I am not ashamed of my communist past : rétrospective identitaire

Premières françaises au Festival Reims Scènes d’Europe pour I am not ashamed of my communist past, une création présentée par la metteure en scène Sanja Mitrović et l’acteur serbe Vladimir Aleksić. Partant d’une rétrospective filmographique yougoslave, c’est toute leur jeunesse qui défile sur l’écran et sur le plateau dans des teintes à la fois nostalgiques, tendres et drôles. Une jolie ode à l’Europe qui ouvre un questionnement identitaire incontournable.

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© Marko-Berkesš

Sanja Mitrović et Vladimir Aleksić sont amis d’enfance. Ils ont grandi dans la même ville, habités dans la même rue. Ils ont tous deux quitté leur pays en 2001. A travers des extraits de films d’époque de l’Avala Film, la plus grosse société filmographique de Yougoslavie qui fut, comme la plupart des entreprises, liquidée après la guerre, ils s’attachent à mêler leur histoire personnelle avec celle de leur pays d’origine. I am not ashemed of my communist past fait dialoguer le cinéma et le théâtre. Des images, aussi bien en noir et blanc qu’en couleurs, se succèdent telles des tranches de vie quotidienne, joyeuses ou non. On y voit des scènes de joie, d’émeutes, de mort, d’insouciances, de partisans défilant à la gloire de Tito… qui les replongent avec une certaine nostalgie dans leurs souvenirs d’enfance. Ils témoignent ainsi d’un passé communautaire et communiste, définitivement perdu, dont il ne reste que des souvenirs de valeurs et d’idéaux, réels ou embellis par la mémoire de leur jeunesse, qui défilent dans les films qu’ils s’amusent à rejouer.

Partant de la notion de frontière transgressée par un exil inévitable, les deux performeurs serbes mettent en résonance leur histoire personnelle et celle de leur pays, la Yougoslavie, qui n’existe plus que dans la conscience collective. Par extension, ils questionnent l’identité et l’appartenance à une communauté. Il se dégage de ce spectacle une spontanéité d’une grande fraîcheur tout en évitant l’écueil de la superficialité. Les deux interprètes vont en profondeur dans leur restitution quasi documentaire qui fait émerger souvenirs, anecdotes et témoignages. Ayant choisi de quitter le pays, ils posent un regard distancé, à la fois tendre, juste et non dépourvu d’humour sur leur parcours et les choix qu’ils ont fait. Installée à Amsterdam, Sanja n’envisage pas pouvoir revenir car revoir les bâtiments toujours debout, ces lieux où tout rappelle le passé, correspondrait selon elle à croiser constamment ses ex et se souvenir de quand ils étaient heureux ensemble. De son côté, Vladimir a vécu quelques années en Italie avant de ressentir le besoin de rentrer sur ses terres d’origine en choisissant la Serbie.

Malgré un petit problème technique ce soir-là, aléas du spectacle vivant mais moment déstabilisant qui a contraint les acteurs à improviser en répondant aux questions du public, le cinéma constitue ici une porte d’entrée idéale pour replonger dans l’album de l’histoire de la République socialiste de Yougoslavie. En parallèle des scènes rejouées, ils dessinent à la craie, matière effaçable avec facilité, le plan de leurs souvenirs d’enfance avec complémentarité et une complicité évidente. Quel héritage ont-ils reçu ? A quel moment ont-ils perdu leur insouciance ? Cette jeunesse, qui n’a pas honte de son passé communiste, a connu la guerre et l’ivresse d’un passé révolu où ils appartenaient pleinement à un peuple. Mais la vie n’est pas une fiction et peut-on encore parler d’abandon quand on est yougoslave et que l’on quitte un territoire désormais inexistant ?

D’autres mises en scène de Sanja Mitrović ont déjà été proposées dans le cadre du Festival Reims Scènes d’Europe comme en 2010 avec Will You Ever Be Happy Again ?, en 2012 avec A Short Story Of Crying et Crash Course Chit Chat ou encore en 2015 avec Do You Still Love Me ?. Elle revient cette année avec I am not ashemed of my communist past pour ouvrir une nouvelle route entre théâtre et réalité sociale par la réflexion de ce qu’est l’Europe aujourd’hui, sur la façon dont elle se construit sur les ruines d’un passé qui ne sait plus vraiment s’il peut encore apporter quelque chose de solide à une génération en perte d’idéaux et de croyances communautaires dans une société sur le déclin et une Europe en crise qui ne parvient pas à retrouver les valeurs d’antan véhiculées à une jeunesse pleine d’attente.

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