Le relèvement de l’Occident : blancrougenoir : la parole comme appui social

Fidèle du Festival d’Automne à Paris, la compagnie belge De KOE revient pour cette nouvelle édition au Théâtre de la Bastille avec une ambitieuse trilogie qui prend appui sur des humeurs tricolores afin d’étudier l’âme de notre société occidentale. Le triptyque, très inégal, verse parfois dans le bavardage mais relève le défi de nous amener à une intéressante réflexion sur le théâtre, sur la vie et la condition humaine.

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© Koen Bros

La trilogie s’ouvre avec Blanc. En s’appuyant sur un texte d’une chanson de Lady Gaga, nous nous interrogeons sur les motivations de garder de telles phrases et par extension sur le rôle de la parole au théâtre. La couleur blanche qui donne son nom à ce premier volet est à prendre dans le sens de la fraîcheur, la jeunesse, la candeur, l’innocence, la naissance, le paradis originel et la page vide. Car parler, c’est bien mais de quoi ? La compagnie De KOE tente donc de mettre à nu notre monde intérieur, de l’exprimer en paroles et de s’interroger sur comment commencer. Les trois acteurs présentent plusieurs débuts, pas toujours très convaincants, la plupart du temps liés à des souvenirs personnels de jeunesse.

Avec Rouge, couleur de la passion, de l’amour, du sang mais aussi des idéologies, le volet central s’enlise. L’humour belge ne fait pas toujours mouche au milieu des pulsions inévitables teintées d’humanité. Malgré une belle ardeur, cette partie ne semble pas à la hauteur du reste. Le rouge vient entacher la virginité de l’ouverture. Dans une recherche des limites entre la vie et la mort, la couleur donne l’orientation du dépassement mais déçoit comme avec ce raccourci navrant de l’œuvre Antoine et Cléopâtre de William Shakespeare, qui ouvre les portes de l’entracte comme une petite délivrance.

Cependant, il fallait un peu d’audace pour revenir après une pause salutaire et cela valait le coup. Noir, couleur de la mort, du pessimisme, de la noirceur humaine et de l’obscurité, se place du côté du déclin. Partant à la recherche du moment de rupture de l’optimisme, nous assistons à un panorama de l’Histoire. Après un début quelque peu trop didactique, nous nous laissons charmer par les trois performeurs de la parole qui évoquent l’Art, la Philosophie et la Politique, entre Napoléon et les philosophes du progrès. « Nous sommes l’aiguille introuvable de la meule de foin de l’Histoire ». Quand cette dernière nous rattrape, nous ne pouvons que jouer notre déclin. La compagnie De KOE brouille alors les frontières entre le jeu et la réalité pour une sortie de trilogie éblouissante.

Le spectacle offre une belle part d’improvisation. Malheureusement, cela verse parfois dans une longue et vaine divagation. La contestation, un peu trop bavarde, se noie dans un enchaînement de saynètes quelques fois absurdes et déjantés mais une sorte de lassitude commence à poindre, notamment dans la partie centrale, trop étirée et avec cette impression de déjà vu. Le Relèvement de l’Occident, écrit, mis en scène et interprété par Natali Broods, Willem de Wolf et Peter van den Eede est un triptyque inégal, bilingue, qui mérite d’être vu, ne serait-ce que pour la verbalisation des digressions culturelles savoureuses de la dernière partie.

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