Comme une pierre qui… : dans l’antre de la création

Avant son retour au Studio-Théâtre de la Comédie Française le 25 mai prochain, Comme une pierre qui… a fait escale au Printemps de Bourges le 18 avril 2017 et a enflammé le cœur des festivaliers. Inspirée par le livre de Greil Marcus, Like a Rolling Stone, Bob Dylan à la croisée des chemins, Marie Rémond et Sébastien Pouderoux mettent en scène une session d’enregistrement de légende et déploient le spectre de la création avec audace et pertinence.

Comme une pierre qui... © Simon Gosselin coll. Comédie-Française
Comme une pierre qui… © Simon Gosselin coll. Comédie-Française

Peut-on savoir que l’on est en train de créer un chef-d’œuvre avant qu’il soit achevé ? Une chose est sûre : ni Bob Dylan ni aucun des musiciens présents lors de cette mythique session d’enregistrement de ce qui deviendra un tube planétaire, Like a rolling stone, ne pouvaient imaginer qu’ils étaient en train d’écrire l’instant d’anthologie d’une nouvelle page de l’histoire du Rock, en ce 16 juin 1965 au Studio A de la Columbia Records. Pourtant, rien ne semble préparé dans cette succession d’improvisations aux avancées aléatoires : vingt pages de paroles encore en chantier sous la plume en manque d’inspiration de la star, six minutes d’une musique qui n’est pas encore fixée et où chacun tente de suivre ce que font les autres… Une véritable séance de travail dont on ignore ce qui peut en surgir. Entre décontraction et tension, nous sommes plongés dans l’intimité d’un studio d’enregistrement propice à l’émulsion créative.

Dans ce huis-clos artistique, ils sont six à nous faire revivre une page de la légende du rock. Christophe Montenez, révélation 2016 de la Comédie-Française depuis son rôle incroyable dans Les Damnés de Visconti, mis en scène par Ivo van Hove en ouverture du dernier Festival d’Avignon, impressionne une fois de plus par sa justesse de jeu inouïe. Il est Al Kooper, 21 ans et fan absolu de Bob Dylan dont il connaît par cœur toutes les chansons. Arrivé très en avance, il s’agite durant l’installation du public à qui il confie, en aparté, son histoire au moment du prologue. Perfecto sur chemise bariolée, il ne sait comment paraître détendu et naturel tandis qu’il est prêt à tout pour participer activement à la session d’enregistrement, même à s’improviser organiste. A la fois nerveux et excité, il incarne parfaitement le guitariste opportuniste qui a su saisir sa chance. Arrivent alors Paul Griffin et Bobby Gregg. Le premier, pianiste de formation classique, est de bonne composition et gentiment chahuté par le producteur et ses camarades. Hugues Duchêne est ce doux benêt, talentueux mais qui ne se sent pas à sa place. Le second, le batteur, est en pleine rupture sentimentale. Gabriel Tur se lance corps et âme dans ce rôle et nous fait ressentir chacune de ses tortures mentales. Enfin, Mike Bloomfield, bassiste hors pair et bras droit légèrement agacé de Bob Dylan, complète le quatuor. Stéphane Varupenne excelle dans la peau du musicien chef de troupe malgré lui. Il impressionne par son jeu autant musical que théâtral.

Pour compléter le groupe, il fallait un acteur charismatique sans pour autant tomber dans la caricature ou le sur-jeu. Nous avons été bluffés par l’entrée de Sébastien Pouderoux dans la peau du Maître. Extrêmement crédible, il apparaît nonchalant et en plein doute. Clope au bec, ou plutôt au porte-harmonica dont il se sert pour communiquer par messages codés avec Mike Bloomfield, il ne cessera d’évoluer dans sa bulle que nul n’est en mesure de percer, que ce soit ses musiciens, son producteur ou encore les journalistes, dans une sublime scène de questions-réponses dont il est le sujet principal. A cela s’ajoute Gilles David en producteur, la plupart du temps en régie dont la voix nous parvient dans le studio. Appelant tout le monde ses « chatons », il fait figure à la fois de père et de guide spirituel.

La mise en scène est parfaitement fluide. Bouillonnante, fébrile, elle est autant inventive qu’audacieuse. C’est rythmé, drôle mais aussi touchant pour retranscrire une création naissante d’accidents, de tâtonnements, d’essais, d’intuitions. Les moments d’apartés sont très bien gérés et mettent bien en lumière ces instants où tout a basculé pour chacun des protagonistes qui n’ont que deux jours pour mettre en boîte la chanson. Un plaisir évident émane de la scène sous l’œil attentif de Marie Rémond, installée discrètement dans le public. L’accueil triomphal du Printemps de Bourges est de bon augure pour le retour de cette création en son sein, au Studio-Théâtre de la Comédie-Française dès le 25 mai 2017.


Comme une pierre qui…

D’après le livre de Greil Marcus, Like a Rolling Stone, Bob Dylan à la croisée des chemins

Idée originale : Marie Rémond

Adaptation et mise en scène : Marie Rémond et Sébastien Pouderoux

Avec : Gilles David, Stéphane Varupenne, Sébastien Pouderoux, Christophe Montenez, Gabriel Tur et Hugues Duchêne

Durée : 1h10

  • Mardi 18 avril 2017

               A 20h30 dans le cadre du Printemps de Bourges

Lieu : Auditorium, rue Henri Sellier, 18000 Bourges

  • Du 25 mai au 2 juillet 2017

               Du mercredi au dimanche à 18h30

Lieu : Studio-Théâtre, 99 rue de Rivoli, Galerie du Caroussel du Louvre, 75001 Paris

Réservations : 01 44 58 15 15 ou www.comedie-francaise.fr

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