Ludwig un roi sur la lune : la tête dans les étoiles

Après un passage très remarqué au dernier Festival d’Avignon, Madeleine Louarn a fait une halte au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis, en partenariat avec la MC93, où elle met en scène une stimulante plongée dans les rêveries d’un roi qui n’aspirait pas vraiment à l’être. Entourée des comédiens handicapés mentaux de l’Atelier Catalyse, elle sublime les âmes d’enfants, entre poésie et onirisme, nous laissant sur un astre perché, avec toute la délicatesse que peut contenir ce type de théâtre expérimental et parfaitement maîtrisé.

ludwig
© Christian Berthelot

Ludwig II de Bavière était un roi protecteur des arts et passionné d’architecture, tel un enfant qui s’invente des rêves de grandeur en s’emparant d’une maquette de château, s’imaginant chevalier d’un monde qui n’existe pas. Il était décalé, perché et n’a jamais su trouver sa véritable place dans la société qui rejetait ses rêves au profit de conventions rigides exigées par son rang. Il ne correspondait à aucun code, à l’instar des comédiens sur lesquels Madeleine Louarn exerce son regard tendre et bienveillant. La direction d’acteurs est exigeante mais faite avec finesse et précision pour un résultat plein de charme pour « imaginer, rêver, construire. ».

C’est par un dispositif bi-frontal que nous entrons dans la romance fantasmée et fantasque du roi, un peu comme le reflet de son esprit à double facette. Guillaume Drouadaine est impressionnant dans le rôle du jeune Ludwig dont l’histoire et la personnalité ouvrent les portes d’un monde nouveau, terrain de jeu idéal pour les comédiens handicapés mentaux de l’Atelier Catalyse. Autour de lui gravitent Richard Wagner, dont le monarque était l’un des grands mécènes, Sissi, ses ministres… interprétés avec humilité par Christelle Podeur, Tristan Cantin, Christian Lizet, Jean-Claude Pouliquen et Sylvain Robic. Entre ambiance romantique et paranoïaque, ce spectacle lunaire, teinté d’ardeur et de passion, nous invite à dormir, rêver, accéder à des contrées lointaines que nous ne pouvons atteindre que par une beauté d’âme semblable à celle des enfants. L’évanescence des corps, délicats et sensibles, s’exprime par un travail chorégraphié sublimé et touchant. Même si nous ne comprenons pas toujours tout (la diction est légèrement défaillante par moment), nous nous laissons bercer par « la vraie vie, la nuit » où ce rêveur fou, terriblement humain et attachant a renoncé à son pouvoir onirique pour un royaume.

Frédéric Vossier, qui prépare une nouvelle création autour du personnage d’Yves Saint-Laurent avec Michel Didym et Stanislas Nordey au Théâtre national de Strasbourg où il est conseiller artistique, signe un texte mystérieux, poétique et parfois déroutant. La musique live, ouatée, créée avec un clavier et une guitare qui suffisent à Rodolphe Burger pour imaginer des mélodies délicates, sert au mieux le refuge qui s’offre à nous. Les deux musiciens, sur l’estrade, devant la représentation du château en haut de la colline, sont intégrés à la rêverie déployée par un roi immature, capricieux et qui n’a pas toujours les pieds sur terre mais qui ne s’ennuie pas puisqu’il imagine. Dans son monde, tout n’est que calme, douceur et volupté.

C’est une beauté émouvante et touchante qui se dégage de ce Ludwig, un roi sur la lune qui resplendit au détour d’images sincères, évidentes et poétiques qui cheminent à travers cette plongée dans un esprit incompris : « Je suis mort ou est-ce que je dors ? ». Nous glissons dans une bulle de douceur, vue comme un refuge à la brutalité du monde extérieur, semblable à l’esprit empreint de simplicité et d’insouciance de celui qui angoisse à l’idée d’être roi puisqu’il n’aspirait pas à l’être. Comme l’écrivait Oscar Wilde, « il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles » et cela, Ludwig II de Bavière l’avait bien compris en dépit de sa douce folie en marge du reste du monde.

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