Trois Grandes Fugues : triptyque féminin chorégraphiant Beethoven

Le Festival d’Automne à Paris présente une soirée de prestige en réunissant sur la même scène trois grandes chorégraphes majeures de notre temps autour d’une même œuvre musicale. Lucinda Childs (dont un portrait lui est consacré durant cette édition), Anne Teresa de Keersmaeker et Maguy Marin se sont emparées de la Grande Fugue op.133 de Beethoven que le Ballet de l’Opéra de Lyon, formation classique mais tournée vers la danse contemporaine, interprète en faisant entrer les sensibilités de ce triptyque en résonance. Trois visions très différentes, fulgurantes et prenantes bien qu’inégales dans la fougue proposée.

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© Michel Cavalca / Stofleth

Lucinda Childs a ouvert la soirée avec Grande Fugue, une version magnifique, épurée et très classique de la partition de Beethoven. Beaucoup de grâce, d’émotion et de sensibilité dans ce spectacle créé par le Ballet de l’Opéra de Lyon en novembre dernier. La pièce, pour douze danseurs répartis en six couples, se déroule dans un climax froid et élégant devant un mur ajouré et dentelé. L’exécution parfaite et gracieuse nous paraît cependant légèrement monotone malgré un deuxième mouvement en miroir. C’est fluide, léger, aérien et épuré, très agréable à regarder mais sans pour autant nous transcender.

A la place centrale, nous retrouvons Die Grosse Fuge de la chorégraphe Anne Teresa de Keersmaeker créée par sa Compagnie Rosas en 1992. La pièce n’a rien perdu de sa fougue, de sa modernité et de son dynamisme. Cependant, selon nous, nous y perdons beaucoup en émotions par une approche trop démonstrative et hésitante, bien moins dans l’épure et la retenue qu’habituellement. La pièce, pour huit danseurs, est marquée par le motif de la chute. Tous les interprètes, en smoking sombre sur chemise blanche, sont dans la vivacité. Les corps tombent, roulent au sol, tournoient et se lancent dans des courses interrompues. On y voit même par moment un geste tonique qui rappelle celui de Pina Bausch.

Pour clore la soirée, Maguy Marin nous a montré Grosse Fugue créée par sa Compagnie en 2001, une version davantage tourmentée que les deux autres proposées ce soir. Beaucoup de souffrance et de douleur émanent du quatuor de danseuses, toutes de rouge vêtues. Le début s’effectue dans le noir complet avant que la vision éclatante des interprètes n’apparaisse. Il y a une certaine forme de solitude où quatre personnalités évoluent côte à côte sans entrer réellement en interaction. La chorégraphe nous livre une pièce éprouvée et éprouvante, d’une grande beauté avec un esprit de révolte parfaitement maîtrisé dans les derniers mouvements, après un passage quasiment désincarné avec des danseuses-pantins, clouées au sol et peinant à se relever.

A l’applaudimètre, c’est Anne Teresa de Keersmaeker qui l’emporte dans ce triptyque de Beethoven mais une fois n’est pas coutume, nous sommes en marge de ce choix. C’est cependant aussi cela le pouvoir du spectacle vivant et la chance de pouvoir diversifier et enrichir les sensibilités pour faire de chaque soirée un moment unique. Après avoir investi la scène de l’Opéra de Lyon fin novembre, celle de la Maison des Arts de Créteil, en partenariat avec le Théâtre de la Ville, fait un petit détour en Hauts-de-France par le Théâtre du Beauvaisis avant de revenir à l’Apostrophe de Pontoise il y a quelques jours, les Trois Grandes Fugues interprétées par le Ballet de l’Opéra de Lyon sera au Centre Dramatique National Nanterre-Amandiers du 15 au 17 décembre.

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