La mort de Danton : Révolution anecdotique

Après son Lenz poussiéreux et soporifique de Cornelia Rainer, vu cet été à Avignon, Büchner est à nouveau à l’honneur sur les planches. Donnée en octobre 2016 à Bobigny dans le cadre de la saison de la MC93, la Mort de Danton arrive à partir du 16 février 2017 au Théâtre de la Bastille. Si le symbole peut prêter à sourire, il n’en demeure pas moins un spectacle anecdotique qui passe quelque peu à côté de son sujet malgré de bonnes intentions.

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© Victor Tonelli

Une longue table sépare le dispositif bi-frontal. Exit les pro-Danton et les pro-Robespierre, ce qui aurait pu être une brillante idée. De part et d’autre, cinq acteurs vont rejouer la chute de Danton aux prises avec le désir de couper des têtes en ces temps de Révolution française. En s’emparant du texte de Georg Büchner, le metteur en scène François Orsoni avait là, matière à plonger dans les coulisses du pouvoir en disséquant le réel par un théâtre cru, puissant et fiévreux. C’est une pièce politique, historique, très bien documentée et dans l’air du temps, où « le droit doit remplacer le devoir ». Et pourtant, le spectateur reste en dehors, comme s’il n’était pas concerné.

La Révolution est en marche et elle s’apprête à tuer ceux qui l’ont enfantée, à savoir Danton et ses amis. Mais pour le moment, ils n’en ont pas la moindre idée. Des accessoires sont disséminés sur la table. Des perruques poudrées côtoient des lunettes de soleil tandis que plumes et manuscrits font la connaissance des baskets à roulettes. Mais cela n’est pas suffisant à reconstituer une période de notre Histoire tout en l’inscrivant dans un vent contemporain, actuel. Ce décalage semble surtout accentuer la confusion indécise qui règne sur le plateau. Le spectateur est un peu perdu, entre une action éclatée et un texte qui peine à se faire entendre. La parole, qu’elle soit dite ou chantée, est au cœur de la proposition bien que parfois vaine comme si elle diluait le texte âpre et bouillonnant d’origine duquel on décroche régulièrement, aidés par les micros qui dispersent les voix plus qu’ils ne les renforcent.

Durant deux heures, Brice Borg, Jean-Louis Coulloc’h, Mathieu Genet, Yannick Landrein et Jenna Thiam (excellente actrice qui tire son épingle du jeu) s’évertuent à occuper la table des négociations et à plonger dans les pages sombres de la Terreur, tandis que Thomas Landbo, au piano, orchestre ce théâtre de l’intime dans lequel nous ne parvenons pas à trouver notre place. La délicatesse des notes accompagne sobrement et avec parcimonie la tragédie que rien ne pourra arrêter désormais. S’il est vrai que « nous sommes tous des fous » mais que « nul n’a le droit d’imposer sa folie à autrui », nous déplorons le parti pris pas assez assumé de François Orsoni. Des longueurs se font sentir. Les changements à vue sont une bonne idée bien qu’ils méritent une énergie supplémentaire qui fait ici défaut. Soulignons néanmoins l’audace de monter une telle œuvre avec seulement cinq acteurs pour donner vie à une myriade de personnages, emblématiques ou anonymes. Trop approximative, la direction d’acteurs ne convainc pas et rend confus un propos pourtant sensible et résonnant de Büchner.

Loin de nous l’idée de comparer deux œuvres qui n’ont pas grand-chose en commun, mais si 1789 fascine encore de nos jours, comme nous avons pu le constater avec le succès triomphant de Ça ira (1) fin de Louis par Joël Pommerat, La Mort de Danton nous laisse le goût d’une Révolution inachevée, inassouvie. François Orsoni trébuche mais pas de là à ce qu’on lui coupe la tête pour un jeu trop approximatif. Espérons que le spectacle gagne en profondeur et en intensité quand il arrivera au Théâtre de la Bastille du 16 février au 4 mars prochain. Ainsi, nous pourrions à nouveau prendre place autour de cette grande table de la Révolution qui nous tend les bras.

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