Dictionnaire de la musique : l’inventaire fallacieux de Maxime Kurvers

Cela est un fait assez rare pour le souligner : alors que le Festival d’Automne à Paris s’annonçait comme un très bon cru, voici qu’il vient de nous affliger une énorme déception doublée d’un ennui profond en présentant le Dictionnaire de la Musique mis en scène par Maxime Kurvers à la Commune d’Aubervilliers. Il nous est bien difficile de trouver des entrées positives dans ce spectacle incongru qui, malgré de bonnes intentions, reste dans une tentative totalement vaine. Le laboratoire proposé sur le plateau ne brille que par la vacuité des notions abordées, réduites à des banalités, et en dépit d’un travail soigné, il se montre sans grand intérêt. Retour sur ce ratage pour tenter de le décrypter, à défaut de le justifier.

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© SBJ

Qu’est-ce qui a bien pu déclencher notre colère face au spectacle de Maxime Kurvers ? Sur le programme de salle, il est précisé qu’il « prend pour point de départ un «dictionnaire de la musique» : soit des milliers d’entrées classées par ordre alphabétique prétendant recenser ce qu’est l’art musical sous toutes ses formes. Compositeurs, styles, formes ou motifs, l’éventail des notions est large, et pose des enjeux aussi bien culturels et esthétiques que strictement techniques. […] Il nous invite à une réflexion sur le théâtre et plus largement sur l’art et ses liens avec la pensée. Par une singulière figure de transposition, son dictionnaire se mue ainsi en partition musicale, physique et théâtrale. ». Cela semblait donc partir sur de bonnes bases…

En arrivant à La Commune, nous constatons qu’un écran surplombe le piano à queue. Associant quelques sons à un mot projeté (« la », « haut-parleur »), les grésillements s’éternisent déjà. Le son, très fort, perturbe, dérange, nous pousse au bord du malaise et nous place dans une situation très inconfortable. C’est alors qu’apparaît le mot « piano ». L’instrument qui trône fièrement sur le plateau se retrouve baigné d’une lumière faible. Un homme entre, fait le tour du piano en le touchant du bout des doigts et prend place sur le tabouret. Il joue quelques notes puis se met à accorder l’instrument. Il poursuivra un long moment, ignorant que les six autres acteurs viennent de paraître et vont se mouvoir sur les mots « orchestre », « marche », « échappée » et « pavane ». Aussi vrai que les articles de dictionnaire n’ont aucun lien entre eux, les différents mots illustrés ici n’ont pas de fil conducteur, pas même dans la structure des saynètes alors que les définitions d’un tel ouvrage sont construites sur le même modèle. Comme on tourne les pages en cherchant un mot précis, les notions défilent jusqu’à s’arrêter sur « opéra » avec un tableau de Commedia dell’arte poussif, d’un autre âge et au ton qui sonne bien faux. Cela en devient presque grotesque et ridicule tant les sentiments dégoulinent comme les chamallows fondus sur des brochettes au coin d’un feu de camp scout.

Le « crescendo » aura au moins le mérite de réveiller au passage ceux qui auraient sombré dans un doux sommeil, à temps pour voir « hymne » avec son défilé incessant de drapeaux ayant un élément en commun. Dix-huit passages avant que l’un des acteurs n’entreprenne de tout ramasser. Enseveli sous un tas disproportionné, il déclenche malgré lui les rires discrets des spectateurs. Enfin, la délivrance apparaît avec « durée » et cette phrase lourde de signification : « Si petite la pensée qui pourtant peut remplir toute une vie ». Au total, dix-sept mots vont être illustrés, de manière plus ou moins approfondie et il aura fallu attendre la toute fin pour entrapercevoir ce que nous attentions depuis le départ.

Il est bien rare que nous exercions un regard aussi sévère sur un spectacle. Pourtant, le Dictionnaire de la musique présenté à La Commune par Maxime Kurvers nous apparaît comme bâti sur la pauvreté et la vacuité d’une idée. Prétentieux et fallacieux, le résultat est plus que décevant, car peut-être trop ambitieux. En tous cas, le concept nous a totalement échappé et c’est bien dommage. Cela aurait pu être très intéressant de confronter des notions à des conceptions personnelles mais peut-être sous une forme différente, moins brouillonne, inaboutie ou maladroite. La lecture du Larousse ou du Petit Robert est aussi soporifique que la vision de ce spectacle. Malheureusement, ce n’était clairement pas les intentions annoncées.

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