Hôtel Feydeau : une soirée dans les affres du vaudeville

Le roi du vaudeville est à l’honneur à l’Odéon-Théâtre de l’Europe en ce début d’année civile avec Hôtel Feydeau, une création de Georges Lavaudant. Si les scènes proposées ne se déroulent pas dans un palace mais dans un intérieur bourgeois, l’étrange découpage-montage de cinq pièces emblématiques de Georges Feydeau divise les spectateurs mais tient toutes les promesses d’un bon divertissement qui nous assure une soirée drôle et légère, non cérébrale, et salutaire pour contrer la morosité ambiante.

hotel-feydeau
© Thierry Depagne

Le rideau s’ouvre sur un décor rafraîchissant et épuré, composé de neuf chaises aux couleurs pop acidulées et à la douceur comparable aux dragées des stands des salons de mariage, un parti pris qui se retrouve également dans les chorégraphies qui servent d’intermèdes entre les cinq pièces de Georges Feydeau dont ne subsistent que les scènes les plus savoureuses. Si nous pouvons nous interroger sur la pertinence du découpage proposé par Georges Lavaudant, il n’en demeure pas moins un pur divertissement qui, avouez-le franchement, change du reste de la programmation de l’Odéon que nous adorons, mais qui verse davantage dans le théâtre cérébral pour initiés que dans la comédie de boulevard légère et insouciante. Ici, le cerveau du spectateur est clairement mis sur pause pour se délecter de ce moment scénique aux allures de bonbon tendre dont nous nous délectons comme un enfant à la sortie de l’école. La dégustation commence par un extrait de Cent millions qui tombent avec la présence de trois domestiques, Isidore (Manuel Le Lièvre), John (Benoît Hamon) et Philomène (Lou Chauvain) qui espèrent la fin des inégalités et « l’émancipation générale ». Le ressort comique fonctionne parfaitement, bien que le rythme ne soit pas aussi enlevé et pétillant que ce à quoi nous aurions pu nous attendre. En passant au célébrissime On purge bébé, Grace Seri fait des étincelles et relance la machine par une présence charismatique qui faisait défaut dans la première scène, face à un Gilles Arbona irrité mais succulent.

Il faudra attendre Mais n’te promène donc pas toute nue pour qu’Astrid Bas entre en scène comme une tornade dans le rôle de Clarisse. Elle irradie aux côtés de Manuel Le Lièvre, toujours aussi drôle, énergique et enjoué dans un duo hilarant car très superficiel qui enclenche les rires dans la salle. Dans Feu la mère de Madame, André Marcon, perruque royale sur la tête enflamme la scène dans un duo détonnant avec Tatiana Spivakova, tandis que Lou Chauvain (Annette) est une brillante domestique attardée, réveillée en pleine nuit pour faire l’éloge de la poitrine de sa maîtresse avant de devenir une femme enceinte en proie aux douleurs de l’enfantement et aux caprices saugrenus dans Léonie est en avance. Revenons à On purge bébé, Manuel Le Lièvre explose de talent dans le rôle de Toto, un diminutif d’Hervé, le bébé de 7 ans qui refuse sa purge tandis que la spontanéité de sa mère incarnée par Grace Seri est d’une délicieuse fraîcheur. Malheureusement l’effervescence de cette pastille d’humour qui pétille retombe légèrement comme un soufflé malgré le quatuor irrésistible de Feu la mère de Madame en clôturant ce trésor de divertissement par Mais n’te promène donc pas toute nue avec la supplication « Suce-moi » de Clarisse envers son mari qui finit par lasser le public dans lequel finissent les protagonistes pour réitérer les répliques cultes des pièces choisies.

Il existe cependant un sérieux problème quant au montage des textes. Ce découpage casse en effet le rythme que Feydeau chérissait tant et qui faisait basculer ses pièces dans une mécanique bien huilée dont le rire était le moteur principal. A cela s’ajoute une distribution plutôt inégale. Malgré tout, Hôtel Feydeau remplit toutes nos attentes qui sont celles d’une bonne soirée divertissante à partager entre amis en acceptant de nous lancer dans le vide, sans filet, pour expérimenter un humour pur, précis, exaltant.

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