Folle Amanda : toujours là !

Au Théâtre ce soir souffle cette année sa cinquantième bougie. A cette occasion, TF1 va faire renaître le programme qui a fait les beaux-jours du théâtre sur petit écran en diffusant en direct du Théâtre de Paris le samedi 21 janvier 2017 l’une des dix représentations exceptionnelles de la pièce mythique Folle Amanda. Si le divertissement reste honorable, il risque fort de décevoir tous ceux qui ont encore en mémoire la fabuleuse prestation de Jacqueline Maillan. La pièce de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy souffre malheureusement d’une pâle copie sans parvenir à se renouveler. Décryptage.

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© Pascal Ito / DR

Les trois coups retentissent et c’est parti, nous sommes au Théâtre ce soir. Le rideau s’ouvre sur un décor très seventies signé Pierre-François Limbosch. C’est celui du quotidien d’Amanda, une ancienne star du music-hall qui a tout quitté par amour et qui maintenant, vit au jour le jour entre ces murs bleu canard et son mobilier orangé, entourée de ses amis. Sa sœur cadette, Lucette, veille sur elle mais la vedette de la scène a dilapidé toute sa fortune. Optimiste mais à court d’argent, elle se réjouit d’avoir l’opportunité de faire publier ses mémoires mais cela est bien moins du goût de Philippe Morhange, son ex-mari, ministre en exercice, qui craint des répercussions sur sa carrière, des révélations sulfureuses que pourraient contenir l’ouvrage. Dès lors, il va tout faire pour l’en dissuader…

Reconnaissons les belles intentions de Michèle Bernier qui incarne le rôle-titre avec pertinence en faisant éclore cette femme libre et insouciante. Pas évident de nous faire oublier Jacqueline Maillan et elle semble bien consciente du défi. Elle est un véritable rayon de soleil sur scène et exprime beaucoup de gaieté. Dans les parties chantées, elle semble fragile et mélancolique. Cela ne nous bouleverse pas mais les émotions qu’elle nous offre généreusement atteignent notre cœur et nous touchent. Nous sommes pris d’empathie pour elle et exultons dans ses phases d’ironie verbale teintées de véracité, comme lorsqu’elle assure à son ex-mari que « c’était dit en toute légèreté, en toute malveillance ». Après Les Franglaises, elle retrouve sur les planches sa partenaire, Ariel Dombasle, qui campe sa sœur, Lucette. Très bourgeoise, distinguée, sophistiquée et avec beaucoup de prestance, la comédienne fait cependant preuve d’un trop faible volume sonore pour capter notre attention. Au-delà du cinquième rang, il est difficile d’entendre la totalité de ses répliques pourtant savoureuses : « Tu ne vas pas sortir comme ça, on dirait un lampion » lance-t-elle par exemple à la lumineuse et excentrique Amanda. A leurs côtés, Patrick Braoudé fait des merveilles en s’emparant du rôle de Philippe. Celui qui, au cinéma, nous avait notamment impressionnés en papa dépassé dans Neuf mois, est ici un très bon embobineur. Il joue sur une large palette et emporte notre adhésion. Il parvient à nous toucher et son charme agit sur nous comme un aimant hypnotique. Nous sommes un peu plus réservés concernant Philippe Lelièvre, qui incarne Etienne, l’antiquaire efféminé. Il semble à peine assumer ce rôle pourtant crucial dans les boulevards. Quitte à faire rire, il aurait dû verser davantage dans la caricature et appuyer un peu plus les traits de son personnage, dévergondé et extraverti qui ici, est superficiel. C’est ce que parvient sans peine à faire Roland Marchisio, excellent Monsieur Félix, le restaurateur. Pierre Cassignard, quant à lui, est Loulou, l’accompagnateur/répétiteur. Son jeu est juste mais ne parvient pas à s’inscrire dans une appropriation propre et personnelle du rôle. Si Djibril Pavadé est assez bon en Clovis, le jeune voisin, ce rôle n’apporte pas grand-chose à l’intrigue. En revanche, Tiphaine Daviot est une sacrée révélation en campant une Sidonie extrêmement convaincante. La candidate au suicide irradie tout au long de sa courte mais mémorable apparition finale.

Malgré une belle distribution, nous restons mitigés sur la pièce qui souffre de quelques lacunes, à commencer par le rythme qui, à chaque fois qu’il tente de se relancer, retombe comme un soufflé, au rythme du rideau qui s’abaisse entre chaque scène. Dans la version 2017, les dialogues de Folle Amanda ont été remis légèrement au goût du jour mais tout le reste est rejoué dans l’esprit de l’époque, jusqu’à la mise en scène de Marie-Pascale Osterrieth, qui tombe en désuétude, et donne un aspect très original à la pièce mais peut-être un peu trop poussiéreux pour s’adapter aux attentes actuelles du public. Verdict à la diffusion télévisée mais de notre côté, nous attendions peut-être un coup de jeune et un vent de fraîcheur à ce classique des années 70. C’est charmant mais pas incontournable. Cependant, au regard des températures polaires actuelles, un bon plateau télé devant ce boulevard théâtral, c’est encore la meilleure recette pour conjurer le moral en berne de tous les réfractaires à quitter le plaid à la nuit tombée.

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