Hans Kesting : « Je ne pourrai pas jouer sans le côté humain de mes personnages »

Hans Kesting est un acteur extraordinaire que l’on n’oublie pas facilement une fois que l’on a eu la chance de le voir sur scène. Magistral et époustouflant dans le Kings of War d’Ivo van Hove, c’est à la Maison de la Culture d’Amiens que nous avons rencontré ce comédien du Toneelgroep Amsterdam, à l’issue d’une représentation des Bienveillantes. Dans un français remarquable, il nous a confié avec beaucoup de sincérité son ressenti d’interprète sur son parcours, sur le théâtre en général et sur ses projets.

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© SBJ

Qui ou qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’être acteur et quel est votre parcours ?

Depuis tout petit, ça a toujours été mon rêve de devenir acteur. J’avais cette idée de me présenter devant un public et de jouer un rôle. J’avais commencé à l’école puis j’ai continué au gymnase [équivalent du collège français aux Pays-Bas, ndlr]. Ensuite, ce fut un choix logique que de m’inscrire au conservatoire d’art dramatique de Maastricht où je suis entré en 1982. J’y suis resté quatre ans avant de quitter Maastricht pour Amsterdam où j’ai commencé à travailler en tant qu’acteur.

Aviez-vous lu l’imposant roman de Jonathan Littell avant que Guy Cassiers ne vous propose le projet des Bienveillantes et si non, qu’en avez-vous pensé à la première lecture ?

C’est Monsieur Van Hove, mon boss, qui me l’a donné en disant que Monsieur Cassiers voulait mettre en scène au théâtre ce livre et qu’il m’avait choisi pour jouer le rôle de Maximilien. Il m’a conseillé de le lire et immédiatement, j’ai été pris par le texte. C’est un travail énorme de la part de Jonathan Littell. Ce livre, mais aussi le personnage de Maximilien, c’est tellement intéressant. Mais pour faire un spectacle au théâtre, il faut faire des choix et Monsieur Cassiers a choisi ce trajet, celui que nous voyons dans Les Bienveillantes. Cependant, avec un tel livre, tu peux facilement créer dix spectacles et ils seraient tous différents.

Richard III était un tyran. Dans le roman, Maximilien Aue peut être assimilé à un psychopathe (mais pas dans la pièce). Il existe une constance du mal dans vos personnages et pourtant, à chaque fois, vous leur offrez une grande part d’humanité. Est-ce votre façon de traduire sur scène toute la complexité des êtres humains, partagés entre le bien et le mal ?

C’est vrai que j’essaye de montrer un personnage mauvais ou non mais toujours du côté humain. Cet aspect a grandi dans mon jeu, au fur et à mesure de ma carrière. Avant, j’étais très occupé à vouloir me montrer au public mais ensuite j’ai mûri. Quand tu vieillis et que tu vois que ton parcours au théâtre marche bien, tu te reposes un peu, tu te tranquillises et c’est là que tu commences vraiment à jouer et à donner de toi-même dans les rôles. Je ne pourrai pas jouer sans ce côté humain du personnage.

Quel spectateur de théâtre êtes-vous ?

Pour être vraiment honnête, je ne vais pas souvent au théâtre. Nous jouons vraiment beaucoup avec le Toneelgroep Amsterdam alors les soirs de relâche, je préfère rester à la maison ou regarder un film. La semaine dernière j’ai été voir une pièce d’une jeune metteuse en scène mais il faudrait que j’y aille plus souvent.

Quelle est votre vision du théâtre et quel rôle joue-t-il selon vous dans notre société actuelle ?

Ça c’est une question complexe. J’ai tenté une carrière à la télévision comme animateur mais ça n’a pas été un succès. Le désir de jouer au théâtre faisait partie de ma tête et de mon corps. Quand j’ai été vraiment prêt à me concentrer sur mon travail de comédien, j’ai commencé à travailler avec Ivo Van Hove. C’était en 2002 dans Otello. À partir de là, ma vision du théâtre a grandi avec son développement. Mon théâtre, c’est tellement son théâtre. Sûrement parce que je joue beaucoup de ses spectacles mais j’aime avoir sa vision. Je trouve que la grande puissance d’Ivo Van Hove c’est qu’il va vraiment dans le corps des personnages. En tant que comédien, je fais cela aussi. Pour moi, c’est ça le vrai théâtre. Cet art a toujours joué un rôle important dans notre société parce que c’est un spectacle vivant, c’est un rendez-vous entre toi dans le public et les comédiens sur scène. En tant que spectacle vivant, il offre des soirées uniques. Chaque soir est différent, avec une autre énergie, un autre public. C’est pour cela que je trouve que le théâtre est important : on peut rêver, voir comment on ne doit pas vivre sa vie ou les choses importantes à avoir. Le théâtre te donne tellement d’idées et de sentiments.

Vous avez joué des rôles très forts sous la direction de grands metteurs en scène à la renommée internationale comme Thomas Ostermeier, Guy Cassiers ou Ivo van Hove mais peut-être avez-vous d’autres aspirations, envies particulières ou rêves. Si je vous demande une œuvre ou un personnage ainsi qu’un metteur en scène avec qui travailler dans l’idéal absolu, que choisissez-vous ?

J’aime beaucoup les pièces de Thomas Bernhard mais malheureusement, ce n’est pas un auteur qui plaît à Ivo, ce n’est pas son style de théâtre. Mais j’aimerai beaucoup jouer l’une de ses pièces et pour faire cela, si je devais choisir un metteur en scène, ce serait Thomas Ostermeier ! Sinon, j’aimerai bien jouer Le Roi Lear un jour, mais je pense que pour le moment, je suis encore trop jeune. J’aime le travail avec Ivo Van Hove, c’est une aventure qui m’apporte beaucoup et qui est toujours très spéciale que je préfère continuer à travailler avec lui. Tout ce qu’il veut faire avec moi, je suis déjà content que ce soit avec lui ! Tu vois, lui et moi, on discute beaucoup et on se bat aussi parfois mais c’est toujours un travail créatif.

Qu’est-ce qui vous intéresse justement dans ce travail de troupe ?

Il n’y a pas beaucoup de troupes de théâtre dans le monde. Bien sûr, en France, il y a la Comédie-Française mais en Angleterre, par exemple, il n’y en a plus. Je suis donc très heureux qu’en Hollande, il existe trois grandes compagnies. Quand on joue dans une troupe, les comédiens se connaissent, il n’y a ni honte ni gêne. Dès le premier jour des répétitions, on montre ce que l’on est, le travail va vite. Il n’y a pas d’appréhension à se tromper. Et puis, il faut faire des fautes, jouer dans un style horrible pour trouver le truc qui marche. Être dans une troupe c’est important et puis nous pouvons nous constituer un répertoire.

Quels sont vos projets à venir ?

Côté répertoire justement, la tournée des Bienveillantes s’arrête à Amiens le 28 janvier 2017 et nous ne jouerons plus la pièce. Nous allons jouer Kings of War à Montréal et au Chili je crois puis Otello à Tokyo. En parallèle, je travaille actuellement avec Simon Stone sur une pièce qui s’appelle Ibsen’s house. En français, ce sera La maison d’Ibsen. On a lu cinq ou six pièces de cet auteur comme Les revenants (1881) ou Solness le constructeur (1892) puis Simon Stone a écrit une nouvelle pièce en s’inspirant de ces œuvres. Il s’agit de l’histoire d’une famille hollandaise avec un grand et terrible secret. On va suivre cette famille sur plusieurs générations, de 1904 à 2017. La pièce va durer quatre heures environ. La première aura lieu le 5 mars puis nous irons la jouer cet été au Festival d’Avignon. L’an prochain, je jouerai avec un metteur en scène anglais mais c’est encore un peu tôt pour parler de ce projet car je crois que c’est encore un secret.

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