possibles, quel rêve secret voudrais-tu réaliser ?

Comme je suis quelqu’un de relativement impatiente, je m’attellerai à faire en sorte que les choses aillent un peu plus vite mais bon, mon père dit tout le temps qu’il ne faut pas confondre vitesse et précipitation, et il a raison ! En ce moment, je suis en train d’écrire le scénario de mon film qui, j’espère, sortira dans trois ou quatre ans. J’aimerai faire en sorte de faire péter toutes les barrières où il faut en permanence prouver sa légitimité, quoi que l’on veuille faire.

Tu viens de sortir ton nouvel album, Santa Maria. Quels sont tes autres projets à venir ?

Il faut absolument que je finisse l’écriture de mon scénario et que j’aille toquer aux portes ou passer par la fenêtre si on ne veut pas m’ouvrir.

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