La Pucelle d’Orléans embrase la Philharmonie de Paris

Sixième opéra de Piotr Ilitch Tchaïkovski, la Pucelle d’Orléans succède presque immédiatement à Eugène Onéguine. Le compositeur russe a lui-même rédigé le livret, en gardant le canevas général de la tragédie du dramaturge allemand Friedrich von Schiller. C’est en version concert que le Bolchoï a redéployé à la Philharmonie de Paris l’histoire d’amour entre Jeanne d’Arc et le chevalier Lionel de Bourgogne, ennemi de la France, avant que la mort historique de la Pucelle d’Orléans ne vienne y mettre un terme sur le bûcher.

la pucelle d'orléans
© Damir Yusupov

Le Théâtre du Bolchoï, premier symbole culturel de la Russie, jouit d’une réputation mondiale. Le 17 mars 2017, son orchestre et son chœur n’ont pas failli face au prestige attendu. Il faut dire que le chef Tugan Sokhiev, directeur musical des lieux depuis février 2014, s’est très bien entouré pour nous donner à entendre ce sublime opéra en quatre actes et six tableaux. Tout débute dans le village de Domrémy où Thibaut, le père de Jeanne, aimerait bien assurer l’avenir sentimental de sa fille en lui trouvant un parti convenable en la personne du jeune Raymond. Musicalement, ce passage, tout en délicatesse, fait résonner des notes douces comme les caresses d’un zéphyr venant effleurer une falaise. Vocalement, le duo entre les deux hommes sur le bonheur est plutôt émouvant. Le ténor Pyotr Migunov allie tendresse et fermeté comme l’impose son personnage de figure paternelle tandis Bogdan Volkov verse dans le sentimentalisme et la douceur. Mais Jeanne refuse de se laisser dicter sa vie et lorsque Bertrand (intense Nikolai Kazansky), un paysan, annonce le siège d’Orléans, la jeune femme décide d’apporter son aide au roi et fait ses adieux.

La Pucelle d’Orléans, partition dense et délectable, possède presque des sonorités verdiennes. Très vite, dès l’Acte I, nous sommes subjugués par la puissance du chœur du Théâtre Bolchoï de Russie. De leur intervention enflammée d’un « au feu » poignant jusqu’au brasier final, les voix volubiles des choristes ne cessent de gagner en consistance, jusqu’au crescendo final, fulgurant, qui s’achève dans un souffle ultime, d’une beauté dévastatrice. Notons également le passage des anges, chœur céleste a capella qui parcourt tous les rangs de la Philharmonie, telle une caresse sur l’océan venant effleurer les vagues calmes et régulières. Du côté des solistes, tout contribue également à nous captiver. Anna Smirnova s’est montrée exaltante dans le rôle de Jeanne. Son aria à la fin de l’acte I, lorsqu’elle fait ses adieux, est tout simplement bouleversant. Son « pour ne jamais revenir » sonne comme un tragique présage et fut fortement applaudi, tout comme ce splendide air face au roi Charles VII qu’elle entonne juste avant l’entracte, lorsque s’achève l’acte II. La cantatrice a révélé également toute sa puissance et sa sensibilité dans les duos d’amour qu’elle partage avec le baryton Igor Golovatenko, envoûtant Lionel. La fulgurance des élans de leurs cœurs nous mettent les larmes aux yeux tandis que les archets de l’orchestre viennent en rythme frôler les cordes résonnant fabuleusement bien dans la salle.

Dans la seconde partie, s’ouvrant sur une musique dynamique et saccadée, semblable à un cheval trottinant fièrement au bord du chemin, la pugnacité des deux protagonistes se fait plus appuyée. C’est beau à s’en damner et tandis que les trompettes royales se font entendre derrière les auditeurs en fond de scène, nous avons touchés du doigt le paradis auditif grâce à l’orgue de la Philharmonie. Entendu pour la première fois le 28 octobre 2015 mais inauguré officiellement en février 2016, soit un an après l’ouverture de la salle, l’orgue symphonique, bien que pas utilisé dans la plénitude de ses capacités, a fait s’envoler vers les cieux des sonorités incomparables afin d’accompagner les chœurs, divins, veillant sur Jeanne.

C’est finalement une Pucelle d’Orléans dans toute sa force, sa puissance et sa splendeur qui a été donnée à la Philharmonie de Paris. Un moment sublime qui nous a permis de découvrir cette œuvre dans son intégralité grâce à la direction musicale fébrile, nette et ultra-précise de Tugan Sokhiev, à la tête d’un orchestre et d’un chœur d’une générosité imparable.

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