Venise n’est pas en Italie : la géographie du cœur

Après L’étudiante et Monsieur Henri, Ivan Calbérac revient au théâtre avec un texte fort et touchant, Venise n’est pas en Italie, adapté de son premier roman. Par une écriture proche de celle du journal intime, il nous entraîne sur le chemin de vie d’Emile, dans un seul-en-scène éblouissant où Thomas Solivérès incarne une douzaine de protagonistes avec une énergie folle qu’il met au service de la pièce, l’emmenant entre l’hémisphère de l’humour et celui de l’émotion.

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© Svend Andersen

Emile a quinze ans. Il vit à Montargis, dans une caravane, en attendant de faire construire sa maison. Il est étouffé entre un père, vendeur à domicile et une mère qui lui teint les cheveux en blond depuis sa plus tendre enfance au simple prétexte que cela le rend plus beau. Cependant, ce qui va lui faire prendre conscience de sa beauté, celle intérieure, celle du cœur, c’est Pauline ! En l’invitant à la rejoindre à Venise pour un concert durant les vacances scolaires, elle va mettre l’adolescent sur le chemin de l’amour jusqu’à en perdre le nord au terme d’un périple familial aux allures de parcours initiatique. En effet, l’escapade romantique se transforme en fiasco lorsque toute la famille décide d’accompagner l’adolescent à Venise. Chacun ne peut qu’en sortir grandi de ce voyage au terme duquel l’essentiel se révèle au grand jour.

Si « tout fuit un jour », en tout cas, il est urgent d’aller à la rencontre de cette merveille scénique qui fait souffler un vent de fraîcheur et d’énergie dans la salle. Nous survolons un théâtre de grande qualité en compagnie d’un jeune homme incroyable, qui offre une prestation à couper le souffle ! A la fois dynamique, tendre, drôle et sincère, Thomas Solivérès incarne tous les personnages, les faisant exister en une fraction de seconde d’une simple posture ou d’un détail infime. Durant près d’une heure vingt, il porte la pièce à bout de bras avec une fluidité désarmante. Tout n’est qu’évocation et incarnation. Les protagonistes s’animent sous nos yeux émerveillés, des lieux différents prennent vie grâce à quelques accessoires et c’est toute la géographie du monde d’Emile qui apparaît. Seul en scène, l’acteur assure aussi bien le jeu que les bruitages. Il croque son récit comme on mord dans la vie à l’âge compliqué de l’adolescence. Sa majestueuse présence ne laisse aucune seconde de répit au spectateur qui respire à peine entre le dernier mot et les chaleureux applaudissements qui déferlent dans la salle sous une pluie d’amour matérialisé. Véritable tornade scénique, Thomas Solivérès sait créer l’illusion et tout fonctionne parfaitement.

La bande-son est particulièrement soignée et s’intègre parfaitement au jeu précis et affûté de l’acteur, souligné par les lumières d’Alban Sauvé. Ce théâtre à ciel ouvert nous ouvre les portes vers un monde d’amour et de tendresse qui parvient même à nous arracher in extremis une petite larme, à quelques minutes de la fin.

La pièce pétille et distille une multitude de bulles de bonheur autour d’elle. Véritable remède contre le blues du quotidien, nous ressortons avec l’impression d’avoir fait des milliers de kilomètres pour finalement atteindre le bonheur des choses simples de la vie, des petits gestes qui passent souvent inaperçus. C’est drôle avec des touches d’émotions et ce voyage au pays des sensations est audacieux mais salutaire. Il vous reste jusqu’au 15 janvier 2017 pour faire vous aussi, ce chemin merveilleux vers le Théâtre des Béliers Parisiens au détour duquel vous apprendrez que Venise n’est pas en Italie mais bien là où vous mène votre cœur.

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