Lisbeth Gruwez dances Bob Dylan

Alors que le Festival d’Automne à Paris débute son quatrième et dernier mois avec The Notebook dans la salle du bas, le Théâtre de la Bastille accueille en parallèle un spectacle bien plus festif en présentant pour quelques jours seulement Lisbeth Gruwez dances Bob Dylan. Avec son complice habituel Maarten Van Cauwerberghe aux platines, la chorégraphe nous invite à entrer dans la danse pour un merveilleux voyage au son de tubes inoubliables qui ont bercé notre jeunesse.

lisbeth
© Luc Depreitere

Emotions en ce soir de double première au Théâtre de la Bastille. Au sol, un revêtement spécial, brillant et réfléchissant une douce lumière, attire notre attention. A jardin, Maarten Van Cauwerberghe patiente, une pile de vinyles devant lui. Enfin, Lisbeth Gruwez se présente devant nous, réservée et émue. Dans un français plutôt fluide, elle tente de se détendre et nous lance un timide « Excusez-moi de prendre autant de place avec mon tapis. J’espère que ça vaut la peine. ». Alors, d’un regard entendu et complice, la musique se fait entendre et elle oublie tout le reste. Ses appuis bien ancrés au sol, elle déroule et enroule sa colonne vertébrale sur un premier morceau de Bob Dylan. Son corps, au service des émotions les plus intimes et personnelles, entre en relation avec les spectateurs pour les faire se sentir concerner.

Le sol, brillant comme les vinyles qui tournent sur les platines, se fond avec les jeux de lumière qui miroitent. Nous nous laissons habiter, transporter, envahir dans chaque parcelle de notre corps par cette musique reconnaissable entre mille qui guide, commande, active le corps de Lisbeth Gruwez. Cela fonctionne si bien que nous commençons à battre discrètement la mesure. Quelques grésillements viennent ponctuer une ambiance détendue et intimiste tandis que Maarten Van Cauwerberghe fume négligemment entre deux gorgées de bière, en admirant des chorégraphies qui respirent la simplicité, la sobriété et la sincérité. Vêtue d’un pantalon sombre et d’une tunique blanche, Lisbeth Gruwez nous offre des solos éblouissants qui prennent presque la forme de duos tant elle fait corps avec l’âme du chanteur Bob Dylan qui continue de se faire entendre. Elle alterne calme et dynamisme avec toujours en fil conducteur une légèreté et une insouciance incroyables.

Sur The Times They Are A-Changin’, la circularité mélodieuse du morceau prend vie grâce à la chorégraphe flamande qui tourbillonne dans un halo de lumière où, semblable à un kaléidoscope, elle projette son ombre qui se démultiplie alors en rosace, tout en se reflétant au sol dans une sorte de toupie visuelle étonnante, au rythme de la ritournelle de guitare, tandis que la voix berçante et folk de Bob Dylan vient emplir tout l’espace. C’est magnifique. Nous avons envie de nous lever, de nous imprégner nous aussi par ces mélodies et de les transposer physiquement sur le plateau. Discrètement, quelques spectateurs fredonnent en silence les plus grands classiques de Dylan ou battent la pulsation du bout des doigts. Ce moment, intimiste et privilégié, fédère plusieurs générations. Sur l’une des chorégraphies les plus magnifiques visuellement parlant, Lisbeth semble en apesanteur. C’est comme si elle flottait dans les airs, enveloppée par les ténèbres que viennent fendre un seul projecteur. Il n’en fallait pas plus pour nous faire succomber.

Pour prolonger de quelques minutes cet instant hors du temps, Lisbeth Gruwez invite le public à choisir un morceau de Bob Dylan qui n’a pas été entendu dans la soirée puis à venir la rejoindre sur le plateau pour un moment de partage et d’expressivité. Etonnemment, malgré quelques timidités handicapantes, chacun s’est laissé aller et nous sommes sortis du Théâtre de la Bastille le sourire aux lèvres et les batteries rechargées à bloc. L’espoir ténébreux de Bob Dylan venu nous habiter le temps d’une soirée s’est invité à nous accompagner pour quelques heures qui font un bien fou au moral.

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