Vangelo : pasteur d’Amour

Avant de mourir, sa mère lui a demandé de faire un spectacle sur les Evangiles. Prenant cela comme une dernière volonté, Pippo Delbono a accouché de Vangelo, un spectacle qui peut sembler déroutant de premier abord, mais qui met en scène ce qui a animé longuement celle qui lui a donné la vie et qui a tenté jusqu’au bout de le convertir. De sa rage accumulée contre les églises en résulte une pièce exceptionnelle où tout se télescope dans une beauté absolue.

vangelo
© Luca del Pia

Sur le plateau, neuf chaises rouges alignées et deux autres en bout d’une table imaginaire. Pippo Delbono ne nous invite pas à la Cène mais bel et bien à la scène, celle qui lui permet de retrouver la paix. Devenu bouddhiste, il n’a eu cesse de se confronter aux idées chrétiennes de sa mère qui, jusque sur son lit de mort, aura tenté de le convertir. Il l’avoue, il se serait bien fait chrétien si le Christ parlait d’amour, de liberté, de danse et de musique. Qu’à cela ne tienne, il se fera le pasteur de sa propre religion d’amour à travers une succession de tableaux, à la fois d’une grande beauté et d’une poésie fulgurante. Une fresque sacrée se déploie et nous transporte. Aux côtés d’une troupe marginale, bouillonnante et étonnante, il se délecte de l’Enfer, lui l’Ange déchu d’un Paradis perdu.

Pippo Delbono interroge la foi, la religion dans son univers personnel, surprenant, fiévreux, subversif mais terriblement assumé. L’ensemble ne peut laisser indifférent. Même s’il crie parfois un peu trop, l’acteur-metteur en scène poursuit inlassablement ses incursions dans le public, lampe torche à la main et texte à l’appui. Tel un pasteur, il s’adresse au peuple et fait de ses croyances un Dieu d’amour. Il crucifie ses peurs, convoque aussi bien Led Zeppelin que l’opéra-rock d’Andrew Lloyd Webber et Tim Rice, Jesus Christ Superstar ou encore l’atmosphère incroyable que produit le gospel. Tout se télescope dans une forme parfois un peu brouillonne mais toujours sincère et exaltante. Attiré par les migrants et les parallèles offerts par l’Evangile, il insère l’actualité aux fondations d’un monde à la dérive pour en faire une fête. C’est sa manière à lui de faire du théâtre son évangile, son salut. Au royaume de Delbono, les autres sont souverains, au même rang que lui. Donnant la main à Bobo, cet homme octogénaire qui libère le diable qui secoue son corps fragilisé, il mène la troupe au sommet, jusqu’à s’élever pour atteindre l’amour véritable, celui qui n’attend rien en retour mais qui donne des ailes pour surmonter toutes les épreuves.

Nous avons vu Vangelo version théâtre en tournée, attirés par les retours élogieux de la critique parisienne. Il existe une version lyrique, donnée pour la première fois en décembre 2015 au Théâtre national croate de Zagreb et nul doute ne persiste sur le fait que cela doit être une performance musicale marquante. A l’issue de la soirée à la Maison de la Culture d’Amiens, l’équipe murmure que nous venons d’assister à l’une des meilleures représentations de la pièce. Egratignant au passage le public parisien, un peu plus frileux, Pippo Delbono s’est délecté de la très bonne réception du public amiénois qui dansait, chantait, battait des mains, totalement endoctriné dans cet univers dense et intense où la beauté, la spiritualité et la tristesse ont pu triompher une fois de plus. Vangelo est un magnifique spectacle teinté d’une tristesse bouleversante. Pas de pathos mais la certitude que Pippo le clown mystique est un grand artiste, constamment en recherche qui finit par se trouver dans un univers atypique et original. Le mot « amour » a tant de fois été utilisé qu’il semble usé, pathétique, vidé de son essence. Mais ce soir, Pippo Delbono a su lui redonner tout son sens et ses lettres de noblesse dans un cri poignant d’humanité.


Le film Evangile de Pippo Delbono, diffusé le 28 février dernier, est disponible en replay jusqu’au mardi 7 mars 2017 sur le site d’Arte : http://www.arte.tv/guide/fr/057879-000-A/evangile

Vangelo

Spectacle de et avec : Pippo Delbono

Avec : Dolly Albertin, Gianluca Ballarè, Bobò, Margherita Clemente, Ilaria Distante, Simone Goggiano, Mario Intruglio, Nelson Lariccia, Gianni Parenti, Pepe Robledo, Grazia Spinella, Nina Violić, Safi Zakria, Mirta Zečević

Durée : 1h50

  • Du 12 au 16 janvier 2016

Lieu : Théâtre de Vidy, avenue Emile-Henri-Jaques-Dalcroze, 5, 1007 Lausanne (Suisse)

  • Du 5 au 21 janvier 2017

Lieu : Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris

  • Du 2 au 3 mars 2017

Lieu : Maison de la Culture d’Amiens, 2 place Léon Gontier, 80000 Amiens

Réservations : 03 22 97 79 77 ou www.maisondelaculture-amiens.com

  • Du 10 au 11 mars 2017

Lieu : Bonlieu Scène Nationale, 1 rue Jean Jaurès, 74000 Annecy

Réservations : 04 50 33 44 11 ou www.bonlieu-annecy.com

  • Du 14 au 15 mars 2017

Lieu : Comédie de Clermont-Ferrand

Réservations : 04 73 29 08 14 ou www.lacomediedeclermont.com

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