Condamnée : répondre d’une vie

Après Roméo et Jeannette de Jean Anouilh puis Derniers remords avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce, le jeune Vincent Marbeau signe déjà sa troisième mise en scène avec Condamnée, une pièce adaptée du poignant texte de Victor Hugo, Le dernier jour d’un condamné. Pour la première fois, il se consacre entièrement à la direction d’acteurs et offre aux spectateurs un seule-en-scène puissant qui nous arrache des larmes semblables aux lames d’une myriade de petits poignards qui nous transpercent le cœur.

Betty Pelissou © D.R
© D.R

Roman écrit en 1828 par Victor Hugo, Le dernier jour d’un condamné a vu naître bon nombre d’adaptation retraçant l’ultime voyage qui mène à la place de grève, lieu parisien tristement célèbre pour ses exécutions tranchantes soldées par un aller sans retour de la lame d’une guillotine étincelante sous l’effet des premiers rayons de soleil à l’aube d’un jour nouveau. A aucun moment nous ne saurons pourquoi l’homme, dont l’identité n’est pas dévoilée, est voué à une telle fin. En revanche, son monologue intérieur nous livre sans détour ses souffrances, se doutes, ses espoirs, ses peurs et ses désillusions en quarante-neuf chapitres qui le rapprochent inexorablement de la mort.

Avec Condamnée, Betty Pelissou s’empare de cette œuvre bouleversante et fait entendre avec sensibilité, humanité et empathie, les derniers instants du protagoniste, féminisé ici pour davantage de crédibilité : « mon esprit est en prison dans une idée ». Dès le premier mot, la comédienne véhicule quantité d’émotions. Chaque syllabe déchire le silence. Habitant totalement son personnage, elle nous fait revivre, dans la promiscuité de sa cellule, les moments clés de cette ultime journée, du procès où la sentence « condamnée à mort » fut prononcée jusqu’au dernier souffle en suspens, attendant une grâce providentielle. Trente-deux tableaux se succèdent avec une gradation dans l’intensité des mots, des pensées, du jeu même de la comédienne qui nous impressionne, nous bouscule, nous émeut. La configuration scénique du petit théâtre convivial est un écrin idéal pour laisser s’exprimer les derniers instants d’une condamnée à mort qui a encore quelque chose à dire même si elle sent qu’elle n’a plus rien à faire dans ce monde.

L’œuvre a été resserrée et gagne ainsi en intensité. La mise en tension est optimale dans ce supplice à la fois prenant et poignant. Les pensées bourdonnent et la condamnée est menée sur le chemin de son dernier voyage où elle prend place aux côtés du spectateur. En faisant exister les hommes et les femmes qui jalonnent sa route, elle évite tous les écueils et les facilités liés à la puissance d’un tel texte. Aucun pathos ne poindra à l’horizon des émotions justes et à fleur de peau. La mise en scène minimaliste de Vincent Marbeau suit le parcours des montagnes russes émotionnelles. Tout fait corps et fait sens dans une tentative vaine de se repentir. Le public, suspendu aux lèvres de la suppliciée, n’a que peu de moments de répit pour respirer. Nous suffoquons, vibrons, pleurons à chaudes larmes avec Betty Pelissou, prodigieusement bouleversante. L’espace restreint et la lumière diffuse font de Condamnée une pièce intimiste qui nous attrape le cœur afin de nous conduire face au valet de la guillotine et mérite amplement sa nomination aux P’tits Molières 2017.


Condamnée

Texte : Victor Hugo

Adaptation : Betty Pelissou de la Compagnie Phèdre était blonde

Mise en scène : Vincent Marbeau

Avec : Betty Pelissou

  • Du 23 mars au 5 mai 2017

               Les jeudis et vendredis à 19h30

Lieu : Théâtre La croisée des chemins, 43 rue Mathurin Régnier, 75015 Paris

Réservations : 01 42 19 93 63 ou www.theatrelacroiseedeschemins.com

 

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