Edmond : naissance d’un chef-d’œuvre

Après ses trois Molière obtenus, Le Porteur d’Histoire et Le cercle des illusionnistes, le talentueux Alexis Michalik s’installe pour de longs mois au Théâtre du Palais-Royal avec sa dernière création qui redonne ses lettres de noblesse à l’écrivain Edmond Rostand qui a écrit le trésor inestimable de la littérature : Cyrano de Bergerac. La pièce est sans aucun doute LE succès théâtral de la saison, faisant actuellement salle comble chaque soir.

edmond
© Alejandro Guerrero

Décembre 1895, dans le tumulte du Paris du 19ème siècle. Edmond n’a pas encore la trentaine mais déjà deux enfants à élever, une femme aimante et surtout de grandes angoisses, de celles que connaissent tous ceux qui font de l’écriture leur métier ou leur passion : la page blanche. Quand il parvient à convaincre le grand acteur Constant Coquelin de jouer dans sa prochaine pièce en vers, qu’il n’a pas encore écrite et dont il ne possède que le titre, Rostand aura alors deux heures pour réussir ce qu’il n’a pas su faire pendant deux ans. Le névrotique créateur va puiser dans ce qui l’entoure au quotidien pour nourrir son inspiration et accoucher d’un immense succès.

Nous sommes rapidement pris d’empathie pour le saisissant Edmond qu’incarne Guillaume Sentou. Autour de lui gravite un Constant Coquelin qui en impose grâce au panache de Pierre Forest. Pierre Bénézit et Christian Mulot forment un duo de créanciers corses hilarants tandis que Jean-Michel Martial (que nous retrouvons avec bonheur dans la série télévisée Profilage où il incarne le commissaire Grégoire Lamarck) distille sagesse et bienveillance en s’emparant du rôle d’Honoré. Nicolas Lumbreras est quant à lui un Feydeau envieux et jaloux. Du côté féminin, Stéphanie Caillol virevolte dans la peau de Jeanne, la muse de l’auteur sans qui Cyrano n’aurait pu exister tandis que Valérie Vogt est une éblouissante Sarah Bernhard. Anna Mihalcea est l’atout douceur de la distribution en épouse aimante alors que Christine Bonnard en est le piment en endossant le rôle de Maria, l’actrice capricieuse. Kévin Garnichat (Volny) et Régis Vallée (Courteline) complètent cette troupe énergique qui nous entraîne de manière chorale de la recherche d’inspiration à la rencontre du triomphe au soir de l’exceptionnelle première parisienne de la mythique pièce en vers d’Edmond Rostand sublimée par l’écriture ciselée et fine d’Alexis Michalik.

Grâce à douze acteurs plein de talent, quatre-vingts changements de décors, tous imaginés par la jeune Juliette Azzopardi, et plus de soixante-dix costumes créés avec soin par Marion Rebmann, Alexis Michalik joue les artisans de l’éphémère. Il articule habilement le temps de la création et les répétitions durant lesquelles nous retrouvons les plus belles scènes de Cyrano de Bergerac, de la célébrissime tirade du nez à la scène du balcon en passant par la mort du protagoniste éponyme. Tandis que Rostand improvise constamment dans le processus d’écriture de sa pièce, l’auteur et metteur en scène d’Edmond ne laisse rien au hasard, maîtrisant tout de A à Z et instaurant un rythme soutenu, fluide avec la précision d’un chef d’orchestre. Cela fonctionne parfaitement et l’illusion est totale. On se surprend à rire, à pleurer et à arriver au tableau final sans avoir vu passer les deux heures de représentation.

C’est toute l’authenticité qui émane du plateau où se font tous les changements, à vue, qui fait renaître une pièce intemporelle où les effets et les trucages pleuvent pour nous bercer dans une illusion que nous n’avions pas revue au théâtre depuis bien longtemps. Et avouez-le, cela fait un bien fou ! Nous ressortons du Palais-Royal avec l’envie de replonger dans le texte d’Edmond Rostand et avec le doux souvenir d’une pièce exceptionnelle qui lui rend un vibrant hommage. Edmond, véritable succès de la saison, est un roc, que dis-je « un roc, c’est un pic », du théâtre contemporain, à voir et revoir sans modération tant il s’attache à l’une des plus belles œuvres de la littérature française.

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