Résister c’est exister : faire basculer l’Histoire

Après plus de 600 dates à travers toute la France, le captivant et bouleversant seul en scène, Résister c’est exister, s’arrête au Studio Hébertot pour 70 représentations, jusqu’au 19 mars 2017 pour nous faire revivre les pages oubliées de la Résistance durant l’Occupation nazie. Le texte d’Alain Guyard est mis en scène par Isabelle Starkier et interprété avec audace et pertinence par François Bourcier, incroyablement juste dans cette leçon de vie.

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© Emilie Génaédig

Cela ressemble presque à un second volet d’un cycle historique initié par les Lettres de délation, spectacle dans lequel François Bourcier incarnait des français dénonciateurs. Cette fois-ci, il s’attache à faire revivre des anonymes qui, par un acte de courage, sont devenus les héros d’un quotidien bien sombre et que l’Histoire avec un grand H a quelque peu oublié. Sur le plateau intimiste du Studio Hébertot, le passé se réécrit au présent sans qu’aucune liberté n’ait été prise avec les faits racontés dans ce spectacle d’Alain Guyard, témoignages découverts au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon et transmis ici avec force, fluidité et vitalité. Pédagogique sans être trop didactique ou exclusivement frontal, le texte se présente comme une entrée originale pour pousser les portes de l’Histoire et lutter contre l’oubli même si « passent les nuages et passe la guerre ».

Ce qui surprend d’emblée en entrant dans la salle, c’est la scénographie d’Isabelle Starkier qui signe aussi la mise en scène du spectacle. En effet, suspendus à des chaînes, des vêtements flottent dans les airs, comme autant de fantômes du passé. De ces vestiges, il y en aura de moins en moins. Tout retourne à la terre, au passé ici érigé à nouveau dans le présent. L’interprète, fabuleux François Bourcier,  n’hésitera pas à leur redonner la parole en se faufilant dans ces tenues ou en les animant. Il se glisse dans la peau de ces disparus, il les apostrophe, les épouse, les craint et surtout, il les rend vivants. Nous sommes bluffés par son jeu précis et profondément hypnotique. Avec lui, nous faisons un voyage merveilleux dans le passé. Les témoignages se succèdent et gagnent en intensité. Nous nous retrouvons à bord du train direction les montagnes russes émotionnelles : on sourit, on pleure, on est émus et cette leçon de vie offerte sans prétention nous envahit progressivement pour s’ancrer dans nos consciences. La mise en scène témoigne d’une grande fluidité et d’une belle vitalité qui transparaît, notamment grâce au talent de François Bourcier, époustouflant dans ce seul-en-scène où il incarne une dizaine de héros inconnus. Il n’y a aucun pathos et pourtant, nous nous retrouvons profondément touchés et bouleversés, comme avec le témoignage de cette femme roumaine entrée en clandestinité pour sa fille, jusqu’au final où, émus, nous applaudissons aussi bien la performance que l’acte de résistance.

Eva Darlan, Evelyne Buyle, Daniel Mesguich, Yves Lecoq et Stéphane Freiss prêtent leur voix aux protagonistes de cette pièce qui interagissent avec François Bourcier et qui nous rappellent qu’aucune prison n’est assez grande pour contenir les pages sombres de notre Histoire et que seul l’Art peut les faire revivre en combattant l’oubli. C’est pour Eux, pour tous ceux qui ont résisté pour exister que le spectacle résonne comme un acte intemporel et universel. L’hommage qui leur est rendu sonne comme un cri contre la résignation. Comme les balles ont traversé les cœurs pour les faire éclater en mille morceaux, le spectacle nous offre une explosion de petits bouts du passé qui constituent une leçon de vie et d’Histoire qui nous envahit et nous marque au fer rouge par des émotions sincères et non feintes, à l’image de la résonance du chant des partisans qui vient inonder notre cœur et notre esprit. Avec cette pièce, ce n’est pas le cri de la mort qui s’élève mais celui de la vie, de l’espoir, de l’existence qui regarde en avant pour ne pas reproduire les mêmes erreurs.

Résister c’est exister, pièce en adéquation avec les programmes scolaires de Troisième et de Première, est un fantastique travail sur le devoir de mémoire placé sous le parrainage d’Aimé Césaire : « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir. ». C’est fort et formidable, intelligemment mis en scène, dynamique, tendre… bref il y a tous les ingrédients réunis pour passer un excellent moment, tout en méditant sur ce qui a existé, ce qui existe et ce qui existera toujours tant que vivra le fanatisme. Rêvant de fraternité et de liberté, il semble indispensable de « prendre conscience avant de prendre les armes » et de faire ce voyage dans le passé pour que demain, il fasse plus beau.

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