Polina, danser sa vie : parcours d’un corps affirmé

Valérie Müller et Angelin Preljocaj adaptent la bande-dessinée de Bastien Vivès au cinéma. Modifiant légèrement le parcours du personnage et décidant d’insérer davantage d’ancrage que dans la source initiale, ils présentent un film au parcours initiatique, jalonné de rencontres, où apprendre à regarder le monde forge un destin exceptionnel. Le film, avec notamment Juliette Binoche, possède toute la grâce et la générosité que nous retrouvons dans la danse. Une réussite à voir dès le 16 novembre dans les salles obscures.

polina

Polina est une petite fille douée pour la danse. Enfant, elle passe une audition et est prise bien qu’elle soit jugée peu souple. Pour elle, « danser, ça vient tout seul ». Cependant, une danseuse ne doit pas travailler autre chose que la danse. Alors, elle se perfectionne au cœur d’une Russie exigeante qui ne laisse pas de place aux faiblesses émotionnelles. Polina rencontre le professeur Bojinski, grandit à ses côtés et se retrouve, jeune adulte, à préparer le concours d’entrée à l’école du Bolchoï, sorte de reconnaissance suprême de tant d’années d’efforts et de sacrifices. Subjuguée par un spectacle de danse contemporaine et sous les feux d’un amour naissant, elle abandonne tout pour le sud de la France où elle va se chercher, suivre ses rêves et se construire.

Le film de Valérie Müller et d’Angelin Preljocaj relève du domaine de la pureté. Avec ses plans serrés pour pénétrer les personnages et ses plans larges, notamment des paysages russes enneigés, afin d’élargir la vision du monde qu’ont les protagonistes, une grande beauté émane des images. Chaque mouvement respire et est une chorégraphie unique sur la variation de la vie. Avec aisance et élégance, Anastasia Shevtsova nous bouleverse constamment. Toute en retenue et sous contrôle de ses émotions, son personnage fait l’apprentissage d’un destin où l’obstination fait sa valeur première. L’actrice-danseuse nous entraîne dans un tourbillon émotionnel à la manière des montagnes russes enneigées sur lesquelles glissent allègrement nos rires et nos pleurs. Elle découvre l’ancrage plus prononcé dans la danse contemporaine et s’ouvre à la vie comme les pétales d’une fleur avec les rayons d’un soleil printanier. Elle est captivante. Niels Schneider, que nous avions vu dans Retour à Berratham d’Angelin Preljocaj, est éblouissant dans la peau d’Adrien. Son duo d’amour et de passion avec Anastasia Shevtsova, notamment sur la chorégraphie de Blanche-Neige est incroyable. La gestuelle et l’énergie traversent l’écran pour nous atteindre. Il en est de même pour la lumineuse Juliette Binoche, parfaite de bout en bout, qui, telle un guide, montrera que toute expérience est bonne pour au final trouver sa voie.

Les deux réalisateurs s’inspirent du quotidien et du monde pour l’emmener dans leur univers plus personnel afin d’en faire quelque chose d’universel. Cela fonctionne parfaitement. Mêlant force et fragilité, il nous amène à saisir les chances que la vie nous offre en amenant le personnage principal à aller jusqu’à l’aboutissement d’un destin. De danseuse à chorégraphe, le pas est franchi sans même s’en apercevoir, nourrissant l’espoir de son entourage mais se construisant comme individu.

La bande-son, éminemment classique durant les cours de l’enfance de Polina, devient peu à peu joyeuse et festive. Elle mêle Glass, Mahler et d’autres créateurs talentueux dont les notes servent de support aux chorégraphies sincères, gracieuses, belles et généreuses du film. Un nouveau monde lui tend les bras. Le Bolchoï, symbole de la Russie et plus grand répertoire au monde avec des danseurs virtuoses, majestueux et exceptionnels, donnent une part de rêve importante aux personnages mais finalement, vaut mieux vivre ses rêves que rêver sa vie. Le film s’attache à montrer l’apprentissage du désir, l’utilisation du manque et de tous les éléments qui peuvent nourrir la danse mais par extrapolation, nous pourrions étendre cela à d’autres disciplines, à d’autres rêves. « Un artiste, c’est aussi quelqu’un qui regarde le monde autour de lui ». Tout est prétexte à danser dans la vie et Polina nous le prouve admirablement bien. Enrichir son parcours est un conseil universel. Nous ressortons de la salle comme après une soirée à contempler le spectacle vivant dans tout ce qu’il a de meilleur et de plus beau à nous offrir. Dans la vie, la route n’est pas aussi droite qu’un grand écart parfait. Il y a bien longtemps qu’un film ne nous avait pas autant émus, bouleversés, questionnés jusqu’aux larmes, au plus profond de nous, dans nos convictions que faire un choix de vie n’est pas chose aisée mais qu’il ne fait jamais cesser de danser, même face aux obstacles afin de laisser son empreinte dans le monde, à condition bien sûr d’être capable, de temps en temps, de s’arrêter un instant pour regarder le monde.

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