Philippe Quesne : « Il faut essayer d’ouvrir les yeux sur ce qui se passe »

Philippe Quesne, l’actuel directeur, depuis trois saisons, du théâtre de Nanterre-Amandiers, est un homme fort occupé actuellement. Tandis que le festival Welcome to Caveland ! a été lancé le 5 novembre dernier, il est sur tous les fronts pour faire vivre la ville au rythme d’une programmation autour de la thématique souterraine. Spectacles, concerts, rencontres s’égrainent dans tous les espaces pour agrandir notre regard sur le monde. Quelques minutes avant le début de La Nuit des Taupes, il a accepté de se poser quelques instants afin de nous guider sur ce projet.

philippe-quesne
© Victor Tonelli / ArtComArt

Quel a été ton parcours théâtral, celui qui t’a mené jusqu’à la direction des Amandiers ?

Je viens des Arts Visuels. J’ai fait une école d’arts graphiques, l’école Estienne, puis les Arts décoratifs de Paris. Dans un premier temps, j’ai plutôt travaillé à des installations et des travaux pour des metteurs en scène ou des chorégraphes en tant que scénographe ou éclairagiste. Je fais même parfois des créations sonores. Pendant une dizaine d’années, j’étais au service de metteurs en scène qui montaient aussi bien des textes classiques comme Shakespeare que des auteurs contemporains dont je me sentais assez proche. Après avoir inventé des espaces de jeux, j’ai décidé de prendre mon envol, en 2003, avec une première pièce, La démangeaison des ailes, qui, à l’inverse de cette caverne, parlait du monde aérien, des oiseaux et de la rêverie de l’envol. Même si l’envol est connecté à la gravité terrestre, et que l’on sait très bien que tenter de s’envoler, c’est aussi, tant bien que mal, d’atterrir, il faut toujours être conscient que dans la tentative, il y a la chute possible. On me retrouve donc comme ça, treize ans plus tard, dans une création sur les sous-sols mais le parcours a été jalonné de différents spectacles. J’ai créé une compagnie qui s’appelle Vivarium Studio, en référence à la vie de l’observation et à un mot qui renvoyait le théâtre dans une histoire où il est question, pour le spectateur, d’observer. C’est cette position que je cherchais à mettre en scène. Ce sont alors égrainés un certain nombre de spectacles avec une partie d’interprètes communs et une fidélité d’acteurs qui m’a permis de défendre un répertoire de spectacles, c’est-à-dire des pièces qui se jouaient le plus possible. On a presque dix ans et La mélancolie des dragons est encore en tournée et L’effet de Serge se joue ici, à Nanterre, un dimanche par mois. L’écriture, c’est aussi une façon de penser. J’écris des spectacles, je n’ai pas de meilleure définition. Il y a la scénographie, qui en fait partie, mais je n’aime pas tellement le terme d’écriture de plateau. Comme d’autres créateurs de ma génération, Joris Lacoste par exemple, j’ai défendu l’idée de jouer des pièces qui perdurent, de la même façon que les chorégraphes avaient des pièces de répertoire.

Nanterre est arrivé naturellement mais aussi de manière inattendue. Quand on devient directeur de centre dramatique, c’est un concours où il faut développer un projet pour quatre ans. Depuis 2014, j’assure la direction artistique de Nanterre et la programmation avec la ligne que l’on a déployée depuis quelques années et qui inclut aujourd’hui le festival Caveland avec les taupes et la programmation autour des sous-sols, intérieur, extérieur, musique, architecture, arts visuels… Dans mon travail, c’est très naturel de créer des mondes. J’essaye de concevoir de diriger un théâtre comme un projet. Depuis quelques saisons, à Nanterre-Amandiers, on assume très clairement des thématiques. Il y a deux ans, il y avait beaucoup d’histoires de communauté avec du monde sur les plateaux et des énergies théâtrales. L’année dernière nous étions plus sur une inquiétude du monde avec des projets comme celui de Milo Rau ou des artistes qui, plus littéralement, abordaient la question de la politique dans leurs spectacles. Cette année, nous sommes vraiment dans les souterrains, et pas seulement avec Welcome to Caveland ! Claude Régy nous a entraîné avec Rêve et Folie dans les sous-sols, Richard Maxwell, dans L’Enfer de Dante, Milo Rau, en mars, abordera la question de la maltraitance des enfants et des cavernes dans lesquelles Marc Dutroux, ce pédophile, entraînait, hélas, les enfants. C’est la façon dont cette aventure de compagnie s’est transformée avec la direction du théâtre mais je n’oublie pas l’importance de mettre l’énergie artistique dans un lieu et d’écrire son histoire comme un projet.

Justement, en parlant de projet, comment est né Welcome to Caveland ! ?

Le projet est né grâce aux taupes, en mai dernier, au Kunstenfestivaldesarts qui nous a reçu à Bruxelles pour la création qui possédait déjà ce double volet avec les taupes qui ont proposé cette tranche de vie avec La nuit des taupes puis une grande installation avec une caverne gonflable, qui d’ailleurs est déployée certains week-ends dans l’atelier décor des Amandiers, pour recevoir des concerts, des paroles, des films, des philosophes… C’est un projet pensé de longue date. Ici, on a l’occasion de pouvoir inviter le cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, qui a fait cette forme sublime qui parle presque de la caverne de Platon ou encore Radio Agora de Nanterre qui, pendant trois semaines, se met en mode Radio Caveland et convoque, pratiquement de manière documentaire, des récits d’égoutiers, des gens qui travaillent dans les sous-sols, des archéologues… J’aime beaucoup que l’on puisse activer tout cela en même temps et que Nanterre vive presque au rythme d’un festival.

La parade des taupes a eu lieu le 5 novembre à Nanterre, transformé en immense terrain de jeu urbain. Comment as-tu conçu ce lancement de ce Festival ?

C’est presque l’inverse de lancer. En fait, les taupes sont remontées des sous-sols, elles ont ressurgi par La Terrasse, qui est un centre d’art de Nanterre, qui est lui-même presque une cave, ou en tout cas un sous-sol qui se trouve sous la dalle de la Défense. On a proposé de lancer ce festival comme si les animaux ressurgissaient de terre et disaient aux humains « Nous voilà ! Welcome ! Suivez-nous ! ». Dans l’art, nous sommes très souvent de simples guides. Ces taupes troubadours ont circulé dans Nanterre en disant « Accompagnez-nous, découvrez cette vie de Caveland, soyez curieux ». On a fait un chemin très simple qui nous a fait passer dans le monde urbain, jusqu’à un bout du métro et puis le parc André Malraux avant de replonger sous terre parce qu’un théâtre c’est un lieu très souterrain. Elles ont aussi lancé symboliquement le festival avec un passage dans la radio, samedi dernier.

Le Festival Welcome to Caveland ! s’incrit dans les thématiques du souterrain et du monde animal, qui servent aussi de fil conducteur à la saison 16-17 des Amandiers. Qu’est-ce qui t’intéresse dans ces thèmes ?

Je suis très sensible naturellement. J’ai pu observer que de nombreux artistes tournaient autour de ces préoccupations de manières très différentes parce qu’il y a autant d’esthétiques présentes dans la saison que de façons de traiter du souterrain. Chez Claude Régy, c’est complètement mystérieux, dans les abîmes. Nous sommes pratiquement dans une sorte de crypte avec Rêve et Folie. La question de l’animal est également très présente avec les taupes mais aussi Babar que nous retrouverons dans la deuxième partie de saison avec un projet de Sophie Perez et Xavier Boussiron qui questionnent les éléphants. Il y a aussi L’Île aux vers de terre en ce moment, une création jeune public de Cécile Fraysse. Je trouvais que c’était très important de poser une thématique sur un festival, d’essayer de permettre au public de creuser au sens propre dans le sujet avec différentes visions de créateurs. La vie d’un théâtre, c’est cette chance aussi de pouvoir réinventer un monde dans tous les espaces, presque comme un chercheur, et Nanterre est quasiment construit sur une taupinière géante avec ses buttes de terre, ses jardins… C’est très important de démarrer dehors parce qu’on associe trop souvent  les gens du spectacle vivant à des gens qui vivent en autiste, en secret, cachés… J’aime un théâtre en relation avec l’espace urbain et ses habitants. Nous avons été ravis de cet effet de surprise : des taupes qui circulent dans l’espace urbain. Elles ont amené presque un rituel urbain ou une sorte de mythologie. J’étais heureux des réactions interrogatives ou heureuses. Dans nos vies, dans nos villes, il est rare de croiser des taupes. C’était important de remettre de l’art dans la ville.

Quelles sont les autres thématiques de ce projet ?

Je pense que la question qui nous intéresse, depuis la nuit des temps, des hommes préhistoriques aux réfugiés aujourd’hui, c’est « comment habiter sur la Terre ? ». Avec ce que nous venons de vivre, l’élection de Donald Trump, nous arrivons encore à subir cette politique ou ces désastres en étant conscients qu’il faut sauver cette planète mais en même temps en étant impuissants. Nous sommes dans une forme d’incohérence du politique, carrément déraciné pour employer un autre verbe terrestre. Je crois que les sous-sols m’intéressaient comme paysage de repli. Prendre le temps pendant quelques semaines d’inviter des artistes, de se demander s’il y a une vie possible sous terre, parce qu’apparemment, sur terre, elle a l’air complexe. Sous terre, ça représente aussi un mystère. C’est vrai que c’est une mythologie des cavernes qui va jusqu’à la question des abris antiatomiques, des archives… Les taupes sont pour moi des animaux symboles qui écoutent tout ce qui se passe chez les humains, à quelques centimètres sous nos pieds, sans doute extrêmement conscientes de ce que nous vivons, disons, faisons… et qui en même temps cohabitent avec l’Homme et auraient quelques leçons à nous donner. Depuis quelques années, nous avons des guides à la tête des Etats en danger, et sur lesquels nous avons un certain nombre de doutes en ce qui concerne le fait de nous conduire vers des mondes meilleurs ou sauver ce que l’on a. Je ne suis pas sûr que les solutions humaines soient les meilleures. Il faut redonner une chance aux humains en écoutant davantage le son des plantes, des pierres, des roches voire des animaux, comme disait Bruno Latour. En tout cas, c’est très modestement, en tant qu’artistes, que nous avons décidé de nous réunir et de s’employer à inventer ce programme.

Quelles sont tes intentions théâtrales avec la création de La nuit des taupes ?

Je souhaitais creuser un nouvel endroit dans mon travail. J’avais déjà mis en scène ce personnage de la taupe dans Swamp Club il y a 3 ans. Ce spectacle parlait d’un centre d’art en danger. Nous étions déjà dans une relation de menace pour l’art. Cette taupe était un guide pour les artistes. Elle leur apprenait à se défendre, à se cacher, à résister… On la retrouve quelques années plus tard, entourée de congénères. C’était pour moi une façon d’échapper complètement à la fable. On a sous les yeux une tranche de vie qui permet de croire au théâtre dans un endroit inexploré. Ces animaux sont presque des marionnettes oniriques, fantastiques où la musique et les grognements remplacent la parole. Je pense que c’est vital de retrouver une énergie primitive. En tout cas c’est là que j’ai décidé d’aller et tant mieux si ça rencontre la curiosité du spectateur mais ce ne sont pas des questions que je me pose. Quand je mets en scène et que je démarre un nouveau spectacle, je pense surtout à ce que j’aimerai voir sur scène en tant que spectateur. Tant mieux si cela rejoint une communauté de public qui a l’air de se déplacer pour voir ces petites taupes, ou plutôt ces grandes taupes. Il y a aussi la dimension d’un théâtre shakespearien presque kantien dans la vie de ces bêtes. Ça nous renvoie à un cycle de vie et à des conditions humaines : manger, dormir, chanter, faire l’amour, accoucher… c’est rien d’autre que ce que l’on essaye de vivre. La Nuit des taupes reconstitue leur vie puisqu’elles cherchent des vers de terre pour manger par exemple, mais en même temps, elles font de la peinture, elles chantent, écrivent sur les murs… Comme dans mon travail, elles défendent une certaine idée de l’engagement artistique.

Tu nous as dit que quand tu crées, tu essayes d’imaginer ce que tu voudrais voir sur scène. Cela tombe bien : quel  spectateur de théâtre es-tu ?

Je suis un spectateur très curieux et ouvert. Je me nourris de tous les arts, je n’ai pas de préférence. Je fais du théâtre parce que j’ai eu peur d’être plasticien en solitaire et que je trouve que le théâtre est un art qui se partage mais je me nourris énormément d’arts visuels, de musique, de littérature, de bande-dessinée, de théâtre, de danse… Tout cela est très important. Pour que l’inspiration arrive, il faut essayer d’ouvrir les yeux sur ce qui se passe. Je suis donc un spectateur d’art mais je n’entre dans aucune case. On a mis très longtemps à considérer mon travail comme du théâtre. Il a fallu aller à Avignon pour cela. En France, on a ce petit problème à catégoriser les disciplines.

Quelle est ta vision du théâtre et quel rôle joue-t-il dans notre société actuelle ?

C’est une question très large. En tout cas, le peu que j’observe et l’intensité avec laquelle j’ai vécu ces trois saisons en étant directeur de Nanterre-Amandiers, c’est la pure nécessité que cet art continue, c’est-à-dire un art vivant au sens propre du terme, qui convie les spectateurs et permet même de les réunir dans des lieux publics. Par les temps qui courent, c’est plus que nécessaire. Nous sommes en train de commémorer les atrocités de l’an dernier. A ces dates anniversaires toujours choquantes, n’oublions pas que les théâtres ont été des endroits de recherche de convivialité ou en tout cas de partage humain. Quand on peut se réunir avant un spectacle, comme on le fait actuellement, en mangeant, buvant, parlant de ce que l’on voit…, on envisage les théâtres comme lieux d’échanges et je trouve que cette humanité est nécessaire et possible au théâtre. Au cinéma, on est très seul. On a un ticket et nous sommes dans le noir. Pour les musées, ils se visitent également en petits groupes ou en visiteur individuel. Le théâtre est un véritable refuge, au sens propre, avec des moments de partage qui vont bien au-delà de ce que les artistes proposent sur les plateaux. Les auteurs, les chorégraphes… écrivent avec ce que nous traversons, que ce soient des pures fictions ou des croyances comme dans le théâtre qu’a défendu Gwenaël Morin sur les plateaux en intérieur l’année dernière, ou en extérieur dans le parc avec les incroyables tragédies de Sophocle jouées à l’aube. Il y a aussi Joël Pommerat qui, dans cet acte politique, a questionné la fin d’un règne (avec Ça ira (1) Fin de Louis) et ce qui se traversait à ce moment-là dans notre société. C’est pareil avec le compagnonnage entre Nanterre-Amandiers et Milo Rau qui invente depuis les événements du Rwanda reconstitués ou Empire, que nous recevrons en mars prochain, qui parle des réfugiés et de la migration syrienne. Ils ont su réveiller ou apporter un regard d’artiste sur le monde et c’est plus que jamais vital de défendre la place des théâtres et de la culture. On vit une époque très inquiétante. Les taupes sont là aussi pour alerter en tant qu’animal même si c’est une pure fiction. Si les animaux s’en mêlent je me dis que c’est déjà très intéressant. Je crois souvent à des mouvements politiques qui agrégeraient d’autres mondes. Apprendre à vivre avec les taupes c’est déjà apprendre à vivre avec des étrangers. Et quand on pense que les grands mouvements, les grandes révolutions, les pages importantes de notre histoire se sont écrits parce que des étudiants parlaient à des paysans qui eux-mêmes parlaient à des grands intellectuels… et qu’ils ont alerté un état ou ont secoué des façons de faire la politique à la tête des gouvernements, cela prouve bien qu’il y a des façons importantes de concevoir la société dans laquelle nous vivons maintenant. Les rumeurs sont toujours venues du peuple. De Joël Pommerat à Gwenaël Morin, en passant par les taupes, nous sommes de simples petits messagers d’une poésie activée pour avoir conscience quand même de cette fragilité dans laquelle on nous entraîne, avec des guides plus ou moins compromis ou qui ont l’air un peu perdu. Il y a des années, j’avais fait un spectacle qui mettait en scène la parabole des aveugles de Pieter Brueghel (1568) qui est assez symbolique et où un aveugle tombe dans un trou et entraîne à sa suite d’autres aveugles. Le dicton de ce tableau est qu’évidemment on pourrait se demander où est-ce que l’on va si on a un guide incapable. Cette métaphore, dans ce tableau, est très proche de la vie des taupes. Ce tableau, si on le regarde bien, est assez intéressant pour les taupes qui sont des animaux quasiment aveugles mais qui arrivent à s’entendre par des sensations physiques et sonores. C’est une réjouissance de faire de la musique à plusieurs. Ça paraît rien mais c’est déjà le début d’un groupuscule, et donc d’une force. J’avais envie que ce théâtre-là m’entraîne moi-même dans une version plus punk et nécessaire.

Dans une interview que tu as accordée récemment, tu dis ne pas savoir faire de « théâtre sans utopie ». Quel rêve utopique pour le théâtre peut-on te souhaiter de réaliser prochainement ?

J’ai dit cela parce qu’en fait, j’ai toujours l’impression de déployer sur scène des micros mondes. Que  ce soit dans la Mélancolie des Dragons, Big Bang…, je suis très intéressé par la question du paysage, et dans quel paysage on va observer des corps sur scène. Dans La nuit des taupes, il s’agit d’un souterrain, d’une caverne terreuse voire même de stalactites. Il s’agit d’inventer des mondes. Dans mon travail, il y a quelque chose d’assez dérisoire : on sait que ce sont des mondes en carton-pâte qui font référence à des cinéastes comme Fellini ou à des artistes visuels qui travaillent du carton, du papier… J’aime les matériaux pauvres parce qu’ils sont porteurs d’utopie pour moi. J’utilise des matériaux qui sont présents chez tout le monde. Si on rentre de La nuit des taupes, on peut se construire une cabane en carton en rentrant chez soi. Dans LEffet de Serge, ce sont des spectacles avec trois fois rien, avec une musique sur une chaîne stéréo et des gadgets. On dit utopique parce que je milite. Je ne suis pas catastrophiste, je fais beaucoup de spectacles qui alertent sur une catastrophe possible mais pour essayer de se réveiller avant que ça nous tombe sur la tête. Il faut être vigilant. Et donc, il faut s’inventer des mondes. Une résistance peut s’organiser uniquement si on invente des alternatives comme on dit. C’est pour cela que j’aime bien le jeu de mots avec musique alternative. Je crois que d’autres voies sont possibles grâce à l’art. Oui, on peut trouver émouvant de plier de la neige dans La Mélancolie, croire à la machine à bulles… ça ne me dérange pas de travailler avec l’absurde, c’est même vital. Je parle d’une utopie très simple. Je pourrais dire que je me sens très écologiste. C’est une écologie même que je défends, une écologie du théâtre, des écosystèmes qui sont proposés sur le plateau et dans lesquels on peut vivre. Ce soir, les taupes vivent une heure et demie devant les spectateurs mais peut-être qu’elles continuent leur vie la nuit.

La prochaine utopie ? C’est déjà le plaisir de déployer la vie des taupes pendant trois semaines et je suis très heureux de voir converger vers le théâtre tous les publics. Quand on invente un spectacle, on est toujours content de voir la curiosité du spectateur se maintenir à un certain niveau. Ça rassure sur l’humanité. Pareil pour Fever Room, qui est une forme très immersive, contemplative et puissante. On utilise le théâtre à l’envers sur la scène. On a un rapport sans corps mais tellement humain, magique et sublime que ça fait partie des grands plaisirs de directeur que de recevoir ces formes-là dans une saison ! Si on reprend l’émotion des tragédies de Gwenaël Morin à 5h du matin, dans la nature (où d’ailleurs on démarre le spectacle comme des taupes puisqu’il faisait nuit noire et que nous étions guidés sur ce petit chemin pour aller voir un spectacle en plein air) et bien ce sont des forces de voir comment, entre artistes, j’ai le temps d’échanger et comment on a pu construire une saison. Les retours des publics nous enrichissent donc. L’une des utopies c’est le théâtre comme lieu de partage ! C’est ce qui me donne envie de continuer à faire des spectacles bien sûr mais à continuer aussi d’inventer la vie de Nanterre-Amandiers de cette façon. Le calendrier nous rappelle que bientôt, on prépare la commémoration autour de mai 68. Je ne peux pas imaginer que l’on ne va pas traiter la question dans ce théâtre en 2018. Il me semble que cela fait partie de l’ADN terrien. La terre de Nanterre, elle contient toutes ces questions. Beaucoup de grandes idées du monde sont parties d’ici, donc on ne peut pas ne pas rendre hommage à cette activation française. C’est un thème qui va nous conduire à programmer d’une certaine façon en 2018. C’est sûr !

Quels sont tes projets à venir ?

Les projets à venir, et bien c’est que dans 30 minutes, il y a La Nuit des taupes donc je vais aller préparer la régie parce que je suis aussi à la régie lumière tous les soirs. Ensuite, je défendrai cette saison. Je partirai aussi en tournée avec les taupes dans plusieurs villes européennes et un petit peu en France. Ensuite, on verra comment ça se poursuit. Je suis très heureux que les taupes puisses avoir une vie après la période de Nanterre donc je vais essayer de défendre le fait qu’elles aient une longue vie et qu’elles puissent se promener et resurgir dans d’autres taupinières/théâtres, en France et à l’étranger.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s