Clôture de l’amour : c’est fini ! 

Souvent annoncée comme vivant ses dernières représentations françaises, Clôture de l’amour vient de tirer sa révérence au Théâtre de Gennevilliers que son auteur, Pascal Rambert, quittera dans quelques jours, après une décennie à diriger ce lieu, afin de l’emmener sur de nouveaux chemins à l’horizon radieux. La pièce, écrite pour Audrey Bonnet et Stanislas Nordey, créée au Festival d’Avignon 2011, ne cesse de se déployer dans le monde entier, faisant éclore une multitude de versions internationales dont la prochaine sera donnée en chinois. Retour sur une pièce émotionnellement forte et envoûtante, qui tient autant au texte qu’à l’interprétation sans faille de ses deux exceptionnels comédiens. 

© Marc Dommage

Il y avait du monde en ce samedi 17 décembre au T2G qui organisait une petite fête de départ en l’honneur de son directeur Pascal Rambert. L’occasion idéale pour revoir ce qui est, selon nous, sa plus belle pièce à ce jour : Clôture de l’amour. C’est dans le décor d’une autre de ses créations, Répétition, qui sera également jouée sur le plateau 1 du 19 au 22 décembre, que va se dérouler la plus belle des séparations théâtrales. Cela aurait pu être sur un ring de boxe, bien que Stan affirme « Je ne porte pas de coups. Je parle. » en dépit des uppercuts verbaux qui vont pleuvoir deux heures durant, mais ce sera finalement dans un gymnase, sous le panier de basket, que la rupture va être consommée. Cependant la scénographie n’a ici aucune importance puisque le texte se suffit à lui-même et que l’amour est un sentiment atemporel et universel qui débute et finit n’importe où, n’importe quand, sans que l’on ne sache véritablement ni pourquoi ni comment.

C’est lui qui débute et ce sera elle qui terminera. En jean et tee-shirt jaune, Stan attaque. Il affronte celle qu’il a aimée et explose très vite dans une série de reproches : « A un moment, il faut dire les choses. ». Sa logorrhée nous saisit, nous atteint. Il dit être dans le filet, dans la toile et n’en plus pouvoir d’être assigné. Alors, il lance les hostilités, sans ménagement et met le feu aux poudres : « Je préfère te le dire de suite Audrey : je ne suis prêt à lâcher sur rien. ». Elle, elle se campe toute droite, accuse les coups, le regarde, son sac à la main, sans piper mot. Une heure durant, il va lui jeter au visage tout ce qui lui vient à l’esprit, maîtrisant le face-à-face qu’il a provoquée : « La messe est dite. Je ne vais pas épiloguer dessus pendant cent-sept ans. ». Tête baissée, accablée mais tentant de rester digne malgré quelques sanglots qu’elle laisse s’échapper et dont s’empare Stan pour enfoncer le clou et poursuivre sa longue tirade accusatrice de domination, Audrey se redresse pour recevoir des mots toujours plus blessants, cruels, abjects, de ceux qui balayent un bonheur passé que lui, n’hésite pas à salir, renier, réduire au néant, de manière froide et insensible : « Je ne peux pas te le dire autrement. Je te regarde et je te le dis. Je n’ai plus de désir pour toi. […] Je ne t’aime plus, voilà tout. Je vais partir. Je te quitte. Je pars. ».

Ses va-et-vient physiques et textuels sont interrompus par l’irruption d’un chœur d’enfants venus répéter la chanson Happe d’Alain Bashung, arrangée par Alexandre Meyer. Les paroles nous transpercent : « Je te vois rêver à des ébats qui me blessent, à des ébats qui ne cessent. […] Peu à peu tu me happes, je me dérobe, je me détache. ». Cette pause, essentielle pour le spectateur, permet également aux deux acteurs d’échanger leur place et donc leur rôle. La parole est maintenant à Audrey, à la défense et elle va reprendre point par point sa plaidoirie du couple pour en donner les aboutissements : « Tu as fini, tu as tout dit. J’ai tout entendu, tout ! ». Ils quittent alors le rêve commun pour le cauchemar séparé.

Comme le phénix renaît de ses cendres, elle se relève et surprend Stan. La rupture n’est plus unilatérale. Un seul regard aurait suffit pour tendre la main mais il n’en sera pas ainsi. « Où sommes-nous quand nous aimons ? Et quand nous n’aimons plus ? » se demande Audrey en explorant les profondeurs d’une explosive rupture menant à cet instant dévasté où le « Nous » n’est plus qu’un « Je » sans plus aucune passerelle avec un « Tu ». Chacun garde sa version de ce « Nous » qui désormais n’existera plus que dans des souvenirs rendus douloureux : « Je garde ton absence. Je garde cette vie que nous ne partagerons pas. ». Ils sont dans une impasse, à ce moment où il faut du temps pour cicatriser les blessures de l’amour qui s’est retiré. Elle a réussi à maintenir la garde tandis que lui est effondré, à genoux, le visage entre ses mains, ne s’attendant pas à une réplique du tsunami qu’il a amorcé. « Relève-toi Stan ! On va se séparer. ».

Si Stanislas Nordey se montre d’une justesse exemplaire, c’est Audrey Bonnet qui brille dans ce combat explosif de la rupture, puissante, magique, bouleversante. Nous en sortons debout, émus, sonnés. Chacun retourne à sa vie intérieure car enfin, « c’est fini. », nous laissant le souvenir impérissable d’une relation viscérale à un texte qui résonne durablement en nous et qui parlera à quiconque a vécu une rupture, qu’elle soit amoureuse ou amicale, du moment qu’elle fut intense, véridique et sincère.

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