Un amour impossible : le rôle d’une mère

Pour Célie Pauthe, Christine Angot a accepté de retravailler son roman afin de l’adapter pour la scène. La pièce de théâtre met en avant le lien qui unit une mère et sa fille, mis à rude épreuve après la révélation d’un terrible secret. Pour magnifier ce texte qui fait de l’intime un fait de société, Bulle Ogier et Maria de Medeiros incarnent ce duo sensible qui revient sur la modification d’un amour impossible sitôt qu’il revêt le manteau de la culpabilité.

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© Elisabeth Carecchio

La scène est vide. Entrant à l’opposé l’une de l’autre, une mère et sa fille arrivent. Il est question de la mort du père, vécue par la plus jeune comme une délivrance, un soulagement tandis que l’aînée est totalement vidée de toute once de sentiments. Cela ne lui fait rien, et ce détail anesthésiant provoque une crise familiale. Puis, à l’aide d’une vidéo, Christine revient sur la genèse de l’histoire d’amour entre sa mère et son père, celui qui deviendra par la suite « un salopard qui a violé sa fille ». Alors que résonnent l’accent chantant de Dalida sur la tendre mélodie Histoire d’un amour, nous assistons à un flashback, comme on remonte le fil des souvenirs pour découvrir la source même de la souffrance. La mère, ce seul être que l’on ne rencontre pas et qui est censé vous protéger de la douleur de l’existence.

Depuis l’âge de huit ans où elle récitait les vers de Paul Fort dans la salle à manger de leur appartement de Châteauroux jusqu’à la cinquantaine où elle reconstitue le puzzle dans un restaurant parisien, Maria de Medeiros incarne une Christine poignante et bouleversante à souhait. D’abord dans la légèreté, l’admiration, la fraîcheur et l’insouciance, d’une voix enfantine, elle pose les mots justes sur son traumatisme et les rapports modifiés qu’elle entretient alors avec la figure maternelle. Devenue adulte, perdue comme un navire en pleine tempête, elle fait face, se débat. Sa tonalité vocale évolue et nous submerge d’émotions. La mère, bienveillante mais aveuglée, c’est Bulle Ogier, davantage dans la poésie que dans l’intensité. Leur dialogue de retrouvailles nous ébranle quand le mépris et la rancœur laissent la place à la honte, aux regrets et à la culpabilité. Les deux femmes se complètent à merveille dans une mise en scène intelligente, fine et sensible de Célie Pauthe, qui garde une certaine distanciation avec le propos. Elle conserve la tendresse et le côté intime bien que ce dernier soit dilué dans un plateau bien trop grand pour ce type d’œuvre qui demande davantage d’introspection.

Figurant parmi les auteurs controversés de notre littérature française, Christine Angot fait entendre tout son style à la fois personnel et direct dans l’adaptation scénique de son propre roman. La fille porte son prénom, son histoire. Christine exerce le métier d’écrivain. C’est ce rapport au langage, à l’écriture, à la pensée, qui va la faire émerger de la terrible dépression dans laquelle elle a sombré lors du viol traumatisant dont elle a été victime par un père incestueux, se pensant au-dessus de toute règle. Si la dernière partie s’attache à donner une explication quasi délirante, plus que douteuse et déraisonnée, dont nous aurions pu nous passer, faisant de cet amour impossible une histoire de rejet qui ne touche pas à l’intime mais à la société, il reste la majeure partie de la représentation, celle qui tend à distiller le lien mère-fille qui se heurte à différentes étapes de la vie et le moyen de s’en sortir autrement.

Avec Un amour impossible, Christine Angot pénètre par la grande porte dans le monde du théâtre grâce notamment à une écriture soignée, sublimée par deux grandes actrices, magnifiques, qui portent en elles la flamme qui enflamme une relation éternelle, au son de la plainte de deux cœurs qui aiment mais qui ne savent ni comment ni pourquoi.


Un amour impossible

Texte : Christine Angot

Mise en scène : Célie Pauthe

Avec : Maria de Medeiros et Bulle Ogier

Durée : 1h40

  • Du 25 février au 26 mars 2017

Du mardi au samedi à 20h00

Le dimanche à 15h00

Lieu : Ateliers Berthier, 1 rue André Suarès, 75017 Paris

Réservations : 01 44 85 40 40 ou www.theatre-odeon.eu

  • Le 6 avril 2017

Lieu : Théâtre Anne de Bretagne / Scènes du Golfe, place de Bretagne, 56000  Vannes

Réservations : 02 97 01 62 00 ou www.scenesdugolfe.com

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