Le Faust ensorcelant mais frustrant de Bob Wilson

Voir les acteurs du Berliner Ensemble à Paris est toujours un événement. Associés au metteur en scène américain Robert Wilson, dont son esthétisme et sa conception des lumières jouissent d’une réputation internationale, ils sont accueillis au Théâtre du Châtelet afin de présenter, pour la première fois en France, une adaptation pleine de folie du Faust de Goethe. Malheureusement, malgré d’indéniables qualités, le spectacle nous a quelque peu déçus. On vous explique pourquoi.

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© Lucie Jansch

Robert Wilson, mais aussi les acteurs du Berliner Ensemble, seront en Île-de-France trois fois cet automne, dont deux ensemble, en partenariat avec le Théâtre de la Ville qui fermera ses portes dans quelques jours pour deux années de travaux. Afin d’ouvrir le bal des réjouissances, c’est sur la scène du Théâtre du Châtelet que nous les retrouvons, avec un Faust endiablé et ce, dès l’installation du public qu’il ne fallait pas rater. A peine les portes de la salle franchies, nous avons eu la sensation d’être invités à pénétrer un espace festif et chaleureux. En effet, tous les acteurs du Berliner Ensemble étaient déjà sur le plateau à notre arrivée, chantant, dansant et mettant le feu sur scène, au son d’une musique vitaminée qui donne le ton de la soirée. Visage grimé en blanc, gestuelle lente et délicate, silences éloquents, … : aucun doute possible sur le fait que nous soyons bien dans l’univers atypique et charismatique de Bob Wilson lorsque le show débute.

L’œuvre de Goethe s’intéresse au docteur Faust, un homme de raison, qui en vient à pactiser avec le Diable et à lui vendre son âme en le rencontrant sous la forme de Méphisto, personnage ambivalent, à la fois son exact opposé mais aussi une sorte de double. Un peu comme les deux faces d’une même médaille, le Bien et le Mal s’affrontent dans une allégorie foisonnante. Ce n’est pas la première confrontation de Robert Wilson avec la figure mythique du Faust mais cette fois-ci, il s’empare du monument littéraire allemand de Goethe qu’il épure, resserre, amène dans son propre univers, sans jamais le dénaturer ou perdre ce qui constitue l’essence même de l’œuvre. Sa mise en scène est foisonnante, pertinente, endiablée, picturale et entraînante mais parfois à la frontière de l’épate. Cependant, les jeux de clair-obscur et de contre-jour sont fabuleux, tout comme l’alternance d’un rythme soutenu et de moments plus posés.

Les acteurs du Berliner Ensemble sont tous extrêmement convaincants et parfaits mais nous n’avons d’yeux que pour Christopher Nell, incroyable Méphisto ! Il mène la danse, entraîne ses doubles (et le public également) dans d’éblouissants tableaux avec une prodigieuse virtuosité. Ses camarades autour de lui ne font pas pâle figure, loin de là. Leur jeu se cale naturellement sur la musique pop acidulée d’Herbert Grönemeyer, tandis que les images créées, par moment à couper le souffle, se succèdent. Néanmoins, Bob Wilson est fidèle en tout point à son style décadent et parfois dans la démesure. Pour cette création datant d’avril 2015 à Berlin, l’esthétisme est évidemment très soignée, diaboliquement efficace, mais tant et si bien qu’au final, c’est un Faust I et II attendu et sans surprise qu’il nous est donné de voir, même s’il a su voir les touches d’humour disséminées dans l’œuvre de Goethe, ce que l’on retrouve que très rarement dans les autres adaptations. Cette nouvelle offrande du metteur en scène texans est certes très réussie, elle parvient à nous émerveiller mais sans véritablement nous toucher. C’est un peu comme si nous nous trouvions face à un gigantesque et appétissant gâteau qui ne serait que fictif car en papier mâché. Ne reste alors que le plaisir des yeux, dont nous ne nous privons pas mais cela ne fait que nourrir notre frustration, ce qui est légèrement dommage.

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