Rain : déluge hypnotique

C’est toujours un événement d’assister à une chorégraphie d’Anne Teresa de Keersmaeker, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un classique tel que Rain. Rarement le Théâtre-Centre d’art l’Onde de Vélizy-Villacoublay n’aura aussi bien porté son nom qu’en cette fin du mois de mars où il accueille cette production de 2001 du Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles qui n’a nullement asséché la rareté d’une beauté chorégraphique exceptionnelle au fil des ans où la pièce est sublimée par la compagnie Rosas.

Rain d'Anne Teresa de Keersmaeker © Anne Van Aerschot
© Anne Van Aerschot

Entrée au répertoire du ballet de l’Opéra de Paris dix ans après sa création, Rain est actuellement en tournée depuis octobre 2016 avec une nouvelle distribution de danseurs, tous plus charismatiques les uns que les autres. Sur Music for 18 Musicians composée en 1976 par Steve Reich, dont les tonalités métalliques nous envoûtent, les sept femmes et trois hommes issus de la compagnie Rosas se lancent dans des marches, des élans, des courses effrénées ou inversées… L’écriture chorégraphique ciselée d’Anne Teresa de Keersmaeker les entraîne dans des spirales constantes et des chemins géométriques qui ne laissent rien au hasard avec d’élégantes et innombrables pulsions de vitalité.

La scénographie est signée Jan Versweyveld, un fidèle de la chorégraphe flamande. Un hypnotique rideau de cordes disposées en demi-arène, dont la transparence liées à un fin écart dans leur juxtaposition, évoque une ondée fugace mise en relief par une variation de la lumière suivant la courbe inversée de la course du soleil pour accompagner l’entrée en scène des danseurs puis passant d’un astre doux telle une aurore boréale annonçant un jour nouveau à un point de zénith avant de s’achever par une luminosité sur le déclin.

Les costumes de Dries Van Notten sont aussi harmonisés avec l’idée de variation chromatique. Débutant par des vêtements dans les tons pastel, couleur chair, la chorégraphie se poursuivra par une dominance fuchsia avant de revenir à la pâleur d’un jaune discret proche de l’or éclairé par la faible lumière d’un astre qui s’éveille. Avec Anne Teresa de Keersmaeker, la danse est constamment magnifiée, sublimée. Rain n’échappe pas à cette constante à travers une ondée rafraîchissante faite de mouvements et de notes délicates venant effleurer notre sensibilité artistique. La chorégraphie est d’une extrême précision, tel un souffle oxygéné qui parcourt les corps, perpétuellement en mouvement, tandis que la musique de Steve Reich nous arrose de sensations diverses, allant de la tension à l’évasion en passant par la mélancolie et la rêverie.

La pièce a ce pouvoir captivant qui nous subjugue, nous prend par la main pour nous entraîner dans un ailleurs merveilleux. Alliant grâce et tonicité, les mouvements se poursuivent. Les silhouettes se reflètent sur les cordages comme des gouttes d’eau sur le sol. Rain est une pièce lumineuse, semblable à un arc-en-ciel qui veut étreindre et éteindre une averse. C’est ainsi que la représentation s’est vue recevoir un déluge de chaleureux applaudissements venant succéder à l’ultime silence, d’une beauté absolue. Cette ovation rafraîchissante met du baume au cœur et on se dit que finalement, il peut bien pleuvoir, cela n’inondera pas notre joie. En sortant de Rain, nous nageons dans le bonheur et avec cette furieuse envie de danser, peu importe le lieu, l’heure et la météo.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s