Antoine m’a vendu son destin – Sony chez les chiens : rendre la parole

Après N’kenguégi créé en 2016 et présenté dans le cadre du Festival d’Automne à Paris cette saison, Dieudonné Niangouna, artiste associé jusqu’en mars 2017 au Künstierhaus Mousonturm de Francfort, gravit la Colline et répond à l’invitation de Wajdi Mouawad en donnant à voir au Petit Théâtre, du 21 février au 18 mars, Antoine m’a vendu son destin et Sony chez les chiens, un montage déstabilisant entre sa propre écriture et celle du congolais Sony Labou Tansi.

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© Christophe Raynaud de Lage

Interdiction formelle de traverser le plateau en s’installant dans le petit théâtre de la Colline en rejoignant le dispositif tripartite à trois rangs qui se clairsemeront au fil de la représentation. Au centre de ce triangle de spectateurs, trône une installation énigmatique, sorte de Radeau de la méduse entouré de grandes pages manuscrites, agrandissement de ce qui nous apparaît comme un cahier d’écolier sur lequel figure très certainement une volonté de graver à l’encre noire la liberté de l’auteur. Il s’agit en réalité d’un mausolée, celui consacré à Antoine le tyran, avant que cet élément scénique ne soit déplacé pour servir de coulisses et de loge.

Une femme à la peau noir, nus pieds, yeux clos, attend, immobile dans sa robe claire dont l’unique cerceau lui confère l’allure d’une poupée miniature animant les boîtes à musique d’antan, destinées aux petites filles modèles. Au plafond, nous remarquons une corde de pendu dont le nœud accueillera par la suite le mannequin de plastique qui représente Antoine, emprisonné suite à un faux coup d’état destiné à démasquer ses ennemis. Tandis que tout le monde réclame son retour, nous assistons à l’histoire d’une délirante dictature, celle décrite par le dramaturge congolais Sony Labou Tansi. A cela, s’ajoute un texte écrit par Dieudonné Niangouna lui-même. Il s’adresse alors directement au public pour expliquer son besoin de prendre la parole face à l’Histoire, lié sans conteste à son propre statut d’auteur.

Malheureusement, nous ne sommes pas parvenus à entrer dans la proposition, très décousue, dont l’intrigue politique manque clairement de lisibilité. De plus, la mise en scène de Dieudonné Niangouna fait défaut d’une limpidité dont nous aurions eu grandement besoin. Quel intérêt de débuter par des sonneries stridentes semblables tour à tour à un métronome entêtant ou au bip régulier d’un encéphalogramme d’un malade au repos avant de subitement s’emballer ? Il y a beau avoir de bonnes intentions et une louable approche, tout nous agace dans ce qui est proposé sur le plateau. La faute n’est pas à l’interprétation de Dieudonné Niangouna ou à celle de Diariétou Keita (fabuleuse et apportant une présence époustouflante) bien qu’ils passent le plus clair de leur temps à hurler leur texte bien plus qu’à l’incarner et à susciter une émotion particulière chez le spectateur, affligé, mais bel et bien à un manque de clarté sur le propos. Après un passage sur le sexe féminin renforcé par un extrait musical de « si tu aimes le vagin, tape dans tes mains », nous avons néanmoins apprécié de voir enfin les fameux chiens enragés qui donnent leur nom au texte écrit par l’auteur, interprète et metteur en scène qu’est Dieudonné Niangouna. Les deux acteurs, reliés par une corde et attachés par une ceinture, s’offrent des tours de pistes comme des animaux enfermés. Niveau jeu, ils ne s’épargnent pas, ne s’économisent jamais, cela ne suffit pas.

Avec ce spectacle, Dieudonné Niangouna, qui se veut le porte parole d’un théâtre revendicateur et engagé, ne va pas au bout des choses et glisse dans une alchimie inaboutie avec Sony Labou Tansi. La puissance idéologique ne nous atteint pas, nous y demeurons inexorablement extérieurs. Pire, cela en devient même agaçant et irritant, excepté dans la scène finale où le mausolée est démonté, les constituants sont déposés et éparpillés au sol. Les pages, les cordages, les masques et les vêtements se mêlent tandis que résonnent des tonalités africaines, un blues profond, sur lequel les deux interprètent se meuvent, habités par les notes. Ils semblent danser sur les ruines d’un monde, d’un théâtre, d’un rêve. C’est beau, touchant, mais ça ne suffit pas à rattraper une heure et demie de calvaire.

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